‹ Œuvres philosophiques du Cardinal Thomas-Marie ZigliaraChapitre 50 sur 126 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Existence et nature de la lumière objective

Sommaire. — 436. La connaissance posée comme fait de conscience. — 437. Notre besoin du raisonnement est aussi un fait. — 438. Nécessité des principes : ils sont les principes du raisonnement direct. — 439. Ils sont aussi le terme du raisonnement réflexe et la lumière objective de notre âme. —

440. Conditions d'être de la première lumière objective de notre âme. —

441. 11 n'est pas question de lumières partielles, mais de la première lumière objective et universelle. — 442. Cette lumière n'est pas prise en elle-même, mais dans le sens relatif à nos connaissances. — 443. La question ne peut être résolue que par l'analyse de toutes nos connaissances objectives et scientifiques.

436. La connaissance posée comme fait de conscience. — Le fait de la connaissance est un de ces faits primitifs qui

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nous sont manifestés par la conscience, et contre lesquels le scepticisme est absolument impuissant : c'est un fait que nous connaissons, que nous raisonnons, que nous jugeons. On peut disputer sur la nature de ce fait, mais il est absolument impossible de le nier ou seulement de le mettre en doute. Or, la connaissance est un fait complexe, parce qu'elle est le résultat de deux éléments très distincts : c'est un acte vital de l'âme, et en ce sens elle est toute subjective; mais la connaissance répugne s'il n'y a pas un connu qui est le terme de la connaissance, et par ce côté elle est toute objective, quelle que soit la nature de cette objectivité.

En outre du fait de la connaissance, la conscience nous dit aussi quelque chose sur les manières différentes dont ce fait se produit en nous, différences qui sont plutôt dans la partie objective que dans la partie subjective de la connaissance. C'est un fait que nous connaissons un objet tantôt confusément, tantôt distinctement, et que tantôt l'objet est plus universel et tantôt il l'est moins. De plus, nous jugeons quelquefois une chose donnée de telle sorte que le jugement est irréformable, comme il arrive dans la certitude; mais très souvent le jugement est exprimé timidement et non sans crainte de se tromper, comme dans les opinions ; quelquefois même nous suspendons absolument notre jugement, parce que le oui et le non se combattent avec des raisons égales dans notre intellect.

437. Notre besoin du raisonnement est aussi un fait. — Mais outre ces faits, en voici un autre non moins important, non moins palpable que les précédents, je veux parler de la manière dont nous acquérons les connaissances. Nés pour vivre d'intelligence et d'amour, nous pressentons en quelque sorte la vérité, je dirais presque comme Christophe Colomb pressentait l'Amérique ; mais, de même que le grand Génois dut vaincre magnanimement des difficultés immenses et de toute sorte pour arriver à la vue et à la possession du Nouveau Monde, ainsi, proportion gardée, en est-il pour nous par

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rapport à la vérité. Nous ne la voyons point d'intuition dans toute son extension et beauté, mais, pour arriver jusqu'à elle, nous avons besoin de marcher, de discourir^ de raisonner^ ce qui est le mouvement de l'âme pour aller à la vérité. Quo enim pervenit omnis boiius ratiocùiator iiisi ad veritatem (i) ?

Voilà le fait qui se reproduit en nous chaque jour, je dirais chaque instant, et dont la conscience nous rend un splendide témoignage : Ad cognitionem veritatis perfectam venire ?ion possimt [simm^ humanae) nisi per quemdam 7notiim (2). De là vient que les anges sont mieux nommés des substances intelligentes, parce que sine aliquo motu l'el disciirsu statim in prima et subit a sive simplici acceptione cognitionem obtinent veritatis (en quoi ce que nous appelons entendre (intus légère) semble se vérifier : Intellectus enim simplicem et absolutam cognitionem designare videturj; et que l'homme, au contraire, est plus proprement dit raisonnable, parce qu'il acquiert la plus grande partie de ses connaissances par le discom^s, c'est-à-dire par le raisonnement : Ratio vero disciirsum quemdam désignât, quo ex uno in aliud cognosceudum anima humaîia pertingit vel pervenit (3).

438. Nécessité des principes : ils sont le principe du raisonnement DIRECT. — Maintenant si nous voulons analyser ce fait de conscience qui n'échappe à personne, et qu'à la vérité on ne pourrait refuser de reconnaître, nous remarquerons très facilement que le mouvement est essentiellement renfermé entre deux termes qui en sont comme la mesure : il n'y a de mouvement qu'à la condition que le mobile parte d'un principe; et il n'y a de mouvement qu'à la condition que le mobile tende vers un terme où, étant arrivé, le mouvement cesse et le

f i) s. Augustinus. De vera Religione. Cap. XXXIX. 0pp. Tom. I.

(2) S. Thomas. Qq. Disp. De Veritate. Qu. XV. De ratione superîori et inferiori. Art I. Le mot mouvement appliqué aux actions de l'àme est pris métaphoriquement, on le comprend, pour signifier le passage de l'intelligence de la non connaissance à la connaissance.

(3) S. Thomas, loc. prox. cit.

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