‹ Œuvres philosophiques du Cardinal Thomas-Marie ZigliaraChapitre 41 sur 126 · L'ÉLÉMENT OBJECTIF DE LA VISION PROPHÉTIQUE. — J'ai dit · texte numérisé non relu

L'ÉLÉMENT OBJECTIF DE LA VISION PROPHÉTIQUE. — J'ai dit

qu'il y a deux éléments distincts dans la vision prophétique,

(i) Dans cet article, S. Thomas s'oppose encore ce texte de S. Augustin (IX' Livre Z)e Trinitate, Chap. VII) : In illa actenta veritate, ex qua temporalia facta siint omnia,formam secundum quam sumus et secundum quam opéra' mur visu mentis adspicimus ; et il répond: In prima veritate dicitur fiomo videre propriam formam, qua existit, inquantum primae veritatis similitude refulget in mente humana, ex qua anima habet quod seipsam cognoscat (ad 2).

l5o LIV. m. — DE LA LUMIÈRE OBJECTIVE. — 2^ PART.

et Je les ai appelés l'un objectif, l'autre subjectif; S. Thomas les nomme Species ou similitudo^ et Illustratio divini luminis. Or, comme il est très important desavoir ce que S. Thomas entend par cette espèce et surtout par cette illumination de la lumière divine, le lecteur voudra bien me permettre de préciser rapidement le sens de ces expressions thomistes, afin de porter la clarté dans les questions que nous étudions.

Je viens de démontrer avec l'Angélique l'impossibilité de voir les idées divines en elle-mêmes et séparément de l'essence divine, avec laquelle elles s'identifient réellement. Il suit nécessairement de là que l'objet de la vision prophétique n'est point lui-même un objet éternel, mais qu'il est temporel et créé : Aliquid creatum intuentiir (i). Et il faut dire de même qu'il est créé l'objet que voit notre esprit, toutes les fois que nous pensons à quelque attribut divin, si nous ne voulons transformer ce concept ou cette pensée en intuition béatifique. Or, le prophète voit dans cet objet créé les futurs, c'est-à-dire ce qui relativement à Dieu n'est pas futur, mais présent; parce que le regard divin a pour mesure l'éternité sans succession et qui est tota simul.

Ainsi, le Prophète voit dans l'objet créé ce que Dieu voit dans son éternité, et par conséquent cet objet est comme une ressemblance ou un miroir de l'éternité, similitude non univoque, mais analogue : Quod aiitem a magistris dicitiir prophetas in speciilo aeternitatis videre, non sic intelligendum est quasi ipsum Deum aeternum videant prout est spéculum rerum^ sed quia aliquid creatum intuentur, in quo ipsa aeternitas Dei 7^epraesentatur^ ut sic spéculum aeteiniitatis intelligatur, non quod est aeternum , sed quod est aeternitatem repraesentans (2).

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