SUR LA NATURE DE L*ENTEND£M£]NT DIVIN
tiquement considérée. Quelle immensité n'y voitril pas? Que de mondes possibles? Que d'arrangements divers dans chacun de ces mondes? Mais pour me prescrire quelques bornes dans un sujet qui n^en peut avoir, je me renfonne dans la seule idée des figures géométriques.
Dieu, l'esprit infiniment parfait, car c'est toujours le principe , les comprend toutes sans difQculté : figures planes, solides, rectilignes, curvilignes, régulières et irrégulières. Il en voit donc une infinité en tout sens : une infinité de figures régulières, depuis le triangle équilatéral, qui a le moins de côtés qu'il est possible, jusqu'au cercle, qui en a le plus, puisqu'on le conçoit avec Archimède, comme une figure d'un nombre infini de côtés ; une infinité encore plus grande de figures irrégulières , parce qu'il est évident que l'irrégularité , qui n'a point de loi , est plus susceptible de variations que la régularité , qui en a toujours une constante et invariable; une infinité d'espèces de triangles, par la raison que ' ses trois angles et ses trois côtés peuvent croître ou diminuer à l'infini ; une infinité encore, plus grande de quadrilatères, parce qu'il est évident que plus une figure a de côtés, plus elle est capable de changements qui la diversifient. Infinité, par conséquent, qui augmente par degrés de polygone en polygone, et comme toutes les figures tant régulières qu'irrégulières ont entre elles mille rapports différents, infinité encore plus grande de rapports que de figures : rapports arithmétiques, rapports géométriques, rapports d'égalité ou d'inégalité, rapports de commensurabilité ou d'incommensurabilité ; rapports innombrables où l'esprit humain se perd ; mais on se perdant ainsi on ne s'égare pas, puisqu'on trouve ce qu'on cherche, qui est l'infinité de la divine intelligence, et la parfaite géométrie du Créateur. Voilà pour la manière dont il connaît les vérités spéculatives. Je viens à celles de pratique.
3^. En contemplant toutes ses idées , idées de substances et idées de modes, il est manifeste que Dieu découvre entre
elles un certain rapport de rang , et par elles un rapport semblable de plus grande ou de moindre excellence entre ces êtres ou les manières d'être qu'elles représentent. Je veux dire un certain rapport de plus grande perfection dans les uns et de moindre perfection dans les autres, ce qui les range, dans son entendement divin, chacune dans la place qui répond à sa nature ou à son mérite : lui-même à la tête comme l'être souverain ; les purs esprits au-dessus des hommes ; les hommes au-dessus des êtres purement corporels ; et, parmi les hommes, les plus parfaits au-dessus de ceux qui le sont le moins : les sages au-dessus des forts, les humbles au-dessus des grands , les justes au-dessus des riches , le vainqueur de soi-même au-dessus du vainqueur de ses ennemis , l'homme de bien au-dessus de l'homme d'esprit , enfin , les hommes vicieux au-dessous des bêtes mêmes, chacun néanmoins plus ou moins bas selon le degré de bassesse du vice qui le dégrade.
Ce rapport de plus grande ou de moindre perfection objective entre les idées divines , ou , si vous l'aimez mieux , entre les êtres ou les manières d'être qu'elles lui représentent, est ce qu'on appelle ordre. Ordre éternel et immuable, qui détermine invinciblement l'estime de Dieu , qui la règle et qui la proportionne toujours exactement au mérite des sujets. Car on ne peut nier que l'esprit infiniment parfait ne soit juste en toute manière. Ordre, par conséquent, selon lequel Dieu se juge nécessairement lui-même et toutes ses créatures intelligentes; selon lequel, par conséquent, il se regarde en quahté de premier principe de leur être , comme la fin essentielle où elles doivent tendre par tous les mouvements de leur cœur. J'appelle cet ordre la loi élernelle.
On conçoit assez par la seule idée d'ordre , que c'est la plus juste des lois , ou plutôt que toutes les autres lois ne sont justes qu'autant qu'elles en sont dérivées, c'est-à-dire autant qu'elles en sont , ou des expressions fidèles, ou des conclusions légitimes , ou des applications raisonnables.
