‹ Œuvres philosophiques du Cardinal Thomas-Marie ZigliaraChapitre 58 sur 126 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Analyse de nos jugements ontologiques

SoMMAÎRE. — 465. En nous, le jugement en tant que connaissance est perfection; mais comme manière de connaîtra, il est imperfection. — 466. Corollaire. Absolument parlant, le jugement ne précède pas la simple perception, mais il la suit. — 467. Autre corollaire. Les jugements non comparatifs sont une contradiction. — 468. Les jugements immédiats dans l'ordre ontologique sont nécessaires, et les trouver c'est trouver la lumière objective des jugements médiats. — 469. Sens de la question sur le premier principe des connaissances ontologiques. — 470. Démonstration directe et démonstration indirecte. — 471. Le premier principe de nos connaissances ontologiques a Yêtre pour sujet. — 472. La question de la formule exprimant ce premier principe est une question secondaire, — 473. La formule : Tout être est être doit être rejetée. — 474. Cette autre formule : Tout être est ce qui est, paraît plus rationelle pour les démonstrations directes. — 475. Dans les démonstrations indirectes, le premier principe est le principe de contradiction. — 476. Primauté du principe de contradiction. — 477. Récapitulation.

465. En NOUS, LE JUGEMENT EN TANT QUE CONNAISSANCE EST PERFECTION, MAIS COMME MOYEN DE CONNAITRE, IL EST IMPERFEC- TION. — Dieu, intelligence infinie, connaît par un acte unique et très simple ; il comprend sa propre essence telle qu'elle est en elle-même, et comprenant sa propre essence, il comprend aussi toute l'universalité des choses qui, virtuellement et d'une

manière bien plus noble que dans leur existence propre, sont contenues radicalement dans la divine essence et préexistent formellement de toute éternité dans l'intelligence divine, comme je l'ai dit et prouvé au troisième Livre de cet ouvrage, en traitant des idées divines. Les anges imitent aussi de quelque manière la perfection de la divine intelligence, en ce que, entendant un intelligible, ils en pénétrent d'une seule intuition la nature et les propriétés, et embrassent d'un seul regard tout ce qui appartient à la nature de cet intelligible (i).

Mais il n'en est pas de même pour nous. Les derniers dans la grande échelle des intelligences, nous sentons conjointement avec la dignité de notre raison les imperfections continuelles de son développement. Très souvent un seul concept ne nous suffit pas pour égaler et épuiser l'intelligibilité objective de la chose conçue; aussi après avoir saisi confusément etinadéquatement cette chose, nous tâchons de nous rendre sa connaissance distincte et adéquate en lui adjoignant des prédicats ou propriétés et perfections qui, supposé qu'elles ne soient pas distinctes dans l'objet, sont néanmoins saisies par nous comme si elles en étaient séparées. De sorte que nous entendons les choses même les plus simples comme si elles étaient composées: non que nous attribuions une réelle composition à ces choses, mais la composition est dans la manière dont nous les concevons.

De là vient le besoin de cette seconde opération de l'âme, que l'école âppdlQ Juge?7îe7îtj et énoJiciation et proposition (2)

(i) Angélus autem intelligendo quidditatem alicujtis rei simul intelligit quidquid ei attribui potest, vel removeri ab ea. Et cela vient de la perfection de la lumière intellectuelle dans l'ange. S. Th. P. I. Qu. LVIII. Art, IV. ad. i et in corp. Art.

(2) Intelligendo quid est homo, non ex hoc in ipso alia, quae ei insunt intelligimus, sed divisim secundum quamdam successionem : Et propter hoc ea, quae seovsum intelligimus, oportet nos in unum redigere per modum compositionis vel divisionis, enuntialionem formando. S. Th. P. I. Qu. XIV, Art. XIV. — Cf. Qu. LXXXV. Art. V et I. Contra Gentiles. Cap. LVIl. — Suarez Dispp. Metaphys. Disp. VIII, Sect, III. 'i XVIII.

quand le jugement est produit au dehors par des signes sensibles; opération dont ni Dieu ni les anges n'ont besoin (i). C'est pourquoi, si le Jugement est perfection en ce qu'il nous donne la connaissance de la chose, il est cependant une imperfection de notre intelligence en ce qu'il suppose que notre intuition de la chose est incomplète.

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