CHAPITRE XV
De la lumière traditionnelle
Sommaire. — 58o. Le magistère extérieur. — 58i. Le traditionalisme. — 582. Le tait de la connaissance est antérieur à la connaissance scientifique. — 583. Arguments de S. Thomas pour prouver la nécessité du divin magistère.
58o. Le magistère extérieur, — Dieu est le principe efficient et moteur de notre intelligence, il est le principe exemplaire et efficient de toutes choses; donc, sous le premier aspect, il est la lumière intrinsèque et première de toutes nos connaissances considérées subjectivement; sous le second aspect, il est la plus haute et la dernière lumière de nos connaissance prisesobjecti vement. J'ai suffisamment, me semblet-il, démontré ces conclusions dans les chapitres douzième et treizième de ce IV* livre. Jusqu'ici j'ai considéré Dieu dans l'intrinsèque de notre connaissance (car l'intellect connaissant et l'objet connu sont vraiment chose intrinsèque à laconnais.sance); mais le complément du traité veut que nous déterminions encore si et de quelle manière Dieu est également la lumière extérieure de l'intelligence humaine.
J'appelle lumière externe le magistère pris dans le sens communément donné à ce mot, et qui ne consiste en rien
autre qu'à présenter à l'esprit du disciple quelques vérités, les disposant, les mettant devant ses yeux, de sorte que le disciple regardant attentivement puisse les voir en vertu de la puissance naturelle de sa propre intelligence. « Le maître, dit très bien S. Thomas (i), conduit le disciple à la science par deux voies. Premièrement, en lui proposant des secours ou des instruments dont il se servira pour acquérir la science; comme lorsqu'il lui propose quelques propositions particulières dont il peut juger avec la lumière des premiers principes, ou lorsqu'il lui présente des exemples de choses sensibles, semblables ou opposées, etc, par lesquels l'intellect du disciple, est conduit comme par la main à la connaissance de la vérité ignorée. Secondement, en fortifiant l'intellect du disciple non parce qu'il donnera de la vigueur à son intelligence, comme nous avons dit que fait le magistère intrinsèque de Dieu, mais en lui présentant l'ordre des principes aux conclusions, quand le disciple n'aurait pas assez de force intellectuelle pour inférer par lui-même les conclusions des principes. » Après cette explication sur le sens que je donne présentement au magistère, qui est lumière aussi parce que facit manifestatio7iQm^ quoique extrinsèque, je veux montrer que Dieu est aussi notre maître et notre lumière i" dans la tradition orale des peuples (et ce sera la matière de ce Chapitre) ; 2" dans Jésus-Christ et par Jésus Christ ; 3" dans l'Eglise
(i) Ditcit atitem magister discipuliim ex praecognitis in cognitionem ignoto' rum dupliciter. Primo quidem, proponendo ei aiiqua auxilia vel instrumenta, quitus intellectus ejus utattir ad scientiam acquirendam, puta cum proponit ei allquas propositiones minus universales, qiias tamen ex praecognitis discipulus dijudicare potest; vel cum proponit ei aiiqua sensibilia exempla, ut similia vel opposita, vel aiiqua hujusmodi, ex quitus intellectus addiscentis manuducitur in cognitionem veritatis ignotae. Alio modo cum confortât intellectum addiscentis, non quidem aiiqua virtute activa quasi superioris naturae, sicut supra dictum est (Qu. GVI. Art. I. et CXI. Art. 1.)..., sed in quantum proponit discipiilo ordinem principiorum ad conclusiones, qui forte per seipsum non haberet tantam virtutem coUativam, ut ex principiis posset conclusiones deducere, P. L Qu. CXVIl. Art. 1.