S5S SUB LES MEEVBUXES DES IDÉES
titra de Seigneur à la tête de tous ses commandements. Ego Dtnmnus,
Écoutez-moi , mon peuple. Considérez ce que je suis ; considérez ce que vous êtes; je suis tout par moi*méme : Ego mm, qui nm*; c'est ma définition essentielle; vous n*étee rien que par moi, c'est la vôtre. Je voui| ai fait à mon image. La première loi que je vous donne est de me ressem- Mer, Je ne vous dis pas d'imiter ma puissance, Ma puissance est un objet d'adoration et non pas d'imitaticm. Mais rendes vous attentif à la pureté de mon être. Soyez saints parce ipie je suis saint. SatVfU etM», quia ego umcUM $\km^, Cest moi-même que je vous propose pour modèle de vertu; ma sagesse, ma bonté, ma justice, l'ordre en tout, qui est ma loi essentielle. Bt ne me dites pas : qui de nous montera dans le del pour en faire descendre votre loi sur la terre? Ma loi n'est jamais loin de vous. Je l'ai gravée dans votre ccmir ; /m£p<0 ^ 9st in oorde iuo*. Vous pouvez la suivre ou ne la suivre paa* Je vous ai {ait libres. Vous pouvez demeurer dans Tordre ou en sortir^. Je ne veux que des volontaires à mon service. Cependant, prenez-y garde, vous pouvez sortir de Tordre, mais vous ne pouvez pas sortir de mes mains. Je vous ai faits pour être beureui:; mais pour Têtre après l'avoir mérité, Comment voulez^vous que je vous traite, en enfants dociles ou en sujets rebelles? c'est à vousà opter. C'est à vous è choisir entre la vie et la mort. EHge ergo, Mt tuvivas^.
Nous ne faisons , Messieurs , que vous rappeler les lois étemelles , que nous trouvons dans le plus ancien des codes qui ait paru dans le monde, et qui nous renvoie lui-même à notre cœur pour les y retrouver. Juçcia le est in corde lue.
* Exod., c. 3.
' Levit., c. u.
» Deuter., c. 3i, v. 12.
* lbid.,r, 15, 14, ete.
Consultons en effet les idées de la raison qui nous éclaire. Ne sont-ce pas précisément les nnémes lois que nous y voyons écrites en caractères lumineux : dans les idées de sagesse, do bonté, de justice, d'ordre et de subordination : idées saintes qui sont manifestement aussi communes à tous les hommes , que celles de Tarithmétique et de la géométrie.
Conclusion générale. Nous la tirerons encore avec saint Augustin, dans son ouvrage incomparable de la Cité de Dieu : donc toutes les vérités que nous voyons dans nos idées primitives, nous démontrent que c'est en Dieu seul que résident et la cause de notre être , et la raison qui nous éclaire dans les sciences, et Tordre que nous devons suivre dans las mœurs. In quo est et causa subsistendi, et rcUio ith^ telligendi, et ordo vivendi '.
' s. Auc, De CivUatc Dei„ l yill, c. 4.
Mbsbikobs,
Noos n'avons jusqu'ici eonsidéré les idées qui nous éclairent dans les sciences et dans les mœurs, -que dans leur pureté originale, sans y rien mêler de la contagion des corps , telles que nous les concevons en Dieu même , dans leur source primitive. Il ne faut pas s'étonner que nous y ayons partout rencontré tant de sujets d'admiration. Nous étions à la source du vrai, du beau, du grand.
Mais, outre ces idées pures que nous recevons immédiatement du Créateur, nous en avons d'un autre genre qui nous viennent par l'entremise des sens, c'est-à-dire en conséquence des lois de l'union de l'âme et du corps. Pouvonsnous espérer d'y trouver quelques merveilles semblables , ou du moins en quelque sorte équivalentes?
Oui , Messieurs ; et pour nous en convaincre nous n'avons d'abord qu'à nous rendre attentifs aux impressions continuelles que nous recevons des objets extérieurs par tous nos sens : la lumière et les couleurs par la vue ; le bruit et les sons par l'ouïe ; l'odeur et les parfums par l'odorat; les saveurs par le goût ; le plaisir et la douleur par l'organe universel du tact.
