LE Verbe de dieu lumière des hommes. — Ces raisonne
(i) Nous donnons au Fils de Dieu beaucoup de noms, parce que nous sommes obligés pour parler de Dieu de nous servir des similitudes sensibles, qvii, toutes ensemble, sont incapables de nous donner exactement cette unité que nous voulons exprimer; et ainsi Oportet ex multis similititdinibus scnsibiliinn indivinam cognitionem pervenire, qiiia tina non sufficit... Nominamtts crgo Filiiim diversis nominibus, ad exprimcndam perfectionein ejus, qnae nno nomine non potest exprimi : ut enim ostendatur connaturalis Patri, dicitur Filitis ; ut ostendatur in nullo dissimilis, dicitur {Imago; ut ostendatur coeternus, dicitur Splendor ; ut ostendatur immaterialiter genitus, dicitur Verbum. S. Th. in Joann. Cap. L Lect. I, n. i, in fine.
ments et ces considérations nous donnent l'explication philosophique (i)des sublimes expressions de S. Jean : In principio^ c'est-à-dire avant toutes choses ou de toute éternité, était le Yerbe dans le Père qui parle le jV^erbe consubstantiel à lui, et le Verbe était en Dieu, auprès du Père, parce qu'il est une personne distincte du Père, et dans le Père,parce qu'il est consubstantiel au Père en nature. Et le Verbe était Dieu^ c'est-à-dire que non-seulement il était de toute éternité, que non-seulement il était dans le Père et auprès du Père, mais encore qu'il est essentiellement Dieu, comme le Père est Dieu, en raison de la consubstantialité, qui est entre les deux personnes. Ce Verbe, et ce Verbe sculement(puisque le Père par un seul acte très simple se connaît lui-même et connaît en lui-même toutes les choses, et qu'il peut les concevoir toutes par un seul Verbe (2)) était au commencement^ c'est-à-dire essentiellement et inséparablement auprès de Dieu^ Dieu ne pouvant être conçu privé d'intellection actuelle et par conséquent sans Verbe. Toutes les choses, sans exclusion d'aucune dans Tordre créé, o«/ été faites par lui Verbe : non que le Verbe soit cause des choses sans le Père et le Saint-Esprit, ou que le Verbe soit simplement le ministre ou l'instrument du Père dans la création ; mais parce que la création est une œuvre d'intelligence et non de caprice ou de hasard ; conséquemment Dieu ne pouvait créer le monde sans l'avoir d'abord conçu intellectuellement en lui-même et sans pouvoir le créer par ce concept, de la manière que l'ouvrier doit d'abord former le concept de son œuvre, et par ce concept, qui est la raison formelle de l'œuvre, lui donner sa forme. Or le concept éternel de Dieu, comme nous l'avons vu, c'est la sagesse de Dieu en tant que conçue, c'est-à-dire, c'est le Verbe de Dieu et le Fils de Dieu. Il est donc absolument impossible que le
(i) Je n'entends point démontrer le mystère, je veux seulement en donner des explications suivant le mode employé par les Pères et les Docteurs scolastiqucs ; mais est-il besoin d'en avenir le lecteur?
(2) Cf. S. Th. P. I. Qu. XXXIV. Art. III. et IV.— Contra GcntUes Cap. Xlll.
Père crée quelque chose sinon par le Verbe qui, selon S.Augustin, est l'art éternel en qui les raisons de toutes les choses vivent. Il suit donc de là que Et sans lui Verbe rieft n'a été fait (i).
Mais il suit aussi que en lui était la vie parce que dans le Verbe, il y' a non-seulement la connaissance, mais que la connaissance, en lui qui est Dieu, est réellement l'essence divine elle-même ; la vie actuelle et non potentielle est donc en lui. Et même, en suivant une autre leçon, et en lisant avec S. Au gustin (2), S. Thomas et d'autres : Qiiod factiimest^ in Ipso vita erat ; nous dirons avec vérité que non-seulement le Verbe est la vie, mais que toutes les choses, entant qu'elles sont dans le Verbe, sont encore la vie elles aussi. Car les choses peuvent être considérées et en elles-mêmes, dans leur réalité propre, et dans leur préexistence dans leur cause, c'est -à-dire dans le Verbe. Considérées en elles mêmes, toutes ne vivent certaine ment pas, et celles qui vivent, telles que l'animal et l'homme, ont la vie, mais ne sont point la vie. Considérées dans le Verbe, elles ne sont autres que les idées, ou les raisons qui existent spirituellement dans le Verbe, et par lesquelles les choses ont été faites par le Verbe; donc en tant que toutes les choses créées préexistent idéalement dans le Verbe, toutes vivent ainsi, et même elles sont la vie, elles sont Creatrix essentia^ comme s'exprime S. Thomas (3), parce que les idées divines ne se distinguent pas réellement en Dieu de la vie, comme la vie divine ne se distingue pas réellement de l'essence divine.
Enfin le Verbe, qui est vie, est lumière, parce qu'il est vie
{i) Deiis niliil facit nisi per conceptum siii intellectus, qui est sapientia ab aetefno concepta^ scilicet Dei Verbiim et Dei Filius ; et ideo impossibile est qiiod aliquid faciat nisi per Filiiim. Unde Augustimis De Trinitate dicit, qiiod Verbttm est arsplena omnium rationum viventium ;et sic patet qiiod omnia qiiae Pater facit, facit per ipsiim. S. Th. in Joann. Cap. I. Lect. il. n. i. prop. fin.
(2) Voyez De Genesi ab litteram Lib. V. Gap. XIV. n. 32. Le Saint dit que Emendatiores Codices habent CQttQ leçon. — Cf. etiam in Joann. Evang. Cap. I. Tract. I. n. i6.
(3) In. Joann. Cap. I. Lect* II. post. med.
de connaissance, et même qu'il est la connaissance essentielle elle-même, très actuelle et très parfaite : Et la We-lumièrc était la lumière des hommes. Car les hommes ont non seulement la vie, mais une vie de connaissance, ayant les sens et la raison ; et ils ont les sens et la raison parce qu'ils ont une âme humaine dont l'essence est ordonnée pour connaître dans ces deux ordres. Donc, parce qu'il a une âme cognitive, l'homme est lumière en puissance, et il est lumière en acte toutes les fois qu'il connaît actuellement. Mais toutes les choses ont été faites par le Verbe et sont participation de Dieu ; donc c'est par le Verbe que l'homme a une âme raisonnable (l'essence, lumière-potentielle). Et puisque l'effet nécessaire de la cause seconde est aussi effet de la cause première qui a donné l'être à l'autre, on peut et on doit dire que l'homme reçoit du Verbe non-seulement la faculté de connaître, mais encore l'intcllection actuelle, ou la lumière actuelle. Le Verbe est donc en toute vérité la lumière, la première lumière des hommes : Et vita crat lux hominum...Erat lux ver a., quae illuminât omnem hominem venientem in hune mundum. Cette première lumière étant niée, nous tombons dans les ténèbres, dans le nullisme de notre intelligence ; car notre intelligence ayant la vie et ayant la lumière (elle est douée de connaissance) uniquement parce qu'elle est participation et production de la première vie et de la première lumière, si elle leur est soustraite elle n'a plus aucune raison de lumière, de vie, d'être.