Ce décret est doctrinal, il regarde l'ontologisme
MAIS LA question EST DE SAVOIR QUELLE ESPECE d'oNTOLOGISME
IL FRAPPE. — On convient généralement que ce décret de la Sacrée Congrégation n'est pas disciplinaire, mais essentiellement doctrinal, comme le voulait la nature même de la matière qui en est l'objet. Les sept propositions en ellesmêmes, dans le sens qu'elles présentent et comme elles ont été examinées par la Sacrée Congrégation, ut Jacent. ne peuvent donc pas être admises ni enseignées par les catholiques. Il ne peut y avoir de doute sur ce point. On peut, d'autre part, se convaincre facilement que toutes, excepté la première, ont des aJBfinités plus ou moins explicites et immédiates avec le panthéisme. Il est vrai que M. Fabre (i) avec quelques autres semble placer l'idée-mère de l'ontologisme dans l'identification des idées générales avec Dieu, identification condamnée dans la troisième proposition ; mais Sans-Fiel soutient que l'idée fondamentale de l'ontologisme, quoiqu'en pense M. Fabre, consiste dans la perceptio?i immédiate de l'Etre absolu^ etil ajoute : Telle est l'opinion de l'immense inajorité des ontologistes et des psychologistes (2). Et c'est sous ce point de vue que, pour ôter tout prétexte aux disputes, je l'ai considéré, moi aussi, dans tout le cours de cet Ouvrage. Mais finalement, on ne peut raisonnablement pas disconvenir que
(i) Défense etc. Chap. L et VIL
(2) De l'Orthodoxie et;c. Lettre I, g i.
CHAP. XI. — l'oNTOL. et LA CONG. DU SAINT-OFFICLl \']'h
l'ontologisme ne soit frappé dans les sept propositions, et surtout dans la première, où il est question de la connaissance immédiate de Dieu comme étant essentielle à l'intellect humain.
Mais laquelle des quatre espèces d'ontologisme (i) a été condamnée par la sacrée Congrégation romaine ? Là est le vrai point controversé entre les catholiques. Il n'est pas douteux que la condamnation frappe l'ontologisme panthéiste et l'ontologisme rationaliste; quant à l'ontologisme de Malebranche, Sans-Fiel ne veut pas se prononcer dans sa Discussion (2), mais dans l'opuscule De l'orthodoxie de VOntologisme (3), tout en rapportant les arguments par lesquels lesmalebranchiens se défendent ou peuvent se défendre, il laisse voir assez clairement qu'il pense que ce système est inclus dans les propositions condamnées. M. Fabre parait être d'un tout autre avis que Sans-Fiel, quand il dit : « Il est à remarquer que ces propositions ne sont (( pas tirées des œuvres de S. Augustin, de S. Bonaventure, « de Bossuet, de Fénelon, de Gerdil, de Malebranche, de Gio- « berti^ellesn'appartiennent, enunmot,àaucunontologiste(4}. » On peut toutefois poser la question d'une manière plus précise et plus concise à la fois, en disant : l'ontologisme modéré, tel que le soutiennent les ontologistes modérés, et parmi eux M. Fabre et Sans-Fiel, est-il compris dans quelqu'une des propositions déclarées non sures par la Sacrée Congrégation du Saint-Office ? Là est le principal des contestations entre les ontologistes et leurs adversaires. Les premiers nient, les seconds affirment. J'exposerai, selon ma promesse, les raisons des uns et des autres ; et comme la première proposition est la base qui porte les autres, toute la controverse portera sur son interprétation.