C'est ce qu'on appelle idées sensibles; institution admirable du Créateur, pour nous intéresser à la conservation de notre corps par la voie la plus courte et la plus sûre , qui est celle du sentiment.
Nous croyons avoir suffisamment expliqué les merveilles des idées pures ; elles sont d'une telle simplicité , que rien n'en
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peut obscurcir la lumière. Tâchons , s'il est possible , de répandre le même jour dans nos idées sensibles , malgré leur composition qui nous les rend ordinairement si concises. Mais comment nous y prendre?
Il a fallu nous élever au-dessus de nous-mêmes pour dé** couvrir les merveilles de nos idées pures. Il faut descendre dans notre âme bien profondément pour découvrir l'art du Créateur dans la composition des idées qui nous viennent des sens. C'est une espèce de mixte spirituel que nous ne pouvons démêler que par l'analyse de nous-mêmes. Écoutez-moi , s'il vous plaît, Messieurs, ou plutôt votre propre sentiment intérieur. Voici l'analyse que nous en avons faite pour vous épargner la peine des premières opérations , qui sont toujours les plus difficiles.
Nous distinguons trois choses dans chacune des impressions intérieures que nous recevons par nos sens des objets extérieurs :
4®. L'idée du corps, qui frappe nos orçanes;
2^. Une sensation de l'âme, qui accompagne cette idée;
3®. Un certain jugement naturel et indélibéré , par lequel nous rapportons cette sensation à quelque objet extérieur, comme si elle y était inhérente. La lumière , par exemple , dans les corps lumineux, le son dans les corps sonores, l'odeur dans les parfums , les saveurs dans les aliments , le plaisir ou la douleur dans les parties de notre corps , où il arrive quelque changement soudain , favorable ou contraire à sa conservation; le tout, en conséquence, de certaines lois constantes. Ce qui d'abord nous manifeste un grand dessein dans l'auteur de la nature.
C'est la notion générale des idées sensibles. Faisons voir en particulier quelles en sont les merveilles dans tous les points de vue sous lesquels on les peut considérer dans leur composition intime , dans la distinction marquée des parties hétérogènes qui les composent, et surtout dans le témoignage infaillible qu'elles rendent aux vérités qu'il nous impor*'^ *"
S6S SUR tES IDftn SENSIBLES.
lias de eoBBattre daiB U reUgkm et dans la morale. Ne perdez rieSy je YOiiB prie, da détail oorieiix où nous allons entrer :
I*. MeneUles des idées sensibles dans leur oomposition intime. Noos y avons distingué trois choses : par exemple, l'idée dn soleil, quand je le regarde fixement, son aoos la forme d'un petit cercle, nne smsation de luaûëre qm me semble partir de son disque entier sous la mèo» figore, et un jogMnoit naturel qui me fait rapporter cette Inmière à sa soaroe apparente, comme au lieu de sa résidence véritable. C'est ainsi que nous en jugeons tous par nne loi irrésistible de la nature. En vain les astronomes nous ont démontré que le soleil est un g^obe un million de fois ploB grand que la terre, éloigné de nous d'environ trente millions de lieues, dans un mouvement perpétuel d*nne repi* dite inconcevable; en vain les philosophes nous ont démontré encore plut clairement que le soleil n'étant qu'une portion de matière, un corps, il ne peut rien avoir en lui-même de i^mblable à la lumière qœ nous sentons à sa présence. Je suis forcé de me rendre à leurs démonstrations. Elles sont invincibles; mais, après que je m'en suis bien convaincu par la raison , j'ouvre les yeux en plein midi , et je vois le soleil , comme auparavant, sous la forme d'un petit cercle, éloigné de moi au plus de quelques lieues, immobile dans le ciel comme un terme, et revêtu de lumière comme d'un vêtement inséparable. Qu'estril donc arrivé de nouveau dans mon esprit en observant le soleil dans le ciel , en mesurant son diamètre avec les astronomes , ou en philosophant sur les impressions que sa présence produit en moi? Je me suis convaincu qu'il y a plus d'apparences que de réalités dans les rapports de mes sens ; mais , comme nous le forons bientôt voir, des apparences divinement établies pour nous conduire à des réalités.
