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CHAP. XII. — RÉCAPITULATION DU TROISIEME LIVRE

le droit de faire cette distinction, parce que, suivant eux, l'intellect humain voit Dieu naturellement et immédiatement, jiitlla interposita creatura : la conséquence déduite au chapitre V, reste donc intacte (Chap. VI).

433. Raison qui a fait traiter des attributs divins. — Mais les ontologistes, plus enthousiasmés, à mon avis, de la sublime élévation de leur système que convaincus de sa vérité, ne déposent point les armes. Pour montrer que l'intuition ontologique n'est pas l'intuition de l'essence divine, réelle ou théologique, ils recourent à une distinction entre les attributs et l'essence de Dieu, et ils soutiennent que l'intuition ontologique peut très bien se terminer aux premiers et non à la seconde, c'est-à-dire à l'essence rationnelle et non à l'essence réelle. Cet expédient laisse la question identiquement la même quant à la substance que celle déjà définie aux chapitres V et VI, mais la reproduit sous une autre forme, et j'ai voulu la suivre dans sa transformation.

La doctrine catholique sur les attributs divins condamne également et le réalisme de Gilbert de la Porrée et le nominalisme des Aétiens et des Eunoméens; et, en face de la condamnation de Gilbert, l'opinion scotiste sur la distinction actuelleformelle-a-parte-rei est sérieusement périlleuse. Je l'ai amplement expliqué dans le septième chapitre, afin de m'ouvrir la voie pour les matières que j'avais à traiter au chapitre VIII. Là, après avoir exposé la doctrine catholique touchant Vobjet que, de fait, les bienheureux voient, et après avoir rapporté brièvement quelques opinions des théologiens à ce sujet, j'ai abordé la question de droit : l'intellect béatifié peut-il, absolument parlant, voir un attribut de Dieu sans voir l'essence de Dieu ?

Les Scotistes tiennent pour l'affirmative^ et le commun des théologiens pour la négative ; mais les arguments de ces derniers sont très pressants, tandis que l'opinion scotiste ne repose que sur la distinction fictive actuelle-fonnelle-a-parie-rei. En

même temps, je prouvais la fausseté historique et théologique d'une affirmation de Gerdil, que les plus récents ontologistes citent volontiers, et que j'ai rapportée aussi au commencement du huitième Chapitre. Il suit de là que ces mêmes ontologistes, s'appropriant l'opinion scotiste pour soutenir que leur intuition immédiate de Dieu a pour objet un attribut divin et non l'essence, s'appuient sur un très fragile et très périlleux fondement. Et je n'ai pas manqué de faire remarquer que, même en admettant l'opinion scotiste conyne vraie, les ontologistes n'en pourraient tirer aucun profit pour leur cause. Car, ét*ant donnée l'intuition immédiate, nous verrions l'attribut divin immédiatement et, pour les raisons dites aux chapitres V. et VI, comme le voient les bienhenreux. Or, ni Scot, ni aucun théologien n'a jamais dit que l'attribut divin, vu de cette manière, pourrait être vu séparément de la vision de son essence ; essence non rationnelle, mais réelle. Nous revenons donc par une autre voie à la même erreur que devant (Chapitre VIII.)

434. Raison qui a fait traiter des idées divines. — Ayant parlé des attributs divins tant en eux-mêmes que par rapport à notre connaissance, j'ai voulu examiner la seconde partie du texte de Gerdil touchant les idées divines. Ici encore j'ai suivi la même division qu'en traitant des attributs divins, raisonnant d'abord sur l'existence des idées et sur leur nature (chap. IX), et ensuite sur leur intelligibilité pour nous. Par rapport à ce second point, j'ai exposé la doctrine de S. Thomas sur l'impossibilité de pouvoir voir immédiatement les idées divines, séparément de l'essence réelle de Dieu; doctrine très sûre, démontrée par l'Angélique avec des raisons d'une évidence parfaite et qui ôtent à l'ontologisme tout refuge de salut.

Sans-Fiel a essayé de combattre cette doctrine, et a même eu le courage de vouloir démontrer que dans l'Article cité le Docteur d'Aquin ne savait pas raisonner et qu'il se mettait en

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contradiction avec ses propres principes ; mais les efforts de Sans-Fiel ont été vains. L'argumentation du saint Docteur répose sur des bases solides, elle va droit et avec une rigoureuse précision de logique à la conséquence, n'évitant point la difficulté mais l'abordant de front : Nojî est autem possibile^ qiiod aliquis videat rationes creaturarum in ipsa divina essentia^ ita quod eam non videat. (Chap. X.)

435. Les réponses de la Sacrée Congrégation. — Il ne manquait plus à l'eîitier achèvement de ce traité que d'examiner les sentiments de l'Eglise catholique sur la question philosophico-théologique, dont je me suis occupé dans presque tous les chapitres de ce troisième Livre. Or, l'Eglise a parlé par l'organe de la première de ses Congrégations; elle a montré ainsi combien l'ontologisme touche de près à la Théologie révélée, dont l'Eglise est dépositaire et juge infaillible. Nous, donc, les fils de cette Eglise, nous devons écouter avec respect et affection les paroles de notre Mère, et ne pas nous éloigner d'elle pour ne pas nous éloigner de Jésus-Christ.

C'est pourquoi j'ai rapporté les sept propositions censurées en 1861 par le tribunal du Saint-Office; et afin de procéder avec une scrupuleuse exactitude, j'ai exposé les jugements contraires qui, soit dans l'ordre du droit, soit dans celui des faits, ont été portés sur ces mêmes propositions. Enfin, j'ai exprimé franchement mon opinion à ce sujet, après avoir analysé les sept propositions et les avoir confrontées avec celles de M. Branchereau, également censurées par le même tribunal, et j'ai conclu qu'à mon avis l'ontologisme même modéré est, pour le moins, très gravement blessé par ces censures.

QUATRIÈME LIVRE De la Lumière objective

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