‹ Œuvres philosophiques du Cardinal Thomas-Marie ZigliaraChapitre 29 sur 126 · CHAP. VII. — LES ATTRIBUTS DIVINS IO · texte numérisé non relu

CHAP. VII. — LES ATTRIBUTS DIVINS IO

l'autre, comme, sous ce rapport, sont les individus créés (i). Donc, ou la distinction scotiste est une subtilité de mots, ne disant rien, et est nuisible à la science par la confusion qu'elle y portc, ou elle est en réalité la distinction virtuelle, ou bien c'est la distinction porrétaine, condamnée dans le concile de Reims.

377. Récapitulation et corollaire. Vraie nature de la DISTINCTION ENTRE LES ATTRIBUTS DIVINS. — En récapitulant ce que nous avons dit jusqu'ici dans ce chapitre, nous voyons que les Réalistes qui mettent une distinction réelle entre les attributs divins, et les Nominalistes qui n'admettent entre ces attributs qu'une distinction de pure raison, sans fondement dans la réalité de la chose et, par suite, fictive, errent également, quoique leurs erreurs soient opposées, et qu'ils errent en philosophie et en théologie. L'opinion scotiste de la distinction réelle-formelle a parte rei touche de très près au réalisme, sans cependant s'identifier avec lui ; et si elle n'est pas erronée et condamnée, implicitement du moins, dans l'erreur de Gilbert de la Porrée, elle présente cependant un péril sérieux. C'est pourquoi elle est justement rejetée par le commun des théologiens non scotistes.

Il reste donc prouvé par un argument d'exclusion que les attributs divins sont distingués entre eux et de la divine essence par cette distinction de raison, qui, ayant son fondement dans la réalité de la chose, est appelée communément dans les écoles distinction de raison-raisonnée, si l'on considère l'esprit qui

formé de parties soit essentielles, comme l'homme, soit intégrales, comme le corps humain, soit accidentelles, comme les qualités d'une substance quelconque. Et on le dit encore de ce qui est complet et parfait, bien que sans avoir de parties. Il est évident que tout dit de Dieu est entendu dans ce dernier sens. En d'autres temps, ces explications auraient été inutiles; maintenant, au contraire, elles sont devenues nécessaires. Pour donner une preuve de Cette nécessité, je citerai Galuppi qui, dans ses Lc:{ioni di Filosofia (Lez. 73), rapportant que S. Thomas dit que l'àme est toute dans tout le corps, toute dans chaque partie du corps, ajoute que cette doctrine de S. Thomas (qui est aussi celle de S. Augustin) conduit au matérialisme, parce que l'idée d'un tout implique l'idée de parties!!!

(i) Cf. Billuart et Suarcz, loc. cit.

la fait, ou distinction virtuelle^ si l'on considère la chose dont la nature se prête à cette distinction.

Prenons l'àme humaine pour exemple. Elle est substance simple et âme unique dans l'homme. Néanmoins, bien que simple et unique, elle a la vertu d'opérer dans l'homme toutes les fonctions vitales que Tàme sensitive opère dans l'animal, et que l'àmb végétative opère dans la plante. L'àme humaine est donc une en substance, mais multiple en vertii^ c'est-à-dire en opération. Cette unité d'essence et cette multiplicité d'actions ou de vertus dans une chose est la raison objective de la distinction dite virtuelle. D'autre part, notre âme, faible et limitée dans ses perceptions, est très souvent incapable d'embrasser d'un seul regard toute l'étendue et la profondeur d'une substance ; elle va donc comme partageant cette substance par son intellection, la divisant et l'analysant dans ses parties, ou , pour parler plus exactement, dans les quasi parties virtuelles, par lesquelles la substance se manifeste. Cette distinction faite par notre âme, et qui correspond aux parties virtuelles d'une chose, est dite distinction de raison-raisonnée : de raison par ce que c'est bien la raison qui distingue ou divise ce qui n'est pas réellement divisé dans l'objet; raisonnée^ parce qu'une telle distinction n'est pas arbitraire comme la distinction de raison-raisonnant (i), mais qu'elle a sa raison dans le pouvoir réel qu'a l'objet d'opérer beaucoup de choses.

Que si cela se vérifie pour nos connaissances des créatures, avec bien plus de raison sera-ce vrai pour nos connaissances sur le Créateur. Dieu a essentiellement et éminemment toutes les perfections diverses distribuées dans les créatures ; ainsi, il

(i) Je dis que la distinction de raison-raisonnant est arbitraire, parce que son fondement prochain est dans l'intellect, exactement comme lorsque nous attribuons à une nature la raison de genre ou d'espèce ; mais je ne nie pas que la nature qu'elle distingue n'en soit le fondement éloigné ^.v hoc, dit l'Angélique, quod intellectus intelligit animal in yliiribiis spcciebus, attribiiit ci intentionein gcneris ; et hujusmodi intcnîionis licct proximum fiindamentwn non sit in re sed in intcllectu; tamcn remotum fundamentinn est res ipsa. Unde intellectus non est falsus, qui lias intentioncs adinvenit. L-Dist. II. Q.u. \. Art. III.

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