‹ Œuvres philosophiques du Cardinal Thomas-Marie ZigliaraChapitre 53 sur 126 · CHAP. 1. — EXIST. ET NAT. DE LA LUMIERE OBJECTIVE 20I · texte numérisé non relu

CHAP. 1. — EXIST. ET NAT. DE LA LUMIERE OBJECTIVE 20I

mation, que la lumière objective entre explicitement ou implicitement comme élément nécessaire dans toutes nos connaissances intellectuelles. En effet, d'après notre raisonnement, il est manifeste que la première lumière objective est un objet, ou une vérité universelle, puisque c'est seulement comme universelle qu'elle peut être fécondée et développée pour manifester les vérités moins universelles ou particulières. Or, personne n'ignore que l'élément universel est explicitement ou implicitement inclus dans le concept particulier, comme l'espèce est incluse dans l'individu, et le genre dans l'espèce ; éléments que l'analyse sépare et manifeste quand l'âme se met à classer ses propres concepts, et à les ramener à l'unité en même temps.

441. Il n'est PAS QUESTION DE LUMIERES PARTIELLES, MAIS DE LA PREMIÈRE LUMIERE OBJECTIVE ET UNIVERSELLE. — La lumière

qui éclaire les voies de la science et dirige la marche de l'âme peut être considérée dans un sens relatif, et dans un sens absolu. Considérée dans le sens relatif, elle est première, non cependant pour toutes nos connaissances, mais seulement dans certaines limites et pour une série donnée d'idées. Ainsi, l'astronome a ses principes propres, le géographe en a d'autres, le physicien pareillement, et toute science déterminée part de principes déterminés; l'analyse nous ramène à eux, mais elle ne va ni ne doit aller au delà. C'est pourquoi nous avons ici diverses lumières, et des lumières premières qui, néanmoins et absolument parlant, sont des lumières partielles, mais qui sont premières dans une certaine sphère, c'est-à-dire dans un ordre déterminé d'idées et de connaissances.

La lumière absolument première, au contraire, celle dont j'ai parlé jusqu'ici, ne connaît pas de limites; elle s'étend à tout genre d'idées ou de connaissances, elle est comme le foyer .où se concentrent et d'où partent tous les rayons qui sont réfléchis par tous les intelligibles, sans exclusion. Et présentement, dans nos recherches sur la lumière objective de l'intellect, il n'est point question des lumières partielles, mais

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bien de la lumière universelle et absolument première, qui, brillant d'en haut, communique sa lumière aux lumières partielles, et est en un mot le Soleil du monde intelligible.

442. La LUMIÈRE PREMIÈRE OBJECTIVE n'eST POINT PRISE EN ELLE-MÊME, MAIS DANS LE SENS RELATIF A NOS CONNAISSANCES.

Afin de pouvoir résoudre la question que Je traite dans ce IV« Livre, il faut faire ici une remarque très importante. J'ai dit que le principe suprême, ou la lumière suprême d'où part et à qui retourne l'esprit doit contenir virtuellement tout ce que notre âme déduit successivement de ce principe; mais il r>c tromperait grandement celui qui penserait avec Gioberti que cette contenance doit être nécessairement entitative, et qu'elle ne peut être logique. Je m'explique.

Bien que nos connaissances pour être vraies doivent correspondre à la réalité des choses telles qu'elles sont en ellesmêmes (i), parce que les choses sont la mesure de la vérité logique, et non vice versa; toutefois il n'est pas nécessaire et par le fait il n'arrive pas toujours que Y ordre de nos connaissances, c'est-à-dire V ordre logique^ suive Vord^^e de la réalité des choses connues, c'est-à-dire l'ordre ontologique. Ce qui importe dans la connaissance c'est de voir ou d'avoir la lumière, mais peu importe d'où elle vient éclairer l'intelligible que nous voulons voir (2). Ainsi, les accidents peuvent être la lumière pour voir la substance, bien que les accidents aient l'existence en elle et par elle; un effet nou? manifeste sa cause,

(i) J'appelle connaissance, dit Damascène dans le premier chapitre de sa Dialectique, la vraie notion des choses qui sont, parce que la connaissance porte sur les choses qui sont. C'est pourquoi, la fausse connaissance, qui est la connaissance des choses qui ne sont pas, est plutôt ignorance que connaissance : Tvwfftv Si fi)(it, Tfl à\iiQç Twv ôvtwv yvwatv " twv ya/3 ovtwv aï yvâxTUç. À 7r«7£u<?/) 7vw(T£;, wç TOI» p ôvTov oCtk yvwfTis â/vota p[«).>ov riTTtp yvwcriç èort. Edit. Le Quien. Venise 1748. Tom. l. page 7.

