‹ Œuvres philosophiques du père AndréChapitre 113 sur 136 · SUE LA NATURE DU RAISONNEMENT · texte numérisé non relu

SUE LA NATURE DU RAISONNEMENT

coDoque intime entre notre esprit et la raison qui nous éclaire. Nous la consultons avec un désir sincère de connaître la vérité ; nous attendons ses réponses avec attention, sans les prévenir; et en6n , nous ne les admettons que lorsqu'elles nous y forcent par une évidence irrésistible ; en un mot, quand nous voyons, à n'en pouvoir douter, qu'il y aurait contradiction que la chose fût autrement qu'elle nous est représentée.

Cest ce qu'on appelle raisonnement démonstratif, le seul qui soit par sa nature inaccessible à l'erreur, et par conséquent le seul que nous devions admettre dans toutes les matières qui en sont capables.

Notre première tjuesition doit donc être de savoir quelles sont ces matières privilégiées.

n y a longtemps que les géomètres s'attribuent le privilège exclusif d'avoir de v^tables démonstrations; ils en ont même persuadé le commun du peuple savant; et il est vrai qu'ils nous en ont donné les premiers modèles. Mais nous croyons pouvoir démontrer que l'empire de l'évidence irrésistible est beaucoup plus étendu. Je m'explique.

Nous pouvons connaître les objets en deux manières , ou par idée ou par sentiment intérieur.

Nous connaissons par idée les objets que nous voyons exister hors de nous : Dieu, l'être par essence, et le monde vis\,ble qui n'est manifestement qu'un être par grâce ou par la volonté de l'Être par essence.

Nous connaissons, par sentiment intérieur, notre âme et toutes nos pensées actuelles , en comprenant sous ce terme tous nos actes réfléchis, perceptions, volitions, sensations.

Ainsi, nous pouvons distinguer dans notre esprit deux manières de raisonner : l'une, par idée, pour découvrir les attributs de l'objet qu'elle nous représente hors de nous , et l'autre, par sentiment intérieur, pour découvrir la nature ou la cause des modifications actuelles de notre âme.

Nous disons que ces deux manières de raisonner sont éga-

lement infaillibles dans la recherche de la vérité , chacune dans rétendue de son département.

C'est-à-dire : i**. Le raisonnement par idée dans nos trois sciences démonstratives : l'arithmétique , la géométrie et la morale.

2^. Le raisonnement par sentiment intérieur dans la connaissance de notre âme, qui, après Dieu, doit être certainement notre première étude.

C'est ce que nous allons faire voir, non par des principes abstraits , qui ne sont des preuves que pour les savants du premier ordre , mais par des exemples d'évidence , qui sont des preuves pour tout le monde.

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