‹ Œuvres philosophiques du Cardinal Thomas-Marie ZigliaraChapitre 44 sur 126 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

L'Ontologisme et la Congrégation du Saint-Office

Sommaire. — 419, Sujet et division du Chapitre. — 420. Décret de la S. Congrégation du Saint-Office et propositions déclarées non sûres. — 421. Ce décret est doctrinal, il regarde l'Ontologisme; mais la question est de savoir quelle espèce d'Ontologisme il frappe. — 422. Explications de Sans-Fiel. — 423. Explications de M. Fabre. — 424. Arguments extrinsèques. — 425. Raisonnement de Kleutgen contre les interprétations des ontologistes. — 426. Preuves extrinsèques. — 427. Critique. — 428. Suite.

419. Sujet et Division du chapitre. — Jusqu'ici j'ai examiné l'Ontologisme au point de vue philosophique et théologique, mais sans faire mention des réponses données à quelques questions par la Sacrée Congrégation romaine du Saint-Office dans son Décret du i8 septembre 1861. Je ne pouvais et ne voulais pas entraver la marche directe de la discussion par des citations dont le sens est vivement contesté par les ontologistes. Et cependant le but poursuivi ne me permet pas, comme le lecteur le voit, de laisser cette discussion. La congrégation du Saint-Office a parlé, l'autorité de la Sacrée Congrégation est une autorité très grave et très respectable, et nous avons le devoir de rechercher soigneusement ce qu'elle a voulu nous enseigner. Plusieurs écrivains se sont déjà occupés

du Décret de la Sacrée Congrégation, spécialement les ontologistes contre qui ce Décret semblait dirigé. Je ne fais donc pas une œuvre nouvelle ; mais il me plaît de travailler sur un terrain déjà remué dans tous les sens. Toutefois, comme je n'ai pris aucune part à la lutte, j'ai sur les autres l'avantage de porter dans la discussion un esprit libre de tout engagement, et dans ce Chapitre j'userai largement de ce privilège.

Je transcrirai d'abord le Décret de la Sacrée Congrégation avec les sept propositions y annexées et controversées; puis je dirai ce qui est incontestable soit pour les ontologistes catholiques, soit pour les antiontologistes touchant ce Décret ; ensuite, je rapporterai fidèlement le résumé des raisons opposées des adversaires sur le sens des propositions déclarées nonsûres^ par rapport à l'ontoJogisme modéré; enfin, je dirai franchement mon sentiment sur cette polémique ardente et peut-être trop passionnée.

420. Décret de la Congrégation du Saint-Office et propositions DÉCLARÉES NON SURES. — Voici le Décret de la Congrégation du Saint-Office :

« Il a été demandé à la Sainte Congrégation de l'Inquisition Romaine et universelle, si l'on pouvait enseigner en sécurité les propositions suivantes : A Sanctae Romanae et imiversalis Inqtiisitionis Congregatione postulatum est utrum sequentes propositiones tuto tradi passent.

M P* Prop. La connaissance immédiate de Dieu , au moins habituelle, est essentielle à l'intellect humain, de sorte que sans elle il ne peut rien connaître, attendu que cette connaissance est la lumière intellectuelle elle-même : Immediata Dei cognitio^ habitualis saltem^ intellectiii hiimano essentialis est^ îta ut sine ea nihil cognoscere possit ; si quidem est ipsiun lumen intelligibile.

« II* Prop. Cet être, que nous connaissons en toutes choses et sans lequel nous ne connaissons rien, est l'être divin: Esse illud quod in omnibus^ et sine quo nihil intelligimus, est esse divinum.

« III* Prop. Les universaux considérés objectivement ne sont

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pas réellement distincts de Dieu : Universalia a parte rei considerata a Deo realiter non distingiintur.

« IV« Prop. La connaissance innée de Dieu, comme être simplement dit, renferme éminemment toute autre connaissance, tellement que par elle tout être, sous les côtés qu'il est connaissable, nous est implicitement connu : Congenita Dei tanqiiam entis siuipliciter notitia omnem aliam cognitionem eminenti modo involvit, ita ut per eam omne ens^ sub quocumque respectu cognoscibile est, implicite cognitum habeamus.

«\* Prop. Toutes les autres idées ne sont que des modifications de l'idée par laquelle Dieu est connu comme être simplement dit : Omnes aliae ideae non siint nisi modificationes ideae qua Deus tanquam ens ximpliciter intelligitur.

« VP Prop. Les choses créées sont en Dieu comme la partie dans le tout, non cependant dans un tout formel, mais dans un tout infini, très simple, qui pose ses quasi parties hors de lui, sans aucune division ou diminution de lui-même : Res creatae siint in Deo tanquam pars in toto, non quidem in toto formali, sed in toto injînito^ simplicissimo, quod suas quasi partes absque ulla sui divisione et diminutione extra sepossit.

« Vile Prop. La création peut s'expliquer ainsi : Dieu par le même acte spécial par lequel il se connaît et se veut comme distinct de la créature déterminée, de l'homme, par exemple, produit la créature : Creatio sic explicari potest : Deus ipso actu speciali quo se intclligit et vult tanquam distinctum a determinata créât ur a, Iiomine, v. g.^ créât uram producit.

« La !¥• férié, et le i8 septembre i86j . Dans la congrégation générale tenue au Couvent de Sainte-Marie-sur-Minerve, en présence des Eminentissimes et Révérendissimes Seigneurs Cardinaux de la Sainte Eglise Romaine, Inquisiteurs généraux pour toute la république chrétienne contre la méchanceté de l'hérésie, les mêmes Eminentissimes et Révérendissimes Seigneurs déférant au vœu de Messieurs les consulteurs, les propositions sus-énoncées ayant été mûrement examinées et dans leur

ensemble et chacune en particulier, ont répondu à la question proposée : Négativement.

«Ferta IV., die i8 septembris i86 1 . In cong-regatione generali habita in coni^entu S. M. supra Minerpa?7i^ coram EnV' et R" D. D. S. R. E. Cardijtalibus contra haereticam praintatem in tota republica christiania Inquisitoribus generalibus, iidem E. et R. D. D. praehabito voto D. D. consiiltoriim, omnibus et singulis propositionibus superius eJiunciatis mature per~ pensis, proposito dubio respojtdermit : Négative.

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