CHAPITRE X
De la connaissance des idées diviries
Sommaire. — 400. Question sur notre connaissance des idées divines. — 401. Cette connaissance, suivant S. Augustin, n'est pas intuitive et immédiate en nous, mais médiate et abstractive. — 402. S. Thomas s'accorde avec S. Augustin ; il prouve que l'intuition immédiate des idées divines veut l'intuition immédiate de la divine essence. — 408. L'élément objectif de la vision prophétique. — 404. L'élément subjectif de la même vision. — 405. Récapitulation des raisonnements de S. Thomas. — 406. Principes posés par l'Angélique, et illation contre Tontologisme. — 407. Sans-Fiel croit prendre S. Thomas en contradiction avec lui-même. — 408. Quelques observations préliminaires. — 409. On prouve à 'Sans-Fiel que S. Thomas est logique. —
410. Cet auteur s'efforce de réfuter S. Thomas dans la métaphysique. —
411. Mais l'analyse montre que son argumentation ne conclut pas. — 412. Sans-Fiel tente une revanche, mais en vain. — 41 3. Première proposition. Réponse. — 414. Seconde proposition. Il s'appuie sur une antithèse qui n'existe pas. — 41 5. Troisième proposition. Il ne conclut pas. — 41G. Reproche de fuir une difficulté. — 417. Au contraire, nous la prenons de front. — 418. Conclusion du Chapitre.
400. Question sur notre connaissance des idées divines. — On ne dispute pas, et on ne peut vraiment pas disputer sur la question de savoir si nous pouvons avoir quelque connaissance des idées divines, ou des exemplaires éternels des créatures ; en effet une telle connaissance est en nous un fait de conscience.
puisque c'est un fait de conscience que nous parlons de ces idées et que nous démontrons leur existence en Dieu, comme il est évident par les raisonnements tenus dans le Chapitre précédent. Toutefois l'argumentation, par laquelle nous avons prouvé l'existence et la nature des idées divines, montre aussi que nous nous sommes limités à établir la connaissance abstractive de ces idées ; connaissance fondée sur la diversité spécifique des choses et sur la nature de Dieu, leur Créateur intelligent. Mais, outre cette connaissance analogue (car on l'infère du concept spécifique des créatures), pouvons-nous avoir une intuition immédiate des idées divines, des exemplaires éternels qui sont dans l'intellect divin ? Telle est la question posée entre Gerdil avec les autres ontologistes et nous. Il est bien entendu qu'il s'agit ici de notre intellect tel qu'il est actuellement, c'est-à-dire in via^ et nullement de l'intellect béatifié. Sachons d'abord ce qu'ont pensé sur ce sujet S. Augustin et S. Thomas.