‹ Œuvres philosophiques du Cardinal Thomas-Marie ZigliaraChapitre 34 sur 126 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Des idées •divines

Sommaire. — Sgi. Sujet du Chapitre. — 392. Définition et division de l'idée. — SgS. Différence très importante à noter entre l'idée, exemplaire mental, et l'idée, espèce intelligible ou principe de connaissance intellectuelle. — 394. Raisonnement de S. Thomas pour prouver qu'en Dieu, comme première cause exemplaire, sont les idées de toutes les choses. — 395. Raisonnement de S. Augustin. — 396. Nature des idées divines. — 397. Elles sont réellement l'essence divine elle-même, conçue comme type. — 398. Pourquoi et dans quel sens on met en Dieu multiplicité d'idées. — 399. Idée, raison, exemplaire.

391. Sujet du chapitre. — L'autre partie du texte du savant Gerdil a trait aux idées divines, ou à la divine essence en tant qu'elle est principe ou exemplaire archétype de toutes les choses créées, c'est-à-dire en tant qu'elle est considérée dans ses relations avec les créatures. L'éminent Auteur nous a dit que Dieu peut nous montrer ce côté, pour ainsi dire, de sa divine essence, sans nous montrer son essence elle-même. Voyons si ces affirmations sont vraies; mais, pour cela, il faut raisonner un peu

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longuement sur les idées divines. C'est un sujet très élevé, d'une immense utilité pour la science philosophique et théologique (i), et sur lequel S. Thomas, entre les autres, nous a laissé des trésors de science. Je marcherai sur les traces de ce grand Docteur et de S. Augustin.

392. Définition et division de l'idée. — Le mot idée^ introduit dans les écoles par Platon, est un de ces mots de signification équivoque qui, si le sens n'en est pas défini avec une entière précision, ne peuvent qu'engendrer une confusion très fatale à la science.

Etymologiquement, /iee (mot tout grec 'i^£«), signifie forme, liict gj'aece^ latine forma dicitur (2); et par le nom de forme nous entendons ici l'expression d'un objet quelconque. Or, la forme a une existence différente de celle de l'objet auquel la forme se rapporte. De là naît l'équivoque dont nous parlons dans la signification de l'idée. Car la forme susdite peut se rapporter à l'objet de deux manières: ou comme cause de l'objet, ou comme effet ; dans le premier cas, la forme est le modèle sur lequel une chose est formée; dans le second, au contraire, la forme est la copie de la chose. En outre, comme modèle, la forme précède la chose; et comme copie elle lui est postérieure. Enfin, la forme exemplaire est ordonnée pour produire sa copie et la copie est ordonnée pour faire connaître son exemplaire. C'est ce que dit S. Thomas en peu de mots : ' iSia. ...,. gi^aece^latine forma dicitur. Unde per ideas intelliguntur formae aliarum rerum praeter ipsas res existeîites. Forma aiitem alicujus rei praeter ipsam existens ad duo esse potest : vel ut sit exemplar ejus, cujus dicitur forma ; vel ut sit principium

(i) Tanta in eis vis constituitur, dit S. Augustin, ut nisi his intellectis sapiens esse nemo possi t. Lih. LXXXIII. Qq. Qu. XLVI. n. i. 0pp. Tom. VI.

^2) Ideas Plato primiis appellasse perhibetur, dit S. Augustin au Livre des 83 questions. Qu. 46, à la suite de Cicéron, non tamen, poursuit le saint Docteur, *« hoc nomen, ante qiiam ipse institueret, non erat, ideo vel res ipsae non erant, quas ideas vocavit, vel a ntillo erant intellectae : sed alio fartasse atque alio nomine ab aliis atque aliis nuncupatae sunt.

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cognitionis ipsiiis^ secitndinn qiiod formae cognoscibilimn dicunliir esse in cognoscenle {i).

Les anciens scolastiquesappelaientplus communément e^jt^èce intellîgibleyidée prise comme principe de connaissance, et ils donnaient le nom d'idée simplement à l'exemplaire, ou au modèle mental que reproduit la copie extérieure; se conformant en cela à la langue latine, comme on le voit dans les questions académiques de Cicéron (Lib. I).

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