33& SUR LA NATUBE DE L'ENTENDEMENT DITIN.
Ainsi, avant qu'il y eût des législateurs, il y avait une loi dont toutes leurs ordonnances n*ont dû être que la |Niblica- Uon ou la détermination. C'est dans cette loi , éternellement vivante, que Dieu voit clairement tous ses droits et tous nos devoirs : les devoirs de Tbomme seul et ceux de l'homme en société ; les devoirs de l'homme élevé au*deasus des autres et ceux de l'honune en dépendance; en im mot, toutes nos obligations avec toutes leurs combinaisons infinies dans toutes les circonstances fiossibles.
Mais, ce qui demande encore une intelligence plus étendue, Dieu voit entre les devoirs que renferme l'ordre éte^ nel , un certain rapport d'exactitude qui n'a point de nom dans notre langue, et que les Latins appellent modus. Je ne trouve que saint Augustin qui en ait bien approfondi l'idée. C'est le point précis jusqu'où il faut aller dans la pratique d'un devoir pour le remplir entièrement, mais où il faut s'arrêter pour n'en blesser aucun autre. Point si délicat et si fin qu'il échappe à la vue de la plupart des honunes qui, dans l'observation même de l'ordre , en sortent presque toujours par quelque excès ou par quelque défaut. D'où il arrive que nous voyons parmi nous tant de fausses vertus : que la prudence dégénère en artifice , la justice en rigueur, la bonté en mollesse , la constance en obstination , le zèle en fureur, la modération en lâcheté, la politesse en flatterie, la sincérité en rudesse, la réserve en dissimulation, la confiance en audace, la retenue en timidité. Presque toutes nos vertus débordent ou demeurent trop courtes. Mais ce point précis qui les sépare du vice , quoique si souvent imperceptible à nos esprits, ne peut l'être aux yeux de la divine intelligence ; puisque , suivant l'expression de saint Augustin , le modus de l'ordre subsiste éternellement dans la vérité souveraine : Ipse auiem ordinis inodus vivit in veriiate perpétua.
Permettez-moi, Messieurs, quelque liberté d'expression dans une matière que nos auteurs n'ont pas encore traitée.
Ce modus de l'ordre est donc en Dieu , comme une espèce de seconde loi élernelle distinguée de l'ordre mdme; distiaction subtile , il est vrai , mais dont on ne laisse pas d'apercevoir la réalité par la différence de leurs rapports ou de leurs effets. L'ordre prescrit les devoir» ; le modia en règle et en mesure la pratique. L'observation de l'ordre fait l'homme de bien; l'observatioD du modus fait l'homme sage. L'ordre constitue, si j'ose ainsi m'exprimer, le fond du beau dans les mceure; le modus en constitue la beauté même. L'ordre y met la justice; le vwdM y met la justesse. L'ordre dans ta conduite est comme le dessein et les proportions dans un tableau; lo modus est comme le coloris et la grâce, qui relève et qui anime tout. Ainsi, l'ordre est pour ainsi dire le corps de la vertu, et le tnodtu en est l'âme. Nous les séparons presque toujours malheureusement dans notre conduite; mais l'un et l'autre est inséparable dans l'esprit de Dieu ; et par là nous pouvons comprendre, eu quelque sorte, la raison profonde pourquoi il se qualifie lui-même dans eee divines Écritures , la sagesse étemelle et la beauté de la justice : lapientiat décor, pulckrilwiojitstilia'.
Je ne sais. Messieurs, si je me fais bira entendre; mais je sens bien que mes expressions ne rendent pas toute ma pensée. Voici quoique chose de plus sen8ible<
i". Par tous le» principes que noua avons exposés, DieU voit dans lui-même le modelé étemel de tout ce qu'il a fait, le modèle du monde visible , qui est l'amembli^ des corps, M celui du monde invisible, qui comprend nos ftmes Dvw s les intelligences créées. Mais en quel endroit de lui" le, si l'on pi;itt ainsi parler, Toit^l les moyens infaillibln 'iiutre digne de sa sagesse etdeN grandettrT e par le monde visiMe.
