‹ Œuvres philosophiques du Cardinal Thomas-Marie ZigliaraChapitre 92 sur 126 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

La paix dans les écoles catholiques en matière de philosophie

Sommaire. — 5(38. Raisonnement de S. Thomas. — 569. Schèmc des principaux points de la philosophie de l'Angélique — 570. Théoriedu P. Gaetano Milone. — 571. L'intelligible défini par S. Augustin. — 572. Suite. — 573. Les universaux ne sont pas Dieu. Objectivité de nos connaissances. — 574. Raisonnements du P. Milone. — 575. Confrontation de la doctrine de P. Milone avec la doctrine de S. Thomas. — 576. Nous ne disons pas que l'intellect fabrique l'intelligible. — 677. Le professeur Abbé Seni. — 578. Analyse de quelques propositions de cet auteur. — 579. Conclusion.

568, Raisonnement de S. Thoivias. — J'ai dit au commencement du douzième chapitre que je voulais rechercher et mettre en évidence ce qu'il y a de vrai dans l'ontologisme, afin d'ouvrir une voie de conciliation entre les opinions contraires, et de faire cesser les discordes qui, en matière de philosophie, régnent malheureusement dans les écoles catholiques, en des temps où la paix entre ces écoles est plus désirable et plus désirée. Quelle est cette voie ? Je l'ai dit dans les deux chapitres précédents, et je les résumerai dans la doctrine suivante de S. Thomas, que je veux transcrire ici littéralement, proposant les termes mêmes de l'Angélique, comme la formule de conciliation philosophique :

« La raison de vérité consiste en deux choses : dans l'être de la chose, et dans l'appréhension de la faculté cognitive proportionnée à l'être de la chose (i). Or, bien que l'une et l'autre de ces deux choses, comme il a été dit dans la distinction VIII, Qu. I., soient ramenées à Dieu comme à leur cause efficiente et exemplaire; néanmoins toute chose possède par participation son être créé, par lequel elle est formellement; et chaque intellect participe à la lumière par laquelle il juge avec vérité des choses, lumière qui a son exemplaire dans la lumière incréée. Mais l'intellect a aussi en lui son opération propre qui complète la raison de vérité. Je dis donc que, comme il y a un être divin unique par qui toutes les choses sont et en qui elles ont leur principe effectif typique, il y a aussi néanmoins un être différent dans les différentes choses, et que par cet être la chose est formellement : de même il y a une vérité unique, qui est la vérité divine, par laquelle toutes les choses sont vraies, comme par leur principe efficient typique; et néanmoins il y a une multitude de vérités dans les choses créées, et par elles ces choses sont dites vraies formellement. »

Quiconque aura lu avec quelque attention ce présent Ouvrage sera facilement persuadé, je l'espère, que mon livre tout entier n'est que la preuve et le développement de cette formule du saint Maitre. Mais pour plus de clarté j'analyserai la formule elle-même, en la divisant en autant de propositions qu'il sera

l'i) Sicut dictiim est, Artic. anteced. ratio veritatis in duobus consistit : in esse rei, et in apprehensione virtutis cognoscitivac proportionata ai esse rei. Utrttmque aiitem horum quamvis, ut dictiimest. Dist. VIII. Qu. 1. Art. I., rediicatiir inDcum sicut incausam cfficientem et exemplarem ; nihilominus tamen quaelibct rcs participât suum esse creatum. quo formaliter est, et unusquisque intellectus participât lumen per quod recte de re judicat, quod quidem est exemplatum a luminc increato. liabet ctiant intcllectus suam operationcm in se, ex qua complctur ratio veritatis. Unde dico, quoi sicut est unum esse divinum quo nmnia sunt, sicut a principio effectivo cxemplari, nihilominus tamen in rébus divcrsis est diversum esse, quo formaliter res est; ita etiam est una veritas, scilicet divina, qua omnia vera sunt, sicut principio effectivo exemplari ; nihilominus sunt plures verit.iics in reçus creatis, quitus dicuntur verae formaliter. I. Dist. XIX. Qu. V. Art. II.

nécessaire pour contenir comme dans un schème synthétique toute la philosophie de l'Angélique sur ce sujet.

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