‹ Œuvres philosophiques du Cardinal Thomas-Marie ZigliaraChapitre 24 sur 126 · Les oxtologistes vont encore plus loin que Scot · texte numérisé non relu

Les oxtologistes vont encore plus loin que Scot

LEUR intuition EST OU UNE ILLUSION OU LA VISION BÉATIFIQUE.

— Les ontologistes diront peut-être que cette doctrine de Scot n'a aucun rapport avec leur propre opinion, parce qu'ils n'enseignent pas que leur intuition est distincte de l'essence divine; mais il est facile de voir qu'ils vont encore plus loin que Scot lui-même. En effet, tandis que Scot dit que son espèce est propre et naturelle aux anges seulement et non à nous, et qu'elle engendre une connaissance abstractive et non intuitive ; les ontologistes, au contraire, donnent à notre intellect la prérogative attribuée par Scot aux Anges, et ils veulent que cette connaissance provienne non d'une espèce, mais d'un contact immédiat de notre intellect avec Dieu, et qu'ainsi cette connaissance soit la vision ou l'intuition. Après cela, de quel droit soutiennent-ils que l'intuition ontologique est une intuition confuse et indistincte de Dieu ? D'où peut donc provenir cette confusion prétendue ? Serait-ce de l'intellect ? Non, car il est très capable d'une connaissance distincte. Serait-ce de l'idée ? Non encore, parce que dans leur hypothèse l'idée c'est Dieu même immédiatement présent et ainsi uni par lui-même à l'intellect. Or, Dieu peut-il diviser sa nature ? Peut-il, extrêmement simple comme il est, présenter à notre intellect un seul côté de lui-même ? Non, mille fois non, et les ontologistes, soit rigoureux soit mitigés, qui ont voulu affirmer le contraire, n'ont jamais pu fournir le moindre argument en

faveur de leurs assertions. Preuve manifeste que les raisons pour diviser l'essence très simple de Dieu n'existent pas. Ou Dieu tout entier s'offre immédiatement à notre intellect et est vu par nous distinctement tout entier, présent dans sa nature, dans son existence actuelle, bien que non totalement compris (i); ou bien notre intellect n'est pas présentement en contact avec la Divinité, et il n'a pas l'intuition ontologique. En d'autres termes, ou l'intuition des ontologistes n'existe pas naturellement en nous, ou elle est la vision béatifique. Je ne vois pas d'autre alternative (2).

356. Autres recherches r3Es théologiens scolastiques. — La vision immédiate de l'essence de Dieu telle qu'elle est en elle-même étant rejetée, comme ne convenant pas à la nature de l'homme non fortifié par la grâce et par la lumière de la gloire, les Scolastiques recherchèrent si et de quelle manière l'âme humaine pourrait s'élever naturellement à la connaissance de la nature divine. Je dis naturellement parce que, surnaturellement parlant , il n'est pas douteux que la connaissance quidditative soit donnée dans la vision béatifique. Or, voulant résoudre cette question. Je remarque avec Suarez que le mot essence^ ou qiiiddité^ ou connaissance qiiidditatipe (puisqu'il est exclusivement question d'elle présentement) peut être pris dans un sens équivoque, et qu'ainsi il est nécessaire d'en préciser la signification, afin d'éviter de raisonner sur des équivoques et de disputer sur des mots.

Par connaissance quidditative, laquelle a pour objet l'essence d'une chose, on peut entendre une connaissance <\.y£inx. pour terme un prédicat essentiel, et tel que non-seulement il ne soit pas commun, mais qu'il soit propre à un objet déterminé (ce prédicat serait-il conçu positivement ou négativement) ; ou bien on peut entendre une connaissance qui ait pour terme non un

(.') III' Liv. IlIeChap.

(2) Mon prcscnl argument a beaucoup de ressemblance dans ses principes avec celui que fait S. Thomas dans la \.-\l^ Sum. theol. Qu. LXVII. Art. III.

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seul, mais tous les prédicats essentiels d'un objet, Jusqu'à la dernière ou presque dernière différence constitutive ou distinctive, et cela par un concept positif et non négatif Cajétan (i), cité et suivi sur ce point par Suarez, voulant ôter du langage tout sujet d'équivoque, distingue entre connaître la quiddité ou essence d'une chose, et connaître quidditativement cette même chose: connaître la quiddité d'une chose, c'est restreindre la connaissance à quelqu'un de ses prédicats essentiels comme il a été expliqué en premier lieu ; connaître quidditativement c'est étendre la connaissance à tous les prédicats, comme nous venons de le dire.

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