^^. Merveilles des idées sensibles dans la distinction des trois parties hétérogènes qui les composent , images , sensations et jugements naturels. Je me borne encore ici à l'idée
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sensible du soleil comme à la plus illustre. Nous y trouvons, entre ses parties c(Hnposantes, les trois espèces de distinctions que les philosc^hes remarquent entre les diyeffs objets de nos connaissances , distinction réelle, distînetion formelle, distinctioii modale; et je ne tous demande q^'un peu d'attention pour yoQS les fmre joit à yons-mémes, chacune dans la pbtœ que nom leur alkms marquer.
Distinction rédie entre le soleil que nous voyons et le s<^leil que nous regardons ; entre son image présente à Fesprrt et son image pemte au fond de l'œil ; entre son idée sous la forme d'un petit cercle et la perception mtime que nous en avons, qoî ne peut être conçue sous aucime figure.
Distinction fcMinelle entre les trois sensations que nous m* cevons du sc^fl en même temps, la lumière que nous y rapportons comme à son origine , les coulemis dont il peint nos campagnes , et la chaleur que noos sentons à sa pré* sence , conmie répandue dans notre corps.
Enfin, distinction modale entre chacune de ces trois sen^* sations et la substance de notre âme quî les réunit toutes en elle-même, comme dans leur sujet commun et indivisible.
11 est vrai que par une institution du Créateur assea surprenante, je les transporte bien loin de mot; la lumière dans les cieox , les cœlears sur fat snrfece des campagnes, la chaleur dans les parties extérienree de mon corps. Mais je sens toujours bien que ma pensée qui les transporte ainsi dans des lieux si séparés demeure mséparafcle de mon âme, mséparable de mot. Et qra fot jamais assez stupide pour en juger autrement?
Unité indivisible de notre âme ^«s lia mnifrpfiefté infinie des sensations diflérenfes qœ nous recevons à toute henre par l'entremise de nos sens. CTest la seconde merveille des mecs senOTDi^o^
Tirons les conséquences qui sont encore plus merveflleuses , eu du moins plus importantes par les grsuides vérités où elles root nous eoaduffe*
^ 3^. Merveilles des idées sensibles dans le témoignage qu'elles rendent à la présence continuelle d'une cause intelligente qui les produit en nous, c'est-à-dire à la toute-puissance et à la sagesse du Créateur.
' A sa toute-puissance , par la production instantanée d'un si grand nombre d'images, de sensations, de jugements naturels et irrésistibles. Caractère évident de cette parole adorable , qui dit au commencement du monde : Que tout se fasse , et tout se trouva fait.
A sa sagesse, par les règles de l'art divin que nous y voyons partout observées.
Les règles de l'optique et de la perspective : aussitôt que nous ouvrons les yeux au spectacle de l'univers, à la vue de ce grand tableau du ciel et de la terre , où tant d'objets différents se présentent au premier coup d'œil , chacun de la grandeur, sous la figure , à la distance , et avec le degré de lumière ou de couleurs qui leur conviennent à chacun dans sa position respective , qui ne reconnaît la main du maître qui a dicté les lois de la peinture et de la sculpture?
Les règles de la musique et de l'harmonie : aussitôt que nous prêtons l'oreille à un concert de voix ou d'instruments , aux accords délicieux que nous entendons dans notre âme, qui ne reconnaît l'art du maître qui a présidé à la composition de la pièce , et qui préside encore à son exécution ?
Les règles des sciences, relatives à nos trois autres sens : aussitôt que nous les appliquons à leurs objets , ou que leurs objets viennent d'eux-mêmes s'appliquer à nos organes, aux sensations agréables ou désagréables que nous en recevons, qui ne reconnaît la présence d'un maître souverain qui peut nous rendre heureux ou malheureux, qui nous en avertit sans cesse par le plaisir ou la douleur, comme par les deux moyens les plus efficaces pour nous soumettre aux lois de son empire ?
