‹ Œuvres philosophiques du Cardinal Thomas-Marie ZigliaraChapitre 28 sur 126 · CHAP. VII. — LES ATTRIBUTS DIVINS · texte numérisé non relu

CHAP. VII. — LES ATTRIBUTS DIVINS

composition, modifiée si l'on veut, mais restant toujours une véritable composition, peut être inférée des principes scotistes, comme on inférait des principes de Gilbert la composition en Dieu.

375. Défense des Scotistes. — Les Scotistes s'efforcent de se défendre contre ces raisons que Billuart regardait avec vérité comme démonstratives (i) : ils disent que la simplicité absolue de Dieu reste intacte dans leur opinion, parce que leur distinction n'implique pas composition. Car les attributs divins ne s'unissent pas seulement à l'essence divine, mais ils s'identifient avec elle ; ils ne sont point, l'un par rapport à l'autre ou à l'essence divine, ce qu'est l'acte pour la puissance, comme la composition proprement dite le demanderait ; la pluralité des attributs ne signifie point une opposition à la simplicité a laquelle, à proprement dire, la composition s'oppose), mais seulement à l'unité; enfin, leur distinction actuelle-formelle ne diminue en rien la. perfection de la simplicité de l'essence divine, de la même manière que cette simplicité n'est pas lésée par la distinction réelle des trois Personnes divines.

Réfutation des raisons des Scotistes. — Mais il est facile de voir que ces réponses ne diminuent pas la force de nos arguments, et même qu'elles les corroborent beaucoup. Que veulent donc dire les Scotistes en affirmant que les attributs divins ne s'unissent pas à l'essence, mais s'indentifient avec elle ? En effet, argumente Billuart, ou les attributs divins s'identifient entre eux et avec l'essence réellement et formellement, ou ils ne s'indentifient pas. Il n'y a pas de milieu. S'ils s'identifient, ils ne sont pas distincts d'une distinction réelleformelle, l'identification et la distinction sous le même rapport étant choses absolument opposées ; s'ils ne s'identifient pas, donc ils s'unissent et forment une composition, serait-elle formelle-réelle. Ensuite, dire que la nature de la

j) Tractât, dç Deo. loc. cit,

composition veut que les parties du composé soient entre elles comme l'acte et la puissance n'avance rien ; car le concept de composition est fondé essentiellement ou primitivement dans l'union de choses distinctes, quelle que soit la nature de leur distinction. Aussi, bien que Gilbert de la Porrée ne distinguât pas en Dieu l'acte et la puissance, comme cependant il en distinguait réellement les formalités, les Pères et les Théologiens ne laissèrent pas de le condamner comme destructeur de la simplicité divine. Et d'ailleurs, supposé même que l'acte et la puissance soient dans la nature du composé, qui ne voit que ce genre de composition, quoique nié en paroles, en fait doit être admis en Dieu, avec l'opinion scotiste ? En effet, si l'essence divine est réellement-formellement distincte de ses attributs, elle est réellement sujet, et conséquemment potentialité par rapport aux attributs divins, et nous avons ainsi réellement composition d'acte et de puissance.

On recourt ensuite à un curieux subterfuge en disant que la pluralité des attributs réellement-formellement distincts ne s'oppose pas à la simplicité, parce que la pluralité n'est pas opposée à la simplicité, mais à l'unité. Alors, la distinction scotiste est opposée à la parfaite unité divine, et cela suffit pour la faire rejeter. D'autre part, comme ces nombreux attributs ne peuvent exister séparés de Dieu, il faut donc qu'ils soient ou unis, ou identifiés réellement et formellement à Dieu ; or l'identification n'étant pas admise par les Scotistes, reste l'union réelle et formelle, c'est-à-dire une réelle et formelle composition. Enfin, l'exemple donné de la distinction des personnes divines arrive ici hors de propos. Les relations personnelles ne sont point distinctes réellement de la divine essence, et les trois Personnes divines ne sont point entre elles des parties composantes et unies en un tout, mais chacune est un tout (i), mais chacune est un tout subsistant et distinct de

(i) Le moi tout est pris dans deux sens très différents. On le dit d'un sujet

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