Itavoaa di-jà in^nué. Il voit d'abOrd dans l'idée de la comme une anbitBilcfl étendue, qu'elle esl
ti, 3t et », T.
336 SUR Là Nature de l'£nt£ndkm£nt divin.
divisible, mobile, rigural)le; il y voit toutes les figures dont elle est susceptible, tous les rapports de ces figures, toutes les lignes qui peuvent exprimer ces rapports ou servir à les démontrer; en un mot, il y voit la solution de tous les problèmes possibles do géométrie , avec toutes les applications qu'il en peut faire à la matière créée pour en former un bel ouvrage, bien proportionné dans ses parties, et bien réglé dans ses mouvements.
Il ne faut donc pas. Messieurs, chercher ailleurs que dans cette parfaite géométrie du Créateur la lumière qui le dirige dans la construction de l'univers. Cest là qu'il trouve la règle, où, comme s'exprime l'Écriture*, la ligne qu'il étend sur toute la nature , pour mesurer la hauteur des cieux , la largeur de la terre et la profondeur des abîmes. Cest là qu'il trouve le compas universel pour marquer le centre du monde, pour en décrire la circonférence, pour cintrer les voûtes du firmament, pour arrondir le corps du soleil et des autres étoiles, pour tracer aux planètes la route qu'elles doivent tenir dans leur période autour de l'astre qui les éclaire. Cest là qu'il trouve le module ou la mesure déterminée dont il s'est servi dans la structure des corps organisés pour en perfectionner tous les membres, et entre eux, et avec leur tout; le parfait niveau pour en ajuster toutes les parties, pour les contraster, pour les symétriser; la balance juste pour les mettre en équilibre; le vrai perpendicule pour les asseoir ferme sur leurs bases ; tous les ressorts nécessaires pour les rendre capables de se conserver comme par eux-mêmes , et de se perpétuer dans tous les siècles. Cest là qu'il trouve encore la ligne selon laquelle il doit mouvoir la matière , afin que toutes ses parties conspirent à former ces grands globes, les uns solides, les autres liquides, qui roulent continuellement sur nos tètes et sous nos pieds , sans jamais se démentir, malgré les altérations inséparables du mouvement ; la
' Job.f 38, 5. Eccli., 1, 2.
direction que doivent suivre les corps terrestres pour se rejoindre à la terre quand on les en sépare; la mesure de l'espace qu'ils doivent parcourir à chaque instant pour y être plus tôt rendus ; la proportion qui doit régner entre chaque espace et le suivant , pour donner une loi sage et constante à leur acc/élération. En un mot , c'est là qu'il voit tous les principes de cet art divin , qui brille dans toute la nature , et qui n'est autre chose que l'application d'une parfaite géométrie à toutes les modifications dont les corps sont capables; au mouvement dans la mécanique, au poids dans la statique, aux impressions de la lumière dans l'optique, aux projections des ombres dans la gnomonique , aux accords des sons dans la musique, enfin à l'action de tous les éléments dans une infinité d'autres arts , qui composent la science pratique de Dieu dans le gouvernement du monde visible.
Il n'est pas besoin. Messieurs, de vous faire observer que tout cela demande une intelligence infinie. Mais il y a plus : il n'est pas si étonnant que Dieu ait un art infaillible pour faire tout ce qu'il veut de la matière; elle n'a point d'action propre pour opposer à la sienne ; elle est mue , mais elle ne se meut pas, elle ne fait que suivre en esclave les impressions qu'elle reçoit du Créateur. Il n'en est pas de même des esprits; sujets libres, ils ont une volonté, qui peut en un sens très-véritable résister à celle de Dieu , qui peut être poussée sans être mue , qui peut être mue et s'arrêter tout court , qui peut être déterminée vers un objet et se déterminer vers un autre. Telle est la nature de notre volonté. Nous y sentons pour ainsi dire une puissance à deux mains pour suivre ou ne pas suivre , comme il nous plait, tous les mouvements que nous recevons d'ailleurs, soit dans l'ordre de la nature, soit dans l'ordre de la grâce.
