‹ Œuvres philosophiques du Cardinal Thomas-Marie ZigliaraChapitre 5 sur 126 · CHAP. II. • — LONTOLOGISME ET LA CONSCIENCE I · texte numérisé non relu

CHAP. II. • — LONTOLOGISME ET LA CONSCIENCE I

gibilité. Et l'intellect crée est-il, comme tel, nécessairement contraint d'entendre l'infini de cette manière positivo-négative, c'est-à-dire de façon à ce que aliqiiid cjtis est in intellectii et aîiqiiid extra ? Non certainement, parce que bien qu'il ne puisse comprendre tout l'infini, il peut l'entendre, le connaître tout, Totum sed non totaliter^ et de fait les Anges et les esprits bienheureux le voient tout, totum, et ils n'ont pas de l'infini le concept très imparfait que nous en avons.

Pourquoi donc est-il nécessaire pour nous d'introduire dans le concept de l'infini un concept négatif afin d'exprimer une réalité positive, comme on se servirait de ténèbres pour exprimer une lumière, quand les ténèbres ne sont propres qu'à la cacher ? Dire que Dieu a disposé de se montrer ainsi immédiatement à notre intelligence, mais dans les ténèbres, c'est apporter le Deum ex machina. D'ailleurs, si l'infini, tout réalité positive, se présente immédiatement et par lui-même à mon esprit, et si mon esprit fixe immédiatement aussi son regard sur l'infini, comme sur un soleil en qui il voit tous les intelligibles, pourquoi ne pourrais-je pas le voir et l'exprimer positivement, quand je suis très capable de le faire ? Qui ne voit la répugnance qu'il y a entre cette intuition ontologique et mon concept positivo-négatif ?

Mais cette répugnance disparaît entièrement si l'on admet que la connaissance de l'infini est abstractive et non intuitive. Alors notre intellect, obligé de partir du fini pour aller à rinfint( guidé en cela par les rapports de dépendance qui sont entre le premier et le second), retient du fini la partie positive, et il s'efforce ensuite d'ôter les limites à cette entité positive du fini, pour appliquer cette idée de formation à l'infini ; car, si l'infini se présente à lui par un côté dans l'idée positive du fini, il lui échappe par un autre côté, je veux dire par son illimitation que notre intellect sait être essentiellement positive, mais qu'il ne peut concevoir que négativement et non positivement, parce que ce concept est le fruit de la négation

des limites du fini. En somme, l'idée confuse que nous avons de l'infini, comme la conscience nous l'atteste, porte l'empreinte de la source d'où elle nous vient, c'est-à-dire du fini: capable de nous guider vers l'infini, elle est incapable de l'expliquer clairement à notre intelligence (i).

319. Suite — Je ne dirai rien de la seconde preuve de Sans-Fiel touchant les vérités nécessaires, identifiées avec Dieu même; j'en ai parlé longuement et plusieurs fois dans les livres précédents (2). Donc, passant outre, je viens à la troisième preuve, qui est un argument a simili. « En se repliant sur ellemême, l'âme se voit certainement d'une manière directe. » Cette première proposition de Sans-Fiel est fausse. En effet, comme il est impossible à l'âme de douter de sa pensée et de son objet, car, précisément, l'une et l'autre sont directement devant l'œil de la conscience, si elle se voyait directement ellemême il serait impossible d'ignorer et beaucoup moins de douter, je dirai non-seulement de l'existence, mais encore de la nature intrinsèque de la substantialité et des propriétés de Tâme humaine. Comment pourrait-on ignorer une nature offerte directement et sans voiles au regard de notre esprit ? Comment ne serait-elle pas vue telle qu'elle est, surtout quand cette nature est aussi intrinsèque, unie et adaptée à notre, intelligence que Test notre âme ?

Or, dans le fait, c'est juste le contraire qui arrive. Personne ne doute de son existence, mais combien connaissent la nature intime de l'âme humaine ? L'homme, dit éloquemment S. Augustin, ne se connaît pas lui-même: Homo sibi ipsi est incognitiis. Et pour se connaître il a grand besoin de s'accou* tumer à se distraire des sens, à concentrer son esprit et à le tenir renfermé en lui-même. Ceux-là seuls y parviennent qui, soit en se retirant dans la solitude, soit en se livrant à des occupations libérales, s'étudient à guérir les blessures que font

(i)Cf. I" Livre. XI V Chap.

(2) I" Liv. VIll" Chap. et suiv. II« Liv. 1V« Chap. et suiv.

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