SUR LA XATLRE DE LA VOLOXTÉ DE DIEU
Messieurs ,
Soit que nous rentrions dans nous-mêmes , ou que nous en sortions pour contempler la nature, nous rencontrons partout un maître présent et sensible qui nous pénètre et qui nous environne. Il n'est pas même besoin d*être philosophe pour le reconnaître. Il suffît d'avoir le sens commun , c'est-à-dire d'être capable d'une attention un peu ferme à ce que nous sentons et à ce que nous voyons.
Car, premièrement, aussitôt que je rentre dans moimême , je découvre au-dessus de moi une raison qui veut régner dans tous mes raisonnements , et dont la lumière me présente sans cesse , pour les former justes , un nombre infini d'idées, de principes, de vérités qui me viennent souvent lorsque j'y pense le moins , qui m'éclairent quelquefois plus que je ne voudrais, et qui m'échappent aussi quelquefois lorsque je voudrais les retenir. Preuve manifeste qu'il y a une volonté souveraine de laquelle je dépends dans mes connaissances.
Si je rentre dans moi-même un peu plus avant , je vois au-dessus de mon cœur une loi , un ordre qui me parle en maître, qui me prescrit des règles, qui m'impose des devoirs, qui me dit partout et à toute heure dans les compagnies, dans la solitude, la nuit, le jour : Fais ceci, prends garde à cela , tu fais mal , arrête ; qui me comble de joie quand je l'écoute avec docilité, qui m'accable de reproches quand je lui résiste, et qui me fait craindre de plus rudes coups si je m'opiniâtre dans ma résistance. Autre preuve
encore plus sensible qu'il y a une volonté souveraine , dont je dois reconnaître Tempire dans toutes mes actions.
Je sors enfin de moi-même , et je vois sur ma tète , sous mes pieds , tout autour ^e moi une matière qui offre à mes yeux des phénomènes, dont il est évident qu'une substance brute et inanimée , comme elle, ne peut être la cause : une matière indifférente au mouvement ou au repos, mue et agitée; une matière indifférente à prendre telle ou telle figure, ayant une figure constante et fixe dans ses principales parties , qui sont la terre et les étoiles ; une matière indifférente à être ici ou là dans l'univers , attachée à certains lieux, et emprisonnée, si j'ose ainsi dire, dans certaines bornes qu'elle ne peut franchir ; une matière indifférente à se mouvoir d'un côté plutôt que d'un autre , déterminée à se mouvoir constamment d'un côté plutôt que d'un autre; une matière indifférente à recevoir tel ou tel degré de vitesse , destinée à fournir une certaine carrière en un certain temps, ce qui demande une vitesse exactement mesurée ; une matière indifférente à décrire dans son mouvement la ligne droite ou la ligne courbe , et parmi les courbes , qui sont innombrables, indifférente à décrire celle-ci plutôt que c«llelà , décrivant sans règle et sans compas , ici une ligne droite , là un cercle , ici une ellipse , là une parabole , une spirale , une cycloïde, une hyperbole, une loxodromique , et toujours suivant certaines lois qu'elle n'oserait enfreindre; en un mot , une matière qui n'a point d'entendement et qui marque de l'intelligence ; qui ne connaît point de règles et qui en suit; qui , dans chacune de ses particules , nous paraît si morte , et qui , dans son total , nous présente un ouvrage si animé , qu'on le prendrait presque pour Tin être vivant. Troisième preuve sensible qu'il existe une volonté souveraine qui anime l'univers.
L'union de l'âme et du corps nous en fournit une quatrième. Nous voyons clairement la distinction de ces deux substances. Nous sentons à nos dépens leur union. Qui a pu