Il y a donc à peu près la même différence entre le gouvernement du monde matériel et celui du monde spirituel, dont il faut maintenant parler, qu'entre le gouvernement d'un peuple e^îlavé et celui d'un État libre; entre un gou-
SIt ' Sim LA KATCIE M L^OTEKHEIfEliT. NTIK.
^wmbnI ùb pore poimnev, (|bi B'cnploie qm la Ibvcb pov m fidre obéir et on fomrerMBMOt de saseaw, oà k M vieot qifea second, si j'ose eini M'espiteer, eondoiie des sdjelB libres per leur liberté nêoie M b^ il Ai lei'iiM qii'oB se propose*
De là deui lenfUes difiioultés dms Feit de goiivufiMi Iss esprits : là première est de prévoir josle leurs déleraiiBelioÉl Mens pour se senir à propos de eeCle piévoyeiice; el le SeeoBde, de trouver des ressources infidllibles eontve lee lé*méflies, qu'on lenr Isisse le poorok* de ftAv an do gonvenenenii Cfest donc ici , Messiear», qœ ks lomièreê de Penlende» diffn doiirent pentfire am esprits attentifii dans tonte lenr iallBilé. Dien connaît nœ actes libres arant qne nont les produisions) avant même que nous en déKbérkNia, avant toime qne nous ayons une tolonlé pour les mettre en délibération) et fl les connaît» non par des oonjeotores don* tsnseê , que noospounrious tromper, mets avec une êetiitnde tdisolttnient inlMlHble* C'est on priyilége qu'on ne fmnt re* foser à Tesprit infiniment perftiit, sans détruire son idée, et par conséquent sans extravagance^
La question se réduit donc à savoir, autant qu'il est po»« sible^ où Dieu peut voir avec certitude nos actes librement futurs , c'est-à^ire des actes qui ne sont pas et qui n*ont aucune cause , ni nécessaire, ni nécessitante de leur productiont S'il les voit en eux-mêmes, ou dans l'essence de notre liberté , ou dans sa volonté propre, ou dans une connexion nécessaire qui se trouverait entre certains motife et notre consentement, ou enfin dans quelque autre principe qui soit déterminable?
D'abord il est manifeste que Dieu ne peut voir en enï"mêmes des actes qui ne sont pas; et, d'ailleurs, nous avons prouvé que c'est en lui-même que Dieu voit tout.
Il ne peut pas non plus les vuir dans Tessence de notre volonté , c'est-à-dire dans l'idée qui la lui repr^œnte ; cette
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idée ne renferme que nos pouvoirs essentiels , et non pas nos actes libres.
Dira-t-on qu'il les voit dans sa propre volonté qui les détermine à être futurs par un décret absolu et irrésistible? On le dit; mais le conçoit-on? car, outre que nous formons souvent des actes que Dieu ne veut pas, des actes mêmes qu'il nous défend par un ordre absolu , la raison et la foi oonspi-rent à nous assurer qu'il agit en nous , comme s'esqprime le Sage , avec une espèce de révérence , tu autem dominator virtutis, cum magna reverentia disponis nos*, ç'est-à-dire par une action tempérée , qui nous laisse toujours entre les mains de notre conseil, in manu consilii*, comme s'exprime l'auteur de l'Ecclésiastique ; expressions qui s'accordent parfaitement bien avec la notion commune , que tous les hommes ont naturellement de la liberté , mais réclament hautement contre l'idée d'un décret absolu de Dieu , qui nous déterminerait invinciblement dans toutes nos délibérations. Rien , ce me semble, de plus contradictoire.
Enfin , on ne peut pas dire que Dieu voit nos actes librement futurs dans une connexion nécessaire , qui se trouverait entre certains motifs ou attraits prévenants , et le consentement de notre volonté. Cette connexion nécessaire a certainement tout l'air d'une cause nécessitante. Elle en porte manifestement l'idée dans tous les esprits attentifs. Elle produirait donc en nous , non des actes libres, mais des actes nécessités. Ce qui est contre la supposition.
Systèmes par conséquent tous défectueux par quelque endroit. Je ne présume pas , Messieurs , d'avoir mieux rencontré que les autres. Mais on me pardonnera d'avoir fait quelques efforts pour éclaircir une matière si importante , et qui n'est pas tellement du ressort de la foi , qu'elle ne puisse être portée au tribunal de la raison.