4®. Merveilles des idées sensibles dans le témoignage qu'elles rendent à l'existence d'un monde matériel, et en
particulier à celle d'un certain corps qui nous appartient en propre, comme faisant partie de notre personne.
Je prétends qu'elles nous en donnent une démonstration en rigueur mathématique, c'est-à-dire évidemment liée à des principes incontestables ; mais par laquelle des trois choses que nous y avons distinguées ? Suivez-moi , s'il vous plaît.
Ce n'est pas sans doute en tant qu'elles sont des idées représentatives des corps. Il est trop évident que l'existence nécessaire n'y est pas renfermée ; c'est le privilège inconununicable du nom de l'Être infiniment parfait : Ego sum qui sum. Ce n'est pas non plus en tant qu'elles sont toujours accompagnées de sensations agréables ou désagréables. Sous ce rapport elles ne peuvent nous démontrer que l'existence de notre âme qui les sent , et l'action d'une cause qui les produit en nous , si souvent malgré nous , que nous ne pouvons disconvenir qu'elle ne soit au-dessus de nous.
Quel sera donc le principe de la démonstration que nous avons promise de l'existence du corps? Prenons garde à la troisième circonstance de nos idées sensibles. Nous les rapportons toutes par des jugements naturels, irrésistibles et irréformables à des corps comme à des objets réels; si réels, que la plupart des hommes douteraient plutôt de l'existence des esprits que de celle des corps. J'ai beau quelquefois, dans certaines spéculations abstraites où l'envie me prend de combattre les préjugés communs, vouloir me représenter le ciel et la terre ou les organes de mes sens, comme des êtres fantastiques ou des suppositions idéales, plus je fais d'effort pour les anéantir, plus je sens que je les réalise , plus je me confirme dans mes premiers jugements; car, après les avoir bien approfondis sous les yeux de ma raison, je me demande qui en est l'auteur? estrce moi-même? je sens tout le contraire. Je les reçois tout formés des mains de la nature; je n'ai aucun pouvoir d'y résister, ni aucun moyen d'en réformer l'erreur, s'il y en a. Or, de là que s'en suit-il?
3M SUR LES IDÉES SEIfSIBLES.
donc, si en les admettant, cmnme je m'y sens forcé, je tombe dans rerreor, j'aurais droit de m'en prendre à l'anleur même de la nature qni les prononce en moi , qui me les répète à tous les instants du jour, en un mot , qui m'atteste oontînoelleBient par leur entremise qu'il y a un monde msH fériel qui est son outrage, et dont je fais partie par la place que j'y occupe.
(Test une preuve de l'existeRce des corps , que je ne crains pas d'appeler une démonstration en rigueur mathématique, pur la Téradté iiicontestsd)le du témoin qui m'en assure. Que ponrrons-BOos donander de f^us à nos idées senables?
M. Ifenreilles de» idées sensibles dans le témoignage quelles rendent à la spiritualité de notre âme.
Oui , Messieurs , œs idées sensibles, qui , par les jog^nents nafarels qui les accompagnent, semblent quelquefois con-* haére lofre dme avec notre corps, suffisent pour nous en démontrer la distinction réelle. On va souvent bien loin en dierehor la preuve. Pour nous en convaincre à moèns de frais, noos n'avons qu'à nous rendre attentifs sor nous^ mêmes dans nos actions les plus communes.
Je me promène un beau jour d'été sur les bords fleuris d'une belle rivière , à l'ombre d'une allée d'arbres d'où cent oiseaux divers me font entendre leur ramage , et , pour ne laisser aucun de mes sens inutiles à la preuve , il se présente un fruit délicieux dont je goûte. Combien tout à la fois de sensation» dans mon âme? la lumière et les couleurs que je vois , le chant des oiseaux que j'entends , le parfum des fleurs que je respire, la fraîcheur de mon ombre, la douceur de mon fruit? je les reçois de mille objets différents, ou elles me paraissent toutes séparées ; mais pendant que je les sépare ainsi au dehors en divers lieux, je les sens toutes réunies en moi, dans un seul et unique moi, où elles se distinguent les unes des autres sans se distinguer de moi-même ; en un mot, je les sens toutes ensemble indivisiblement.
