CHAP. II. — L ONTOLOGISME HT LA CONSCIENCE
j'affirme un fait existant en moi ; dans le second, je cherche une vérité qui explique ou généralement ou particulièrement la nature de ce nlême fait. Dans le premier cas, c'est toujours une vérité, parce que le fait est fait ; dans le second, on ne répond pas toujours une vérité : dans le premier cas, il y a simplement affirmation, dans le second, on cherche l'explication de l'affirmation. Or la conscience se borne à l'attestation de la présence du fait en nous ; tout le reste n'est pas son œuvre,mais celle de l'intelligence ou d'une autre faculté de l'âme. C'est pourquoi S.Augustin, dans ses livres contre les Académiciens, comme dans ceux de la Cité de Dieu, se prévaut admirablement du témoignage de la conscience et l'oppose commeun rempart inexpugnable aux insanités des sceptiques. J'existe, disait-il, et la certitude de mon existence résiste à tous vos doutes. Vous dites qu'en cela je me trompe ? Eh ! soit. Mais cette erreur même prouve que je dis vrai; car si je me trompe, c'est que j'existe : Sifallor^ sum (78). Voilà un fait de conscience attesté primitivement par la seule conscience : ensuite ce n'est plus à la conscience de dire ce que c'est qu'exister, mais à l'intellect, à qui il appartient aussi de déterminer si un objectif correspond au fait subjectif, et quelles en sont les causes, le terme, etc.
3 12. La conscience ne nous dit rien de l'intuition ontologique. — Il était donc très naturel que la doctrine de l'ontologisme fut portée au tribunal de la conscience, afin devoir si elle atteste vraiment de quelque manière cette perception primitive et immédiate de l'Etre infini ; perception qui devrait être essentielle en nous, permanente, le fondement et le moyen de toutes nos connaissances scientifiques, comme l'ontologisme le proclame. Car, en vérité, si l'intuition ontologique est vraiment un fait de notre esprit, pourquoi la conscience ne l'attesterait-elle point ? Et si la conscience ne l'atteste pas, pourquoi serait-ce un fait de notre esprit ? Voilà ce que se sont demandé avec raison ceux qui repoussent l'intuition primitive et immédiate de la première et infinie vérité.
Or, non-seulement la conscience semble se taire sur ce grand fait, mais encore elle paraît le rejeter positivement. Qui, parmi les hommes, s'aperçoit qu'il tient l'œil de son ame fixé sur la lumière éternelle } Qui donc, étant interrogé après qu'on lui a certifié qu'il possède cet immense patrimoine intellectuel, répondrait affirmativement à l'interrogation, et n'accueillerait pas plutôt nos assurances avec étonnement et incrédulité ? Et maintenant que l'ontologisme a tout fait pour amener les esprits à considérer les phénomènes qui se passsent au fond de l'âme, sommes-nous plus avancés qu'avant ? La conscience est-elle devenue plus clairvoyante, plus affirmative ?
3x3. Fabre ET Sans-Fiel entreprennent d'expliquer ce fait NÉGATIF DE CONSCIENCE. — Les outologistes uc pouvaient passcr sous silence cet argument de conscience qui va si directement contre leur système, ils ont donc tenté de plusieurs manières de l'annihiler. Ils ont dit d'abord que tout ce qui arrive en nous ne nous est pas signalé par la conscience, quoique cependant il ne soit pas permis ni possible de mettre en doute le fait luimême. Ainsi l'âme est toute dans tout le corps, toute dans chaque partie du corps, donnant à chacune de ces parties la forme, le mouvement et la vie, et néanmoins avons-nous conscience de la part que l'âme a dans l'information et la vivification de notre organisme matériel ? Pareillement, nous n'avons pas une conscience distincte du sens de la vue ni du sens de l'ouïe. Est-il étonnant, dit M. Fabre (i), qu'il en soit de même de la perception de l'Infini, de Dieu ? Sans-Fiel, lui, cherche à
(i) « Les néo-péripatéticiens qui font grand bruit de l'objection dont nous nous « occupons en ce moment, admettent, d'ailleurs, que leur âme est répandue « dans tout le corps, et ils ne voient pas un obstacle à leur thèse dans l'igno- « rance où est cette âme de la part qu'elle prend à la vivification de la matière « qui lui est propre, à la circulation du sang, par exemple. Ces philosophes « sont donc ainsi amenés à admettre que la vie organique est dans notre âme, « sans que nous en ayons une conscience bien réfléchie. Ils peuvent voir de la « même manière que nous n'avons pas une conscience distincte du sens de la « vue et du sens de l'ouïe. Est-il étonnant qu'il en. soit de même de la per- « ception de l'infini? » Fabre. Cours de Philosophie, etc. Tom. II. n. iio8. pag. 543. — Cf. Défense de l'ontologisme. Chap. VIIL