DEUXIÈME PARTIE. — I. i\V
« Le père provincial retient à Paris plusieurs personnes doat deux ootamment ont, Tannée dernière, enseigné pubtiqnement plusieurs points de la doctrine de M. Descartes et àxL P. Malebranche ; leurs cahiers et leurs thèses en font foi, etsurtOQt.les cahiers et les thèses de celui qui Gnissoit son cours, et qui par conséquent pouvoit être envoyé en proviace plus honnêtement et plus justement que moi. Or, mon révérend père , si ces deux personnes ne sont point coupables pour soutenir la doctrine de M. Descartes et du P. Malo«hrandie , je ne suis point coupable d'estimer les personnes de ces deux auteurs.
« . • • Que veut dire ce silence affecté des supérieurs à mon égard , et ce soin extrême d'éviter Téclaircissement des jEaits avancés contre ma doctrine ? Mais surtout que veut dire le silence du père LeTellier? J'ai vécu une année entière avec lui ; il a été mon recteur pendant six ou sept mois ; il m'a vu en particulier , et je Taî vu de même assez souvent ; et cependant, mon révérend père , ce grand ennemi de tont ce qui s'appelle nouvelles opinions pourra dire à votre partemité qu'il ne m'en a jamais ouvert la bouche ; silence d'autant plus remarquable que c'est au temps seul de son rectorat qu'on rapporte tous mes crimes, qu'il étoit informé de tout et qu'il n'épargnoit personne. Tout cela , mon révérend père, est bien convaincant en ma faveur. Mais , nonobstant la justice de ma cause , je ne sais encore ce que je dois espérer. Je vois beaucoup d'innocens accusez , mais je n'en vois point de justifiez ; ou si , quelquefois on en justifie, ce n'est que de bouche et non d'effet. Je porte mes plaintes à trois cents lieues de moi , et l'on sçait assez que , de loin , la peine dont on se plaint diminue" toujours aux yeux du juge , et le crime qu'on impute augmente encore davantage
Louis le Grand ) qu'André parait ravoir connu. A la mort du P. La Chaise» en 1709, Lelellier fut nommé confesseur de Louis XIV, et, après la mort de ce monarque, il fut envoyé à Amiens et ensuite à la Fléehc, où il est mort en septembre i7i9.
Ix^' INTRODUCTION.
Dieu m'est témoin que je les aime et respecte ( ses accusateurs ) en Jésus-Christ. Je prie Dieu pour eux chaque jour à r^utel, et, si je suis exaucé, ils seront plus heureux que moi. JCaurois pu , mon révérend père , user de récriminations à leur égard ; mais à Dieu ne plaise que je me justifie en les accusant î A peine ai-je pu me résoudre à nommer dans ma lettre ceux que je ne pouvois me dispenser de nommer sans trahir la justice ou mon innocence. J*ai toujours appréhendé de leur faire le mal qu'ils m'ont fait , et pour lequel je voudroîs qu'une entière justification me pût mettre en état de leur rendre mille biens. Ni la collusion des supérieurs, ni Fâcoeption de personnes dont ils ont usé en me maltraitant , ni le refus qu'ils m'ont fait des chefs d'accusation formés contre moi, ni leur dureté , ni leurs artifices , ne m'obligeront jamais à rompre la charité. »
La Relation fidèle est accompagnée d'une lettre, datée du 20 septembre 1706, où Ton remarque le passage suivant sur ses accusateurs :
a II ( le P. provincial ) m'a puni sur la seule foi de mes accusateurs , dont je sçai , en général , que là plus part ont bien de la peine à voir autre chose que du blanc et du noir dans les livres , dont quelques-uns avoient l'esprit envenimé contre moi par certains rapports que des personnes charitables ont faits du peu d'estime qu'il m'est échappé de témoigner pour leurs écritâ, dont enfin le principal notoirement ne connoît ni antiquités ni nouveautés , n'ayant pas mis le nez dans un livre depuis plus de trente ans , excepté peut-être dans des registres et dans son bréviaire. Voilà cependant, mon révérend père, l'habile hopame dont une seule parole justifie et condamne ', fait venir à Paris et chasse qui bon lui semble , ce qui fait dire dans la province que , depuis 45 ou 20 ans , il n'y a point eu de provincial
' r<ous ne soupçonnons pas quel peut éire ce personnage.