C'est la noticm évidente que nQ& idées sensibles nous don*
DISG0UB8. 26T
nent de notre àme« comme d'une substance parfoitement une, simple et indivisible. Or, llessiem^, je tous le d»* mande, quoi de plus opposé à l'idée du corps que cette unité indivisible, ou plutôt, quoi de plus contradictoire?
Unité indivisible de notre âme , d'autant plus admirabla qu'elle se multiplie, pour ainsi dire^ en se répandant hors d'elle-œéme en un nombre infini d'objete.
C'est la dernière merveille de nos idées sensibles qui me reste à développer,
6*. Merveille des idées sensibles dans le témoigna^ qu'elles rendent à la grandeur et à la dignité de notre âme.
Il semblerait au contraire qu'elles nous dégradent paur la dépendance où elles nous tiennent à l'égard d'un si grand nombre de corps. Il faut prouver que si , d'une part , elles nous dégradent, elles nous relèvent de l'autre infiniment plus. Et la preuve n'en est pas difficile à découvrir.
Le principe est toujours que , par une loi constante de la nature, nous rapportons sans délibérer toutes nos sensations à certains corps, comme à leurs causes naturelles , que nous les y transportons même comme si elles y étaient réellement inhérentes : la lumière dans le soleil et dans les airs, les odeurs dans les parterres , les saveurs dans les aliments , le plaisir ou la douleur dans notre propre corps, selon qu'il est flatté ou blessé par des ébranlements utiles ou nuisibles à sa conservation.
C'est ce qu'on appelle erreurs des sens, mais qui , en effet, ne furent jamais des erreurs que pour les téméraires qui étendent nos jugements naturels au delà de leur territoire. Tenons-les, par la raison qui nous éclaire, dans les bornes de leur institution primitive , et nous n'y découvrirons que des vérités lumineuses , comme nous râlions faire voir.
Quel a été le dessein du Créateur dans l'institution de la loi des jugements naturels? d'une loi si contraire en apparence à sa véracité ? On me répondra peut-être : Qui est
entré dans son conseil pour nous l'apprendre? C'est luimême qui a pris soin de nous en instruire dans l'histoire de la création du monde.
Après avoir créé le ciel et la terre avec tous les ornements, Dieu dit : Faisons l'homme à notre image. Pourquoi ? Pour présider à l'univers, pour y dominer sous mes ordres, en un mot , pour le posséder comme son empire. Destination de l'homme si manifeste à la raison naturelle , que les auteurs, même païens, l'ont reconnue : Platon, Aratus, Ovide, Sénèque, etc., y sont formels. C'est ce que Tertullien appelle si énergiquement le témoignage d'une âme naturellement chrétienne : Testimonium animœ naturaliter christianœ.
Or , dans ce dessein du Créateur , pouvait-il prendre un moyen plus efficace pour nous découvrir la dignité de notre âme, que de nous transporter, par nos sensations, dans toutes les parties du monde , comme pour nous mettre en possession de notre domaine ? Dans un certain corps particulier, par les sensations intimes que nous y apportons à tout moment comme à une partie de nous-mêmes; dans les corps terrestres circonvoisins , par les sensations de couleurs diversifiées à l'infini que nous y rapportons pour les distinguer les uns des autres, comme des sujets destinés à nous faire partout cortège sur la terre que nous habitons; dans les airs et jusque dans les nues, par les sensations lointaines, si j'ose ainsi parler, de sons, d'échos, de vents ou de tonnerres que nous y rapportons , comme au premier étage de la voûte éthérée qui nous enveloppe ; dans les cieux même , et jusque dans le firmament, comme sur les frontières do notre empire , par les sensations de lumière directe ou réfléchie que nous y rapportons pour en distinguer les différentes provinces par les différents tributs d'illumination qu'elles nous envoient , ou plutôt que nous allons recueillir nous-mêmes en personne, par les jugements naturels qui nous y transportent.
Le fait est constant. Le principe est une loi divine dont
nous sentons à tout moment les merveilleux effets. Tirons
enfin la conséquence à la gloire du Créateur.
