‹ Œuvres philosophiques du père AndréChapitre 35 sur 136 · DEUXIÈME PARTIE. -^ IL Ixxxix · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. -^ IL Ixxxix

les approuver maintenant, je les regarde comme des auteurs très-dangereux dans la religion et très-contraires à la bonne théologie.

« Faites , je vous prie , réflexion que je vous parle avec une vraye amitié , et que ce que j'ay Thonneur de vous dire ne peut avoir qu'un trt»s-bon effet et devant Dieu et devant les hommes. Certainement le sujet que vous avez donné de croire que vous étiez sectateur de ces nouveaux philosophea, demande une rétractation. Je prie le Seigneur et sa sainte mère de vous inspirer ces sentiments; je le souhaite du mémo coeur dont je suis , dans F union de vos SS. SS., votre, etc.

« Hervé Gutmond, S. J. »

En recevant cette lettre si naïvement intolérante, et oH^ la bcmhomie le dispute au fanatisme, le P. André dut comprendre toute la gravité , tout le danger même de si situaticm. Il reconnut qu'il y avait un parti pris , contre lequel se briseraient tous les raisonnements. Gomment éclairer un pareil aveuglement, et donner un peu de raison à l'esprit de parti, surtout à l'écrit de corps, si opiniâtre et si ardent, parce qu'il se compose et se nourrit de toute la vivacité de l'intérêt personnel fortifié de la noble apparence de l'intérêt général? Devant de tels adversaires , quand ils ont en main la puissance , ce qu'il y a de mieux à faire est de mépriser intérieurement et de se taire. C'est ce que ût pendant un an le P. André ; mais, quand on a de la grandeur et de la force dans l'âme , on ne se résigne pas longtemps à une sagesse qui ressemble à la pusillanimité ; quand on croit à la vérité et quand on l'aime , on la préfère à soi et on se risque un peu pour elle. Bientôt donc le sentiment de la justice surmonta la prudence dans le généreux et intrépide jésuite , et , le 15 juillet 170S, après un an d'efforts sur

XC INTRODUCTTON.

loi-méine poar retenir son indignation, il la laisse éclater, et, au lieu de la rétractation qu'on lui demande,, il adresse au P. Guymond une apologie régulière et complète du cartésianisme, au point de vue religieux et dirétien. Cette apologie , écrite il y a un siècle et demi par un jésuite , a prévenu celle qu*ont entreprise le car^ dinal Gerdil ( Opère édite ed inédite del cardinale Gerdil, in Roma, 1806, passim) et M. Fabbé Eymery, supérieur de Saint-Sulpice , au commencement du xix^ siècle (Pensées de Descartes sur la religion et la morale. Discours préliminaire, Vms, Î811). Aujourd'hui encore elle est malheureusement de mise et pourrait être adressée aux mêmes personnes : il n*y a guère à changer que les noms prqyres.

« 15 Juillet 1708.

« Mon très-révérend père ,

« Vous serez sans doute surpris que je m'avise aussi tard de répondre à la lettre que vous me fîtes l'honneur de m'écrire l'année dernière. Plusieurs raisons très-fortes m'en ont empêché jusqu'ici ; mais , après avoir tout examiné , j'ai cru que la justice et la charité ne me permettoient plus de me taire. Je ne veux point que ma conscience ait davantage à me reprocher que je soufift^ sans réponse l'outrage que vous faites, en m'écrivant, à deux auteurs très-catholiques , de les placer au rang des plus infâmes hérésiarques , et que je laisse une personne qui me doit être aussi chère que votre révérence dans une erreur si contraire à la vérité et par conséquent si préjudiciable à son salut. Souffrez donc, mon révérend père, que l'espérance de vous être utile l'emporte sur la crainte de vous déplaire , et que je tûche de vous désabuser au sujet de ces deux illustres calomniés; c'est ce qui ne sera pas fort difficile , pour peu que vous soyez capable d'en juger sans prévention.

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