CHAP. I. — EXIST. ET NAT. DE LA LUMIERE OBJECTIVE I
S. Thomas exprime admirablement tout cela dans les paroles suivantes : « Le raisonnement est le mouvement de la cause à l'effet (r). Or, tout mouvement part d'un point immobile, comme dit S. Augustin dans le huitième Livre de Genesi ad litteram^ et la fin de tout mouvement est le repos. Et de même que le mouvement est au repos comme à son principe et à son terme ; ainsi la raison est à Vintellect comme le mouvement au repos et comme la génération à l'être, c'est-à-dire qu'elle se rapporte à l'intellect comme à son principe et à son terme. Comme à son principe, parce que l'âme humaine ne pourrait passer, en discourant, d'une vérité à une autre, si son discours ne prenait son principe dans une simple intellection de la vérité, qui est justement l'intellection des principes. Comme à son terme, parce que le discourir de la raison ne pourrait arriver à rien de certain, si elle n'anal3''sait la part qui, dans son discours^ revient aux principes en qui la raison résout ses découvertes. Ainsi Vintellect se trouve être le principe de la raison dans l'ordre de l'invention (synthétique), et son terme dans l'ordre analytique ou du jugement.
440. Conditions d'être de la première lumière objective DE notre AME. — Une lumière objective existe donc par la raison très simple que le raisonnement est un fait. Et comme dans l'analyse de nos jugements il n'est pas possible d'aller à
{i) Dicit Isaac in Lib. de diffiniiionibus qiiod ratiocinaîio est cursus causae ht rausatum. Motus aiitem omnis ab immobili procedit, ut dicit Augustinus VII f. .'iuper Gènes, ad litt. Motus etiam finis est quies, ut in V. Physic. dicitur. Et sicut motus comparatur ad quietem et ut ad principium et ut ad terminum ita et ratio comparatur ad intellectum ut motus ad quietem, et ut gencratio ad esse, ut patet ex auctoritate Boëtii supra inducta. Comparatur ad intellectum ut ad principium et ut ad terminum : ut ad principium quidem, quia non posset mens humana ex uno in aliud discurrere, nisi ejus discitrsus ab aliqva simplici' acceptione veritatis inciperet : quae quidem acceptio est intellectus principiorum. Similiter nec rationis discursus ad aliquid certum perveniret, nisi fieret examinatio ejus quod per discursum invenitur ad principia prima, in quae ratio resolvit. Ut sic intellectus inveniatur rationis principium quantum ad viam inveniendi, terminus vero quantum ad viam judrcandi. Qu, cit. De rationc superiori et inferiori. Art. L
rinfini par un mouvement ascendant, il doit donc y avoir aussi une première lumière objective, qui illumine toutes nos vérités déduites par le raisonnement. On tire de là les conditions que doit présenter cette première lumière. Elle sera : i" le dernier terme de l'analyse de nos jugements et de nos idées; 2*" et conséquemment, le principe d'où notre âme se meut dans l'ordre de • déduction et de synthèse ; 3» cette lumière sera telle qu'elle brillera par elle-même à notre âme, c'est-à-dire que primitivement (laissons le comment) elle sera appréhendée sans raisonnement , immédiatement , simplici acceptiojie comme s'exprime l'Angélique; 4° enfin elle devra contenir virtuellement tout l'ordre de nos vérités, et entrer explicitement ou implicitement comme élément nécessaire dans toutes nos connaissances. Expliquons mieux cette dernière condition.
Je viens de dire que le raisonnement est la fécondation intellectuelle d'un principe ; de là, plus cette fécondation sera énergique (comme il arrive chez les hommes d'un grand génie), et plus le développement du principe lui-même sera grand, c'està-dire plus les connaissances scientifiques seront étendues (i). Mais il est clair que le développement de la semence, je veux dire du principe, serait impossible^ et que l'action fécondante n'aurait aucun résultat, si tout ce que cette action doit développer ne préexistait déjà de quelque manière dans le principe lui-même ; préexistence non actuelle, mais en germe, virtualiter^ comme on dit dans les Ecoles , et semblable à la manière dont la tige, les feuilles et l'épi préexistent dans le froment.
Il reste donc prouvé et établi que le premier principe doit renfermer virtuellement ou en germe toutes nos connaissances et toutes nos idées ; et de là suit la seconde partie de mon affir-
(i) Sunt enim quidam, qui veritafem intelligibilem capere non possunt, nisi eis particulatim per singula explicetur. Et hoc quidem ex debilitate intellectus eorum contingit. Alii vero qui sunt fortioris intellectus, ex paucis multa capere possunt, S. Thomas, P. I. Qu. LV. Art. IIL