DEUXli-lMK PARTIE. — I. kvij
en France, et co qui fnit din* au K. P. IitHiiistro mômo , ]MMir consoler ceox qu'il laisse à la KUtIic ou (]u'il yt^nvoii', qu'il a les braslids et qu'il o^t lûcn ÎCwUv ih* u'vlw \n\< maitn* do
rendre justice à leur mériU* (iràcu à crtti' injustia* vi à
ta précipitation de mon ju^'o. je vais [hisser dans la provinco pour un eâiprit dan^nMit . indociU' . ontèh' , et immif tout ro qnî plaira à la uiôdisanro <>t à la passinn <lo uu*s («nnomis. Cest de quoi , mon n'vénMid pèn' , jo demande justice au révérend père général , et je vous ronjun* , au nom de Jc'sus- Qlrist, de soliicitcr aupivs de lui le rt''ta)>liss(Mm*nt. de ma réputation. Le P. nesrham|)S) av(H- «pii j'ai eu Tlionneur de vivre, pourra bien vous dirt* si je suis tel cpi'on veut le fairo accroire*... »
Nous rencontrons ici un honnôtc homme, modéré, bienveillant, plein d'aiïection pour André, qui s*oiïre de lui être utile et lui donne au moins d^excelients conseils ; BOUS voulons parler du P. I)eschami)i». A peine a-t-il reçu la lettre d'André qu'il se met en rampapne pour le servir, et s'empresse de rinformer du résultat de ses démarches.
« LoretU* , le 2 di-ceiubrc nO(i.
« Mon révérend {htc,
« .... Vous me faites plaisir «le me croire parfaitement de vos amis et dans vos inlcrcsts : je le suis en clfet, et je ferai toujours mon possible dans la suilte pour vous on convaincre. J'ay pris toute la part possible à la ixMne qu'on a faite à votre révérence ; il est certain qu'elle méritoit un autre traitement et qu'on devoil plus d'égard à T application que je sçay qu'elle a toujours eue à ses devoii*3. Aussitost sa lettre receue , comme j'étois à Lorette aloi*s , et que je ne pouvois pas bien agir par moy môme, j'écrivis aussitost au R. P. Malescat ' en luy envoyant aussi votre lettre , et le
' 5iCi Ge père Jésuite nous est entiércraeni inconnu.
Ixviy INTRODUCTION.
priois de la lire, après quoi je le conjurois de voir avec le révérend père assistant ce qu'on pouvoit faire pour vous rendre service ; que vous estiez de mes amis, et qu'ainsi j'avois à cœur ce qui vous regardoit comme si c'estoit moi mesme. J'écrivis en mesme temps au révérend père assistant que celuy dont le P. Malescat luy parleroit étoit de mes amis, et que je le priois de lui donner sa protection comme à moy mesme. Le mercredi dernier , premier décembre , je reçus sur tout cela une lettre de l'un et de l'autre. Le premier , étant en retraite , n'avoit pu encore parler au P. Daubçnton , estant fort éloigné de la pénitencerie de Saint-Pierre, mais il m'assure qu'il le fera de tout son cœur pour me faire plaisir. Voici la lettre du second , qui apparemment avoit desja entendu parler de votre affaire :
« Je voudrois bien pouvoir rendre service à vostre amy, <( mais la chose n'est pas possible , les études estant déjà a commencées. Notre père veut absolument exterminer les « nouvelles opinions , et un père qui est icy, qui connQÎt (( votre ami , a confirmé qu'il a du penchant pour les nou- « veautés (je ne sçay pas quel est cet homme qui a parlé « ainsi). D'ailleurs le père achève sa théologie; il ne con- « vient pas , pour quelques mois de séjour à la Flesche , de « chagriner votre provincial qui l'y a envoyé. Si , dans la « suitto, je puys luy estre bon à quelque chose , je tascheray « de le servir avec ardeur ; c'est de quoy vous pouvez Tas- « surer. »
« Par cette lettre vous voyés , mon révérend père , quelles sont mes diligences pour vostre service , et combien je suis porté à vous faire plaisir. Le R. P. Daubenton fera ce qu'il promet , n'en doutez pas. C'eèt un homme fort judicieux , qui ne peut souffrir qu'on pousse un homme pour quelques fautes qui peuvent luy estre échappées. Je croy que, sur la lettre que j'ay l'honneur de vous écrire, votre révérence fera bien de lui en écrire une pour le remercier de sa bonne volonté et luy demander sa protection. Car, entre nous, de la