On NOUS REPROCHE DE FUIR UNE DIFFICULTÉ. — JcVOUdrais
m'arrêter ici, mais les ontologistes ne me le permettent pas. Us nous reprochent d'éviter la difficulté plutôt que de la ré-
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soudre, quand nous disons que nous concevons les attributs divins comme séparés, parce qu'ici nos concepts sont analogues, c'est-à dire qu'ils sont formés d'après les diverses perfections des créatures : « C'est déplacer la difficulté sans la résoudre (i). »
Et pourquoi ? Parce que « Si tous les attributs de Dieu s'iden- « tifient entre eux, comment un concept analogique peut-il en « représenter un sans les représenter tous ? Le moyen, ensuite, « de représenter à l'intelligence, sous des images différentes, (( ce qui ne possède pas des faces différentes ? ce qui est abso- (< lument identique ?... Vous voyez, conclut-il en s'adressant '.( au Père Kleutgen, que les difficultés ne sont pas moindres « dans votre système que dans le nôtre (2). »
417. Mais, au contraire, nous attaquons la difficulté de FRONT. — Nous fuyons la difficulté ! C'est un reproche bien trouvé quand on ne sait plus que répondre. J'ai dit que le concept analogue représente un attribut sans représenter explicitement l'autre, précisément parce qu'il est analogue, ce qui revient à dire parce qu'il ne le représente pas tel qu'il est en lui-même. Et l'on évite ainsi la difficulté? Il me semble, au contraire, que nous l'avons prise de front. Et pour en persuader Sans-Fiel, je le prie de considérer que dans toute connaissance on doit tenir compte non-seulement de l'objet connu, qui est comme le matériel de la connaissance, mais encore du principe, ou moyen, ou raison, par lequel on connaît, et qui est \q. formel de la même connaissance, que ce formel soit un objectif (objectum formale quodJ ou qu'il soit subjectif (ratio ou lux sue quaJ, comme je l'ai expliqué longuement ailleurs (33 1 -335).
Ainsi, une même vérité divine est identiquement l'objet matériel de la théologie naturelle et de la théologie révélée, mais l'objet formel en est diiTérent; car la théologie naturelle a
(1) Sans-Fiel, De l'Orthodoxie, etc. Lettre IL g XV.
(2) De l'Orthodoxie, etc. loc. cit. page 56.
pour principe objectif les jugements connus par eux-mêmes, et pour principe subjectif la lumière de raison ou la raison humaine; la théologie révélée, au contraire, a pour principe objectif [objectum formale quodJ la révélation divine ou la première Vérité révélant, et pour principe subjectif la lumière de la foi. Nous n'avons guère à raisonner différemment pour notre question. Le bienheureux, dans la Patrie, voit un attribut divin; le voyageur voit aussi ce même attribut: matériellement pris, l'objet est identique dans les deux connaissances. Mais pouvons-nous dire que ces deux connaissances soient de même nature ? Ce serait folie que de le penser; car si l'objet matériel est identique, l'objet formel, c'est-à-dire la raison de connaissance est différente. Le bienheureux voit l'attribut divin, parce que Ventilé elle-même de cet attribut est présente à son intellect fortifié par la lumière de la gloire; le voyageur voit l'attribut divin non parce que l'entité de l'attribut, mais l'entité créée^ participée de cet attribut est présente à son intellect éclairé par la seule lumière naturelle.
Donc, en voyant immédiatement l'entité elle-même de l'attribut comme elle est en elle-même, le bienheureux verra aussi l'essence divine qui s'identifie réellement avec l'attribut; mais le voyageur, voyant l'attribut non immédiatement et en lui-même, mais médiatement dans l'entité de la créature, comme dans sa raison formelle (dans la créature la raison formelle d'une propriété est différente de la raison formelle d'une autre propriété), aura implicitement, dans la connais-
(i) Je mets sous les yeux du lecteur un article de S. Thomas qui s'applique très bien à notre sujet : Intellectus ("ester) dupliciter se habet ad divina. Uno modo, ut cognoscat Deiim sicuti est. Et sic impossibile est, quod circumscribatur per intellectum aliquid a Deo, et quod aliud remancat : quia totum quod est in Deo, est unum, salva distinctione personarum : quorum tamen una tollitur sublata alia,quia distinguntur solum relationibus, quas oportet esse simul. Alio modo se habet intellectus ad divina, non quidem quasi cognoscens Deum ut est, sed per modum suum,scilicet multiplicitcr et divisim, id quod in Deo est unum. Et per hune modum potest intellectus noster intelligere bonitatem et sapientiam divinam et alia hujusmodi, quae dicuntur essentiala attributa, non intellecta paternitate, velfiliatione, quae dicuntur personalitates. P. III. Qu. III. Art. III.
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sancc d'un attribut divin la connaissance de l'autre et de l'essence divine elle-même (parce que l'un contient matériellement l'autre, comme il a été dit au Chapitre VII. de ce troisième Livre, en traitant de la distinction entre les attributs divins), mais non explicitement et formellement.
418. Conclusion du Chapitre. — Sans-Fiel peut le voir, les difficultés que nous opposons très raisonnablement à rOntologisme ne se retournent point contre notre S3'^stème. Pour nous, c'est chose facile que d'expliquer comment nous concevons les attributs et l'essence de Dieu par des concepts séparés ; car nous voyons ces attributs et cette essence dans et par les divers attributs des créatures (i). L'ontologisme, au contraire, soutient que nous voyons les attributs divins et les idées divines immédiatement et par l'entité même de ces idées et de ces attributs. La distinction n'a donc point lieu dans ce système, et la conclusion de S. Thomas demeure entière contre lui, c'est-à-dire que la vision immédiate des idées divines implique nécessairement la vision béatifique de l'essence divine, comme il a été prouvé au commencement de ce chapitre : Non est aiitem possibile^ qiiod aliquis videat rationes creaturarum in ipsa divina essentia, ita quod eam non videat (2).
{\)Quod enim Detis dicatur bonus, vivus, sapiens, et multis aliis nominibus nominetur, non est ex aliqua niultitudine seu diversitate in ejus natura existente (quia omnia haec in eo iinum sunt) ; sed ex diversis perfectionibus creaturarum accipimus diversa nomina, quae attribuimus Deo 'icut primo principio horum processuum. S. Thomas in lib. De divinis nominibus. Cap. L Lect. II. paulo ante mcd.
(-2) IMI. Qu. CLXXIII. Art. L