DEUXIÈME PARTIE. — IL \XXW
nom do la même charité , faites-moi la grâce de me dire quelles sont ces erreurs, ces propositions et ces faits. J ai eu beau y jusqu'ici , prier mes juges et défier mes accusateurs de me convaincre de la moindre faute en matière d'opinion , les uns et les autres ne m'ont répondu que par un grand silence ou par des discours vagues ou généraux. Je vois bien ce que c'est : mes accusateurs ne se soucient pas que je me corrige, et mes juges ne veulent point que je me justifie. En cela , mon révérend* père, j'ai toujours excepté votre révérence; je crois seulement que l'autorité de mes accusateurs , dont je sais que deux ont aussi été de mes juges, vous auront arraché nia condamnation , et que le mot de nouveautés, pronoiicé avec force par d'aussi bons connoisseurs que le P. F. et lé P. M. {sic)y vous aura tellement effrayé, que le péril de la compagnie vous aura paru trop pressant pour examiner s'il étoit réel. Je suis même persuadé que vous avez cru rendre service à Dieu en me condamnant, et je le prie de tout mon cœur de vous en tenir compte , aussi bien que des anathèmes qu'on m^a rapporté que le zèle vous a fait prononcer contre moi , un peu après ma condamnation. Vos intentions étoient saintes , cela me suffît. Et , d'ailleurs, mon révérend père , je suis plus sensible au bien qu'au mal qu'on me fait. Je me souviendrai toujours avec reconnoissance de toutes les bontés que vous m'avez autrefois témoignées. Je crois même que les calomnies de mes accusateurs, en m'ôtant votre estime , ne m'ont point tout à fait ôté votre amitié. C'est dans cette persuasion que je m'adresse à vous, mon révérend père, pour vous demander le détail des crimes dont on m'a chargé à votre consulte provinciale , et sur lesquels vous avez conclu mon exil. Si le révérend père provincial a mieux aimé me faire excuse de m'avoir maltraité que de me donner là-dessus réclaircissement que je me suis cru obligé de lui demander , je serois bien fâché que mes autres juges fissent de même ; ce seroit m'ôter le moyen de me corriger, si j'ai tort, et de me justifier, si j'ai raison. Je prie votre révérence d'en user
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à mon égard avec plus de droiture , et de me déclarer , en détail , de quoi il faut que je me corrige ou que je me justifie. Ce sera mettre le comble aux obligations que je vous ai. Je suis avec respect, etc. »
A cette récrimination assez inutile et médiocrement prudente» le R. P. Guymond ne répond nji oui ni non sur la part qa*il aurait prise à la disgrâce d'André, mais il lui rappelle le précepte de Thumilité et surtout celui de l'absolue d)éis8aiice. Il ne loi cache pas le tort qu'on lai impute , à savoir , son inclination pour la nouvelle doctrine ; il lui déclare que la i^iété a résolu de ne point souSrir cette doctrine : elle veut non-seulement qu'on ne la loue pas , mais qu'on la combatte. Le cartésianisme est aujourd'hui aux yeux de la société ce qu'était le calvi-* nisme avant le concile de Trente ; de sorte que dire qu'on estime Descartes et qu'il a des oiunions raisonnables, c'est dire qu'on a de l'estime pour Calvin , que Calvin a des opinions raisonnables. Cette lettre peint si bien , avec la bonhomie du P. Guymond, l'entreprise de la compagnie, que nous la rapporterons tout entière.
« A Paris, ce 9 juillet 1707.
« Mon révérend père,
« Pax Chrisii,
« Je suis bien aise que votre révérence ait voulu s'adresser à moy en ce qui la regarde; elle sçait que j'ai eu de l'amitié pour elle, et je l'assure que j'en ay encore plus que jamais. C'est dans un sentiment de l'amitié la plus sincère que je luy diray tout ce que je pense , et je la prie de le recevoir du môme cœur que je le dis.
« Il me paroist, mon cher père , que vous avez l'esprit un peu aigri. Vous parlez d'accusateurs , de juges, de condamnations, d'exil. Entre ces accusateurs que vous trouvez si