‹ Œuvres philosophiques du Cardinal Thomas-Marie ZigliaraChapitre 51 sur 126 · CHAP. I. — EXIST. ET NAT. DE LA LUMIERE OBJECTIVE · texte numérisé non relu

CHAP. I. — EXIST. ET NAT. DE LA LUMIERE OBJECTIVE

repos se fait. Le principe et le ter?7ie sont donc les limites qui contiennent le mobile dans ses mouvements.

Mais, avons-nous dit, le raisonnement de l'âme est une espèce de mouvement; l'âme ne peut donc raisonner qu'à la condition de partir d'un principe afin de pouvoir atteindre le terme de son mouvement spirituel. Et puisque ce mouvement de l'âme est une tendance vers la connaissance du vrai, dans lequel elle se repose l'ayant atteint, comme le mouvement du mobile est une tendance vers son terme où il se repose; il est nécessaire de poser que le principe d'où l'âme se meut est une connaissance, une vérité connue. Mais cette vérité d'où part initialement le mouvement intellectuel, est-elle aussi le fruit du raisonnement ? Si cela était, et dans cette hypothèse, cette vérité, sous un autre aspect, serait elle-même le terme d'un autre mouvement mental, d'un raisonnement antérieur. Or, comme monter d'un principe à une autre et aller ainsi à l'infini répugne intrinsèquement, parce qu'on ôterait un premier point de départ, et par suite une des conditions essentielles du mouvement, on est forcé de conclure qu'il y a dans notre âme des connaissances acquises sans raisonnement, intellectiiellemetit^Qt que, par ce côté, notre âme ressemble aux substances purement intellectuelles : Uiide quamvis copiitio humanae animae propria sit per viam rationis, est tamcn in ea aligna participatio illins simplicis cogJiitioîiis^ quae in snbstantiis snperioribns iyivenitnr (i).

Si donc en nous, le raisonnement est un fait, la possession intellectuelle des principes , sans lesquels le raisonnement est impossible, doit être aussi un fait. L'âme, mise en possession de ces principes, comme que cela se fasse, peut se mouvoir, peut raisonner \ c'e«=t-à-dire peut déduire de ces principes d'autres vérités, puisque le raisonnement n'est autre chose que le passage de ce qu'on connaît à ce qu'on ne connaît pas:

(i) S.Thomas. Qq. Disp. De Veritate. Qu. XV. De ratione superiori et inferiori. Art. I.

IqS LIV. IV. — DE LA LUMIERE OBJECTIVE. — 3' PART.

Ab iino 171 aliiid discurrunt (animée humanae), ut ex cognitis in ijicognitorum notitiam perveniajit . En somme, le raisonnement, en appliquant la vérité des principes à la connaissance de la vérité d'autres objets, est, pour ainsi dire, la fécondation intellectuelle des principes.

439. Les PRINCIPES sont aussi le terme du raisonnement réflexe ET LA LUMIÈRE OBJECTIVE DE l'ame. — Après avoir marché une longueur de chemin, si nous voulons revenir sur nos pas comme pour mesurer l'espace parcouru, nous reviendrons nécessairement au point d'où nous sommes partis; et ainsi ce point, qui a été le principe de notre marche en avant, deviendra le terme de notre retour en arrière. Il en est exactement de même pour le mouvement de l'âme. Quand, après un long raisonnement qui nous a conduit et fait descendre d'une vérité à une autre jusques aux conclusions les plus éloignées, nous voulons revenir par la réflexion sur les traces de nos pas, nous devrons nécessairement regagner par une marche ascendante le sommet d'où nous sommes partis, de sorte que les principes, d'où le raisonnement direct a pris son mouvement, deviennent le terme du raisonnement réflexe. Et même, ce mouvement réflexe nous faisant nécessairement remonter à un principe au delà duquel il n'est pas donné à notre âme de s'avancer, nous pourrons aussi déterminer quel est le principe d'où notre raisonnement direct a pris son essort. Et il sera nécessaire de conclure que ce principe est bien la lumière primitive objective de nos connaissances (i) ; lumière dont le raisonnement descendant et synthétique est, si je puis dire, comme le prisme qui la réfracte, la divise, la particularise en diverses couleurs-, le raisonnement ascendant et analytique étant comme l'autre face du prisme, en qui les diverses couleurs de la lumière sont réfractées de nouveau et rassemblées dans l'unité de sa blancheur.

(i)Cf. Livre I. Chap. XII.

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