CHAP. XV, — DE LA LUMIERE TRADITIONNELLE
tout magistère, le genre humain eût vécu dans une ignorance presque entière des vérité divines qu'il lui est nécessaire de savoir.
Mais peut être aurait on pu, afin de suppléer à ce défaut capital, recourir à ces hommes remarquables qui ont les moyens, la bonne volonté, et le génie nécessaire pour les spéculations des grandes vérités de la métaphysique ? Mais réfléchissez que la philosophie n'est pas une étude qu'on puisse faire au premier âge de la vie, alors que l'imagination l'emporte si fort sur la raison ; c'est en outre une étude longue, fatigante, à laquelle rien n'est plus contraire que la légèreté des affirmations et la précipitation pour faire vite; réfléchissez enfin que l'erreur s'insinue où l'on penserait le moins la trouver, et qu'il n'est point rare de voir les illusions de l'amour propre et les satisfactions de l'égoïsme passer pour la splendeur de la vérité. Tout cela rend le magistère moins acceptable et souvent suspect, spécialement quand il s'agit de vérités qui mettent un frein à l'impulsion désordonnée de la liberté abusée, comme sont les vérités théologiques. Qui, parmi les anciens, a été plus grand que Platon et Aristote ? Et cependant, parmi les vérités les plus précieuses ils ont enseigné des théories horribles et à faire rougir tout homme honnête. Néanmoins, et c'est digne de remarque, leur étude était dirigée non à créer, comme je le disais tantôt, mais à établir scientifiquement la connaissance. Qu'en eut-il été s'ils n'avaient eu dans les mains aucun élément traditionnel ?
Ainsi, d'une part, nous avons le devoir strict pour tous sans exception de posséder des croyances vraies et certaines sur Dieu, l'âme et la morale; d'une autre part, nous sommes dans l'impossibilité morale d'acquérir par la raison seule ces notions d'une manière universelle, facile, certaine et excluant le doute et l'erreur. Donc, en voyant ces notions répandues dans le genre humain d'une manière universelle et stable, nous sommes contraints par la logique d'admettre le fait et
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la nécessité morale du fait de la révélation divine ou du magistère divin, à l'école de qui, l'homme, soit immédiatement soit médiatement, a appris ces vérités éternelles que, de luimême et par la seule vertu du raisonnement, il n'aurait moralement Jamais pu trouver. Donc la lumière traditionnelle est une lumière divine, et Dieu n'est pas seulement notre lumière en ceque la raison et les choses viennent de lui, comme je l'ai expliqué dans les Chapitres précédents; mais encore en ce qu'il s'est fait notre maître, dans la signification commune de ce mot, en présentant à notre intelligence les vérités divines, de sorte à nous en donner la connaissance avant que notre intellect se fatigue à en avoir la science. Ainsi, encore par ce côté. Dieu est la lumière qui illumine tout homme venant en ce monde.