' Sap., 12, 18.
' Ecoli., 15, 14.
3&0 SUR LA NATURE DE L'ENTENDEMENT DlTIN.
Je crois donc, sans pourtant rien assurer avec trop de confiance , que Dieu voit nos actes librement futurs dans la connaissance infinie et compréhensive qu'il a du cœur humain y de nos inclinations essentielles, de nos affections naturelles , des liens intimes qui nous unissent à lui par la raison, à notre corps par le sentiment, à la société civile par Tune et par Tautre ; de notre penchant invincible pour le bonheur, de notre activité infatigable pour le chercher, de notre inquiétude mortelle quand il ne se laisse pas trouver ou qu'il se fait attendre , de notre facilité incroyable à nous livrer au premier bien qui nous en présente l'idée ou le goût , des besoins qui nous pressent , des intérêts qui nous touchent, des motifs qui nous entraînent, de nos maximes, de nos vues, de nos habitudes infuses ou acquises, de nos dispositions les plus secrètes ; le tout combiné en mille manières, avec les impressions inévitables que nous recevons sans cesse des objets sensibles ou de lui-même , en conséquence des lois générales ou particulières de sa providence. En un mot , Dieu connaît nos actes librement futurs dans la connaissance infinie qu'il a de tous les ressorts , tant intérieurs qu'extérieurs , qui peuvent mettre notre cœur en mouvement, ou, pour m' exprimer d'une manière plus précise, dans l'infinité même de cette connaissance , qui emporte nécessairement l'infaillibilité. C'est la conclusion que j'ai cru pouvoir tirer d'une analyse très-simple , dont voici la substance.
N'est-il pas vrai que les sages du monde, qui ont un. peu étudié le cœur humain , et en particulier celui des personnes avec qui ils ont à traiter, devinent assez juste le parti qu'elles prendront dans telle ou telle circonstance? Augmentez leurs lumières : n'est-il pas évident que , dans la même proportion que vous les augmenterez, vous rendrez plus certaines les conjectures qu'ils en formeront. Donnez-leur encore un nouveau degré de connaissance du fond des cœurs : nouveau degré de œrtitude que vous donnerez à leur
prévoyance , laquelle enfin , de degré en degré , pourra devenir moralement infaillible.
Cest beaucoup {)Our des hommes : ce n'est rien pour Dieu, dont la prévoyance doit avoir une infaillibilité absolue. II faut donc pousser plus loin notre analyse. Je reprends.
La certitude qu'on peut avoir de nos déterminations futures augmente précisément dans la même proportion que la connaissance qu'on a de notre coeur. C'est ce que nous venons de prouver par une gradation de vérités incontestables. Donc une connaissance infinie de notre cœur doit produire nécessairement une certitude infinie de nos déterminations futures , donc une certitude, non plus moralement, mais absolument infaillible. Donc l'infaillibilité de la prescience de Dieu , à l'égard de nos actes librement futurs , a son principe dans l'infinité de la connaissance qu'il a du cœur humain. C'est la conclusion naturelle de la vérité d'expérience que nous avons d'abord établie.
Il ne faut donc plus demander où Dieu trouve des moyens sûrs et infaillibles pour faire tout ce qu'il lui plaît, des esprits comme des corps, des agents libres comme des agents nécessaires. C'est dans sa qualité essentielle de scrutateur intime des cœurs et des consciences. Il voit , dans l'idée des corps et dans celle du nîouvement , l'art de gouverner le monde visible. Il voit de même dans l'idée des esprits et dans la connaissance de nos déterminations futures l'art de gouverner le monde invisible , tous les êtres intelligents et en particulier les hommes. Voilà, si j'ose ainsi parler, le sublime de l'entendement divin ; mais pour nous en former une idée plus étendue, il faut entrer dans quelques détails.
Je veux dire que Dieu , en combinant ensemble tout ce qu'il peut faire des esprits en les modifiant , et tout ce que les esprits eux-mêmes peuvent en un sens très-réel faire de leurs propres cœurs, par le bon ou mauvais usage de leur liberté, découvre dans cette combinaison infinie tous les