‹ Œuvres philosophiques du père AndréChapitre 120 sur 136 · M SUE LES HERTEILLES DE LA CONSCIENCE · texte numérisé non relu

M SUE LES HERTEILLES DE LA CONSCIENCE

pelle sans cesse à Tamoiir de Fordre en tout : à la religion , à rhonneur, à Thumanité , et nous n^avons qu'à nous y rendre attentife pour en apprendre tous nos devoirs.

Mais, ù la nature a jeté dans nos cœurs tant de semences de vortu , pourquoi tant de vices dans le monde ? pourquoi le désordre prévaut-il presque partout sur Tordre? faut-il l'eD étonner? qui est-ce qui rentre dans sa conscience pour la consulter sérieusement et de bonne foi? et quand elle nous parle sans être consultée pour nous avertir de n(s devoirs, qui ne préfère à ses exhortations secrètes la voix tumultueuse des sens qui nous entraînent? Les soins de la vie, les emplois du monde, les plaisirs, les affaires, tout conspire à nous r^[>andre hors de nous-mêmes , et c'était fait de la vertu parmi les hommes si , pour nous y rappeler. Dieu n'avait donné à notre conscience une voix plus forte que celle des exhortations.

Cest la seconde merveille de cette admirable faculté de l'àme; je veux dire la peine attachée au mépris de Tordre , comme un crime de rébellion contre le suprême ordonnateur de Tunivers.

Oui , Seigneur, dit saint Augustin qui en avait fait une si longue et si cruelle expérience , vous en avez porté la loi , et nous la voyons partout exécutée, que toute âme qui se dérègle devient son supplice à elle-même. Jussisti enim, et sic est, ut pœnasua sibisit omnis inordinatus animus '•

Loi juste, puisqu'elle ne punit que des rebelles à Tordre ; mais en même temps, il faut le reconnaître avec actions de grâces , loil de miséricorde , puisqu'elle n'a pour objet que de nous rappeler à la vertu par les peines inséparables du crime. Quelles sont ces peines? Admirons la sagesse du Créateur dans la punition des coupables, selon Tespèce d'ordre qu'ils ont violé.

4». Quelle est la peine d'une âme rebelle à Tordre qui

» s, Auc, Conf.j 1. 1, c. 12.

DISCOUKS, 297

nous soumet à Dieu , à notre Créateur, à notre bienfaiteur continuel ?

Ingrat et perfide envers le Dieu qui vous a formé, quelle doit être votre inquiétude quand vous rentrez dans votre conscience? direz-vous que vous ne le connaissiez pas? pouvez-vous ignorer tant de beaux ouvrages qui vous Fannoncent de toutes parts ; tant de biens que vous recevez d& sa main ; tant de maux que vous souffrez malgré vous , et par conséquent qui vous font sentir sa présence? je n'y pensais pas. Et à quoi donc pense un homme qui ne pense pas qu'il y a un Dieu qui nous gouverne ? j'en doutais. Oui , peutêtre depuis que par vos désordres vous avez irrité sa colère ; en doutiez-vous quand votre conscience n'avait rien à vous reprocher? soyons de bonne foi , du moins avec nous-mêmes.

Je vivais tranquille sous la protection de mon Créateur. On m'annonçait ses lois ; je les écoutais sans peine ; ravi même de voir à la tête le commandement de l'aimer, comme un témoignage infaillible de sa prédilection pour moi , bien certain que la rupture ne viendrait jamais de sa part. Mais depuis que j'ai eu le malheur d'abandonner l'ordre qui me soumettait à ses volontés , quelle révolution dans ma conscience I plus de paix dans mon cœur, plus de sérénité dans mon âme. Inquiet sur mon état présent qui me fait horreur; inquiet sur mon sort futur qui me fait trembler. Que suisje devenu? que deviendrai-je? devenu coupable aux yeux de Tordre éternel , que j'ai offensé , que puisrje devenir, qu'un malheureux éternel ? Supplice inévitable d'une âme rebelle à l'ordre qui soumet notre esprit à Dieu , à notre Créateur : une inquiétude mortelle sur notre état présent et sur notre état futur. Car de quelle paix peut jouir une âme qui résiste à Dieu ? Quis restitit ei, et pacem hahuit ' ?

2®. Quelle est la peine d'une âme rebelle à l'ordre , qui soumet notre corps à notre esprit.

