‹ Œuvres philosophiques du père AndréChapitre 129 sur 136 · G SUR LA NATURE DK L*ENTENDEMENT DIVIN · texte numérisé non relu

G SUR LA NATURE DK L*ENTENDEMENT DIVIN

de moraliser, ce qui fait dire à Salomon que tous les hommes qui n*ont pas la science de Dieu sont des esprits faux qui ne se repaissent que de chimères et de vanités : Vani sunt omnes komines, in quibas non subesi scientia Dei*.

L'idée de Dieu étant donc évidemment du ressort de la raison, et son éclaircissement ne pouvant être que d'une extrême utilité pour former l'esprit au vrai , ce qu'on me permettra de croire être le principal objet de FAcadémie , je vous laisse, Messieurs, à tirer la conséquence, et je viens à la pratique.

J'ai prouvé dans mon premier discours sur la nature de l'Être suprême , que l'idée que nous en avons est réelle et positive ; qu'elle est même claire et manifeste à quiconque se veut rendre attentif à sa lumière ; que cette lumière , qui est inséparable de l'esprit humain , nous découvre évidemment que Dieu'est l'Être infiniment parfait, ou, comme il se définit lui-même. Celui qui est, ou l'Être par essence, Ego sum qui sum; en un mot, l'Être pur. Voilà son nom propre et incommunicable.

De cette notion, qui ne peut être contestée que par une ignorance grossière, j'ai conclu ses attributs généraux : son existence avant tous les siècles, ou son éternité; sa durée interminable, ou son immortalité, non pas dépendante et précaire, comme la nôtre, mais essentielle et nécessaire; son infinité en tout genre de perfections ; sa qualité de pur esprit; son immensité , son unité, sa liberté, son immutabilité, son indépendance absolue de tous les autres êtres; sort empire souverain sur eux, non-seulement par le droit du plus fort ou par la seule prééminence de son être, mais par le droit paternel et sacré de la création , droit incontestable que plusieurs païens même ont reconnu en Dieu , et que les autres n'ont pu méconnaître qu'en résistimt à la nature, qui , en tout et i)artout, rend témoignage à son auteur; enfin, sa

' Sup., 13, 1.

pleine suffisance à lui-même pour exercer, sans le secours d 'autrui, toutes ses opérations, c'est-à-dire pour connaître, pour agir, pour être heureux, sans avoir besoin comme nous, ni d'une lumière extérieure pour Téclairer, ni d'une vertu étrangère pour le fortifier, ni d'un autre bien que lui* même , pour le combler de bonheur.

Dernière conséquence générale qui nous conduit naturel» lement au détail des trois espèces de facultés que nous di»* tinguons en Dieu , son entendement ou sa manière de connaître, sa volonté ou sa manière d'agir, sa béatitude ou sa manière d'être heureux. C'est ce qui me restait à expliquer. Je me borne aijyourd'hui à son entendement ou à sa manière de connaître. Permettez-moi, Messieurs, d'espérer une attention favorable : je reprends la suite de mon premier discours.

Par toutes les conséquences que nous avons tirées de la notion de l'Être pur, Dieu est une intelligence infiniment parfaite. Use connaît donc parfaitement lui-même; il connaît parfaitement tous les autres êtres, les esprits, les corps, toutes ses créatures. Mais comment les connaît-il? Où les voyait-il avant qu'elles fussent? et où les verrait-il encore , s'il les laissait retomber dans le néant de leur origine •?

Que Dieu se voie daiis lui-même , comme dans le seul miroir qui le puisse dignement représenter^ ce n'est pas une question. La difficulté est de savoir où son entendement divin voit tous les êtres qui composent l'univers , les anges , les hommes, les cieux, la terre, le monde visible et invisible : on attribue à Platon d'avoir cru que Dieu voyait toutes ces choses dans un être distingué de sa substance. Cette pensée , dit saint Augustin *, est un sacrilège ; elle est même absurde, et voici un raisonnement court et facile pour nous en convaincre.

Dieu voit sans doute maintenant les êtres créés là même

' Voyei Galilée, Dial. I, p. T2, ctc , Syst. Corm, ' S. AuG., L. qq. 83^ q. 45.

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