‹ Œuvres philosophiques du Cardinal Thomas-Marie ZigliaraChapitre 19 sur 126 · CHAP. IV. — ARGUMENTS DES ONTOLOGISTES DI · texte numérisé non relu

CHAP. IV. — ARGUMENTS DES ONTOLOGISTES DI

« L'ontologisme reconnaît, au contraire, que les philosophes c sont dans l'impuissance de comprendre l'Infini d'une manière (c adéquate. »

Réponse. Cette explication ou définition du rationalisme est la description du panthéisme germanique. Victor Cousin et Jules Simon, par exemple, sont rationalistes pur sang, et cependant ils n'admettent pas la pleùie possession^ la compréhensibilité de Dieu par les seules forces de la raison humaine (i). Mais passons.

Que M. Fabre y réfléchisse, ce n'est pas la compréhensibilité et la pleine possession de Dieu qui constitue le rationalisme, parce qu'alors pour être rationaliste il suffirait de poser la simple intuition de l'essence de Dieu, tel qu'il est en luimême, comme naturelle à la raison humaine, ce que font les ontologistes, et parmi eux M. Fabre lui-même. Voici donc que la logique oblige l'ontologisme ou de renoncer au principe de l'intuition immédiate de Dieu comme naturelle et même essentielle à la raison humaine, ou de soutenir que cette intuition a pour terme l'essence de Dieu en lui-même, et par conséquent, de faire cause commune avec le rationalisme., mysticisme outré et chimérique.

M. Fabre : « Les rationalistes refusent de reconnaître qu'il y ce ait en Dieu des mystères inaccessibles à notre intelligence « L'ontologisme, au contraire, soutient que la perception de « l'Infini n'exclut pas de notre âme une certaine ignorance de « cet Etre (2). »

Réponse. Pour quels motifs les rationalistes nient-ils ces mystères ? Parce que

M. Fabre: « Ils veulent transformer la perception ration- « nelle, philosophique et extrinsèque, que nous avons de l'In-

(i) Cousin. Introduction à l'Histoire de la Philosophie, Cinquième leçon pages 97 et 98. i" Appendice, page 3i i et suiv. IV» Edition, Paris, 1861. — Jules Simon, La religion naturelle, Première Partie, II* Chap. pag. 94 et suiv. V« Edition, Paris j86o.

^2) Cours, etc. § nu. page 546.

« fini, en une intuition ou introspection de Dieu ; et qu'il y a « en Dieu une essence, un objet formel, inaccessible aux prises « de l'analyse purement rationnelle. »

Réponse. Les rationalistes font cette transformation parce qu'ils voient que l'intuition immédiate, rationnelle, philosophique, extrinsèque des ontologistés est ou une rêverie, ou V intuition même et V introspection de Dieu. En cela les rationalistes sont plus logiques et plus francs que les ontologistés. J'ai démontré ci-dessus que les raisons données par M. Fabre au nombre 904, où il renvoie le lecteur, ne prouvent pas que l'intuition naturelle n'implique pas l'intuition de l'essence intime de Dieu.

M. Fabre: « Ces penseurs prétendent donc que la raison (T humaine embrasse toute vérité. (Au contraire) La théorie a de la vision naturelle des idées en Dieu indique même la c( barrière contre laquelle viennent se briser les efforts du c( rationalisme. «

Réponse. C'est une prétention très étrange, il est vrai, mais ce n'est certainement pas M. Fabre qui peut refouler cette prétention rationaliste: la barrière qu'il a élevée, nous l'avons vu, est une barrière fictive.

M. Fabre : « Conséquents avec eux-inêmes, les rationat( listes soutiennent que Dieu n'a aucun droit à être écouté « par l'homme. »

Réponse. Conséquence très triste; mais que M. Fabre prenne garde de ne pas donner occasion par son ontologisme à une absurdité si extravagante. Dire que Tontologisme laisse lieu à la révélation divine, à la sujétion de la raison, à la tradition et à l'autorité spirituelle, et même à la nécessité de cette révélation et de cette sujétion, quand on met la raison humaine en contact immédiat et naturel avec Dieu, c'est pour le moins une imprudence que la logique ne pardonne pas.

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