CHAP. XII. — RÉCAPITULATION DU TROISIEME LIVRE
nomment rationalisme ontologique, ou mieux ontologisme rationaliste (i).
Afin d'arriver à un résultat clair et précis, je me suis appliqué, après avoir donné l'explication du naturel etdu surnaturel, à chercher la raison intrinsèque et radicale de ces deux ordres de nos connaissances et de vérités divines ; et à l'aide du raisonnement et de l'autorité j'ai déterminé que la racine cherchée était la différente raison formelle de connaissance. Car les créatures sont naturellement pour nous le principe formel qui nous élève jusqu'à Dieu; mais comme elles sont sans proportion avec la perfection infinie du Créateur, elles ne peuvent nous dire clairement ce que Dieu est en lui-même. Conséquemment il y a en Dieu des vérités inaccessibles au critère naturel de la créature et qui nous sont révélées par le critère surnaturel de la révélation divine. Mais l'ontologisme modéré suit une autre voie. Il soutient l'intuition immédiate de Dieu, et par là, transportant en Dieu vu immédiatement le critère naturel de la connaissance de Dieu, il en Vient à détruire, en s'unissant à l'ontologisme rationaliste, la base posée par les Docteurs et par l'Eglise pour la distinction de l'ordre naturel et de Tordre surnaturel (Chap. III).
Il me répugnait, je l'avoue, d'en venir à cette dure conséquence, et j'ai cherché tous les moyens possibles de l'éviter, mais la meilleure volonté est impuissante contre la logique. Les ontologistcs modérés se font illusion, ils vont jusqu'à dire que notre peu d'intelligence ne nous permet pas de les comprendre (2) ; ils accumulent les raisons pour prouver qu'ils
(t)Cf. Liv. H. Chap. L
(2) Fénelon lui-même, quoique très pieux, mais enthousiasmé pour ses Maximes des Saints, se plaignait de n'être pas compris par ses adversaires; et, à propos d'un Mémoire du père Serry, dominicain, il écrivait à Chanterac (18 septembre 1697): L'auteur de l'écrit que le Cardinal de Bouillon m'a envoyé n'est en rien au fait sur la doctrine de mon livre. Cf. Annales de Philosophie chrétienne, \'* série, Tom. XIV, page 2^4. Bossuet était d'un tout autre sentiment, il jugeait que l'écrit de Serry était admirable, et Rome condamnait le livre et les doctrines des Ma.ximes des Sair.is. Annales, etc. ib. page SgS.
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n'attaquent pas l'ordre surnaturel des vérités divines dans leur rapport à nos connaissances; mais, par le fait, quand on discute leurs raisons, on n'y trouve que des mots et l'absence de base réelle pour sauvegarder les deux ordres de connaissance (Ghap IV).
432. Matières traitées dans les chapitres V et VI. — Les six chapitres suivants, du cinquième au dixième, sont un développement plus particulier de la thèse soutenue dans le troisième et le quatrième. A la suite des Scolastiques j'ai entrepris de développer les théories sur la connaissatice et sur la vision de Dieu, et après avoir fait remarquer et dit brièvement que, suivant la raison et la Sainte Ecriture, nous nous élevons à la connaissance naturelle de l'existence de Dieu par le moyen des créatures, et que les assertions de l'école ontologiste s'accordent mal avec le langage des saints Livres, j'ai mis tous mes soins à expliquer la doctrine catholique sur l'invisibilité de Dieu, développant à ce sujet les doctrines si profondes de S.Thomas; ensuite, les appliquant contre l'intuition immédiate de Dieu, soutenue par l'ontologisme, je suis arrivé à la conclusion que l'intuition ontologique est et doit être la vision béatifique (Chap. V).
Toutefois, comme je parle souvent de l'essence de Dieu, en tant qu'elle est connue de nous, et que les ontologistes, afin d'éviter la conséquence que je déduis dans le chapitre V, se retranchent derrière la distinction de l'essence divine en théologique et métaphysique^ il fallait définir avec toute la rigueur scientifique que le concept de l'essence métaphysique se distingue pour nous de la vision quidditative (356) de l'essence théologique, en ce que ce concept est formé abstractivement, au moyen des éléments analogues trouvés dans les créatures, et qu'ainsi c'est un concept confus, tant à cause de l'élément commun que de la différence spécifique ou quasi différence, avec laquelle, de ce concept commun, nous faisons un concept distinct et propre au Créateur. Mais les ontologistes n'ont pas