Vous le savez. Messieurs, l'homme, dans son origine,

* Job., 0. 9, Y. 4.

m SUR LES MERVEILLES DE LA CONSCIENCE.

était le maître absolu de son corps. Les impressions qu'il en recevait en conséquence de la nature T avertissaient de •6B besoins avec respect. EUes n'excitaient en lui que des dëairs modestes, soumis à la raison. Il se révolta contre Dieu, et aussitôt son corps se révolta contre son esprit; Quelle dégradation? Quelle fut sa bonté de se voir tout à <oup esclave où il devait être mattre? Cest la peine que la conscience fait sentir à tout bomme qui se laisse dominer par les passions du corps. A force de s'en laisser vaincre, on ag-. grave le joug de sa servitude naturelle par un esclavage libre,d'autant plus bonteux, que Ton en a soi-même forgé les fers.

Saint Augustin, qui en avait si longtemps éprouvé la ri-^ gueur, nois en a fait dans ses Confessions une peinture bien effirayante. Quels tourments la bonté de mes fers ne me fitelle pas souffrir? SiMptraôam ligatus twn ftrro olteno, ^ed mea fema vokmiate '. Il fallut d'abord , pour se procurer quelque repos, étouffer la voix de la pudeur naturelle, car le moyen de vivre avec la bonté de soi-même. Il trouva <]eB slBmblaUes qui faisaient gloire de leur ignominie. A leur exemple il eut honte de sa honte. Cwn dicitur, eamus, faci€h mus, ptidet non esse impudentem^. II s'étourdissait avec eux. Mais la solitude le ramenait toujours à la nature. La réflexion lui faisait reconnaître malgré lui que son esclavage étant volontaire , était non-seulement honteux , mais criminel , et par conséquent redevable à la justice de l'ordre ofîensé. La terreur des suites le troubla. Que ne fait-on pas pour s'épargner la mortification de s'avouer coupable 1 Nouveau philosophe, il examina la fameuse question de l'origine du mal. Un Dieu plein de bonté n'en peut être la cause. Il y a donc un autre principe étemel, un principe nécessaire du mal. C'est lui , sans doute, qui le produit en moi. Peccat in nobiê àiia nescio quœ ncttura, quœ nos non sumus^. Il consulta

• Conf., liv. VITT, c. 5.

•Liv. Iir,c. 9.

* Liv. V, c. 10.

même les astrologues. C'est votre planète qui fait en vous tout le mal que vous croyez faire. La conUnence est donc pour vous une vertu impossible.

Quelle humiliation pour un si grand esprit, s'il eût été capable de se calmer par des raisonnements si absurdes î rien ne pouvait le rassurer contre les cris de sa conscience. H avait toujours aimé la beauté de Tordre où il voyait sa difformité. Il avait même fait un traité du beau et du décent qui , sans doute , condamnait Tindécence de son libertinage. Il voyait tout autour de lui des exemples de continence qui lui en démontraient la possibilité. Ne pourrai-je pas faire ce qu'ils ont fait? On lui en raconta un jour, comme par hasard, une histoire toute récente. Il Técouta sans Tinterrompre. Cependant quel était mon trouble ! dit-il lui-même : je me sentais rongé au fond du cœur, confus et confondu , frappé d'une honte qui me faisait trembler. Rodehar initts, et con^ fundebar pudore horribili^,

La honte et la crainte, qui en est inséparaWe, c'est le supplice des âmes rebelles à l'ordre qui soumet notre corps à notre esprit; La sentence est portée : il faut régner sur notre corps ou mourir de confusion à la vue de notre esclavage.

3^. Quelle est la peine d'une âme rebelle à l'ordre qui nous soumet aux lois de la sodété humaine.

Rappelez-vous, Messieurs, le principe que nous ayons posé dans la première partie de ce discours. Dieu nous a fait tous naître d'un seul homme pour nous unir ensemble par les liens d'un même sang; et, par une suite nécessaire, il a imprimé dans nos cœurs des inclinations sociales pour nous faire coopérer avec sa providence à notre mutuelle conser^ vation. C'est la voix du sang qui nous Tordonne au nom du Créateur. Que doit-il donc nous arriver si , au Keu d'être dociles à cette v(Mx sacrée, nous y sommes rebelles? notre pu^ nition est inévitable. Notre conscience en est chargée;

Page 1