Quelle est donc la grandeur de notre âme, qui, sans sortir de son corps , se trouve ainsi en un instant partout où il lui plaît, dans le ciel et sur la terre, non pas comme un simple curieux qui voyage en pays étranger, mais comme un roi qui visite ses états. Nous les possédons en effet, puisque nous en jouissons en tant de manières. C'est le témoignage éclatant que nos idées sensibles rendent à la dignité de notre âme. On ne peut, dit saint Augustin, rien concevoir audessus d'elle que le Créateur : Quidquid supra illam est, jam Creator est*.
Nous entendons quelquefois certains philosophes qui se plaignent que nous n'avons point de notre âme une idée aussi claire que du corps. Mais quand nous la verrions en Dieu même, qui Ta faite, sous sa forme originale d'esprit pur, que pourrait-elle nous en apprendre de plus grand?
Les philosophes qui accusent nos idées sensibles de n'être que des sources d'erreur ne sont pas plus raisonnables. Nous venons de faire ^ir, que si nous avions soin de ne les appliquer qu'à l'usage pour lequel nous les avons reçues, sans les laisser soi^tir de leur territoire , nous n'y trouverions que des sources de vérités manifestes. Nous en avons un garant infaillible dans la souveraine véracité du Créateur.
Enfin , pour combattre l'art divin qui règne dans la formation de nos idées sensibles, nous entendons dire de toutes parts qu'il y a dans le monde une espèce d'hommes qui se plaisent à les considérer comme des spectres purement corporels , comme des atomes circulant çà et là dans leurs cerveaux ; en un mot , qui veulent à toute force être tout matériels, corps et âme , et la raison même qui les éclaire. Mais après tout ce que nous en avons démontré , que leur répondrons-nous? Que répondre à des esprits qui ne veulent
' AuGusT., Tract, in Joan., 23.
S79 SUR LES lViM$ SENSIBLES.
point râtee, et par coiuiéqiianl qui, de leur profHre aveu , penaent , jugent t nûiomient iam esprit? Nous n'avons plua qi'imDiot à leur diret qui iewr a ittédit dans tous les temps, qyf leur sera toiôours répété, aussi souvent qu'ils oseront répéter leur» istnivigMces» Vous étiez nés dans rbonneur, doué» de raison; vous n'efez pas compris la dignité de votro àmi voue l'avex mise booteusement au niveau des corps; et en voue dégradant ainsi oontr» le témoignage de votro piopre ceaseJence, à qui vous étes'vous rendus semblables? JBNnoeiNii ta htmare mii,nwinMI$i9U; comparai $gi, ete»; qaa Je vous épargne par respect pour la nature humaine •
dont vous conservez encore la figure, quoique bien défigurée nar la bassesse de vos aentimenli>
gUa LA NATURE ET LKS MEU VEILLES DU RAISOIVNEIIENT.
MES8IBUR8,
Si la plupart des bommea vivent dans une si groasièro ignorance, qu'ils ne s'en prennent qu'à eux»mômes, Nous naissons avec les principes de toutes les sciences naturelles; je veux dire, comme nous l'avons fait voir dans nos trois précédents discours, avec les idées des nombres, avec les idées des lignes et des figures géométriques , avec l*idée de l'Être suprême , dont nous sentons à tout moment notre dé* pendance par les besoins continuels qui nous agitent.
Mais que nous servirait d'avoir tous ces principes de science gravés dans notre esprit et dans notre cœur , si nous n'avions en même temps le pouvoir de les approfondir pour en tirer les conséquences? Nous saurions tout en général, et rien en particulier ; toujours à la source de la lumière , et jamais hors des ténèbres, du moins pleinement, ni d'une manière à nous contenter.
L'auteur de la nature y a pourvu par une invention ad« mirable. C'est le raisonnement dont je me propose aujourd'hui de vous expliquer les merveilles.
Je ne dis pas de ce raisonnement extérieur qui s'exprime par des paroles artistement rangées , qu'on pppelle dans les écoles syllogisme en forme. La forme qu'il atTecte sous le nom de logique artificielle , est trop sujette à être sophistiquée par les équivoques presque inséparables du langage humain.
Je parle du raisonnement intérieur , qui est une espèce de