{2) C'est ce qui a été sagement remarqué par Aristote qui dit au Liv. V des Métaphysiques, Chap. I : Il y a une autre espèce de principe d'où une chose est très bien produite, comme la doctrine. Quelquefois, en effet, il ne faut pas commencer par ce qu'il importe davantage de savoir.

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bien que l'effet soit postérieur à la cause et qu'il lui doive son être propre; les couleurs réfractées par le prisme donnèrent occasion à Newton d'écrire ses admirables théories sur la nature de la lumière; et, pour ne pas nous étendre trop loin, nous prenons souvent dans nos démonstrations pour principe ou lumière une définition nominale, un effet, un signe quelconque pour arriver à conclure des vérités considérablement plus nobles et plus parfaites entitativement que le principe qui nous y a conduits. Et dans ce cas, le principe initiateur est relativement plus lucide, quoique non absolument; il est logiquement plus lucide par rapport à nous, mais non absolument et en luimême. De là, parmi les Scolastiques cette distinction très juste et très usuelle des propositions connues jt^er se^ en elles-mêmes, et connues jcer se^ par rapport à nous (i;. S. Thomas a fait ressortir cette doctrine très importante et en même temps trcs facile, mais elle a été négligée, ou mal comprise par Gioberti et par les ontologistes venus après l'écrivain subalpin.

Il y a deux espèces de démonstrations, dit l'Angélique, l'une part des causes et est appelée démonstration propler qiiid; elle commence toujours par ce qui est plus connu dans l'ordre réel ou ontologique. L'autre part de l'effet pour aller à la cause, on l'appelle démonstration quia\ elle commence aussi par le plus connu non dans l'ordre réel et ontologique, mais par rapport à nous et dans l'ordre logique. Car quand un effet nous est plus connu que sa cause, nous allons de l'effet connu à la connaissance de la cause elle-même, conduits par

(i) Coniingit aliquid esse per se notum dupliciter. Uno modo secundum se et non quoadnos. Alto modo secundum se et quoad nos. Ex hoc enim aliqua propositio est per se nota, quod praedicatum includitur in ratione subjecti, ut, homo est animal ; nam animal est de ratione hominis. Si igitiir notum sit omnibus de praedicato, et de subjecto quid sit, piopositio illa erit omnibus per se nota, sicut patet in primis demonstrationum principiis, quorum termini sunt quaedam communia, quae nullus ignorât; ut ens et non eus, totum et pars, et similia. Si autem apud aliquos notum non sit de praedicato et subjecto quid sit, propositio quidem, quantum in se est, erit per se nota, non tamen apud illos, qui praedicatum et subjecîum propositionis ignorant. S. Th. P. I. Qu. II, Art. I.

l'étroite relation de dépendance qui est entre l'un et l'autre: Duplex est demoîistratio. Una^ qtiae est per caiisam^ et dicilur propter quid, et haec est per vHora simpliciter. Alia est per effectum^ et dicitur demonstratio quia, et haec est per ea quae surit priora quoad nos. Cum euim effectus aliquis nobis est manifestior quam sua causa ^ per effectum procedimus ad cognitionern causae (i). •

443. La question ne peut être résolue que par l'analyse DE toutes nos connaissances objectives et scientifiques. — Cherchant donc la lumière primitive qui illumine tous les intelligibles, nous devons chercher une vérité primitive dans l'ordre logique, c'est-à-dire par rapport à nous. Et si cette vérité relativement première se trouve telle aussi en ellemême, c'est-à-dire dans l'ordre réel, ce sera pour le mieux; toutefois cette seconde condition est secondaire et purement accessoire. Mais quelle voie prendrons-nous pour parvenir à déterminer cette lumière primitive de l'esprit? J'ai déjà fait remarquer que si, dans l'ordre synthétique, notre âme part de cette lumière première pour descendre à sa lueur aux vérités médiates ou déduites, d'un autre côté, c'est-à-dire dans l'ordre ascendant et analytique, il est nécessaire que nous retrouvions notre point de départ. Afin donc d'arriver à notre but, mettons-nous à analyser rigoureusement nos connaissances objectives. Et comme en fait elles comprennent des objets ontologiques^ cosmologiques ^ psychologiques, moraux et théologiques^ nous devrons, si nous voulons traiter complètement la question, passer en revue ces mêmes objets en suivant cette classification, afin de voir s'ils ont une lumière commune. Je commencerai par l'ontologie, traitant d'abord des idées et ensuite des jugements. C'est une étude longue et scabreuse, mais Tutilité en est immense, car il y est question des principes vitaux de toute la philosophie humaine,

(i)P. I. Qu. n. Art. II,

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