‹ Œuvres philosophiques du père AndréChapitre 63 sur 136 · DEUXIÈME PARTIE. — IV. cxlv · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. — IV. cxlv

lôiicbros (lo nos sontimcnts les oliscumsscnl , \vs troublent et les confondent. Ainsi je n*ai point de iwine sur cet article.

» VJII. Sur l'action des esprits, etc.

0 J'en ui encore moins sur Faction de rame. Mais est-il possible qu'apivs avoir soutenu si publiquement, c-ontrc le j)ère Malebranche, que Tàme agit réellement et physiquement en elle-même , (lu'elle se modifie, (ju'olle se détermine par une action positive dont elle est véritablement cause efiiciente, on me vienne opposer aujourd'hui mon propre sentiment comme un remède âmes erreurs? Faites lire, mon révérend père , le traiti* de l'Ame (jue j'ai dicté à Amiens • ; vous y trouverez des preuves convaincantes cpie je ne regarde point cet auteur conim(î mon maître , et que je l'abandonne quand il abandonne lui-mè'me la vérité qui seule a droit de régner sur les esprits. Pour ce (jui regarde Faction des esprits sur les corps, et particulièrement l'action de Tàmo sur le cor[)s qu'elle anime, je trouve Quelque difficulté ; mais, n'ayant là-dessus aucune démonstration , et d'ailleurs ayant toujours cru que le syslimie des causes occasionnelles n'examine * pas assez fortement la puissance des esprits, je ne vois aucune raison (jui m'empêche de conformer mon jugement à tout ce «lue l'on exige de moi.

« Sur tout lo reste on me propose ce que j(î pense, excepté néanmoins sur la béatitude objective de l'état de pure nature, que je crois impossible. Quant au terme , si l'on y admet une es[)èce de vision intuitive de la divine essence , l'Église permet sur cela de penser ce que je veux, et je suis prêt à faire tout ce qu'on voudra, et môme à dicter une rétractation de ce que j'en ai avancé.

« Voilà , mon révérend père, un exposé fidèle de mes sentiments les plus intimes, par où l'on voit assez que je ne puis

' André y était donc resté au moins quelque temps.

' Peul-Ctrc n'exprime.

ri

CXlvj INTRODUCTION.

pas dire le profileor me vera credcre : i**. des accidents absolus ; ^*'. de l'essence du corps indépendante de toute étendue actuelle; 3®. des formes substantielles; 4°. du sentiment contraire à saint Augustin sur la nature de nos idées , du m'oins jusqu'à ce que j'aie reçu l'instruction que je prie votre révérence do me faire donner par des gens habiles , sensés, non prévenus , et qui ne veuillent point demeurer cachés pour être en droit de dire tout de qu'il leur plaît. Enfin j'enseignerai tout ce qu'on voudra , je ferai telle rétractation que l'on voudra , la plus humiliante pour moi , la plus glorieuse pour la compagnie, dont je serois ravi de procurer la gloire au prix de tout l'honneur du monde. Mais pour me convaincre intérieurement, je demande des raisons, et il me paroît qu'il ne doit pas suffire que l'on me dise en général : ceUe doctrine ne vaut rien. Il n'est pas à propos pour nous que cette manière de censurer les opinions contraires aux nôtres soit autorisée par les gens sages ; il n'y auroit plus que des hérétiques dans le monde. Je vous prie donc, mon révérend père , de me donner des censeurs plus équitables et moins emportés , qui ne me traitent point d' entêté sans avoir tâché de me convaincre, ni de fanatique sans avoir démontré mes visions, ni d'hétérodoxe sans avoir découvert mes hérésies , ni d'iiommo de mauvaise foi sans en apporter aucune preuve ; c'est la dernière chose ({ue l'on doive reprocher à tout homme avec qui l'on veut encore avoir quelque société. Je parlerai une autre fois à votre révérence de la calomnie évidente qui était contenue dans le papier qu'elle me lut à la visite , que je lui demandai , qu'elle me refusa , et qu'il semble que vous ayez oublié. Je suis avec respect , etc. »

Celte fois la compagnie se piqua d'honneur et consentit à discuter avec André. Elle chargea trois de ses plus fortes têtes d'examiner sa profession de foi , et l'un d'eux eut ordre d'y répondre article par article. Cette réponse, ù ce qu'André nous apprend, était un petit iu^folio« 11 eu

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fil un extrait qu'il envoya h Malobranclie, cl cet extrait 8C trouve dans nos papiers. Il est Ini-nienie fort étendu. André a mis d(ï loin en loin à la marge quelques notes très-succinctes : » L'auteur de cet écrit est inconnu « dit André dans une de ces notes, et se cache, h co qu'il dit , par ordre de ses supérieurs. Cependant il parle comme un pape. » En effet , môme dans l'extrait , le ton est toujours celui d'un supérieur. Malcbranchc y est traité, comme philosophe et comme théologien, avec beaucoup de hauteur. (î'est le thème développé dans le li\Te du P. Dutertre. 11 est à peu près certain que cette pièce lui avait été communiquée aussi bien qu'à André , et il est vraisemblable qu'elle lui aura été donnée comme le fond de la réfutation de Malebrancho' qu'on lui demandait. C'est le même esprit, ce sont les mêmes arguments présentés U peu près dans le munie ordre; on y accuse Malebranclic de n'avoir aucune originaUté en philosophie, et d'être seulement un écolier de Descaries, qui n'a ajouté ù la doctrine du maître que des contradictions et des extravagances. On s'attache particulièrement à réfuter la théorie des idées ; et, comme André avait prétendu retrouver celte tiiéoric dans saint Augustin , le père jésuite qui lui répond expose l\ son tour ce qu'il appelle lii vraie doctrine du grand docteur : tout ce morceau a presque passé dans l'ouvrage du P. Dutertre. Les citaticfns de saint Augustin sont les mêmes, le style seul est un peu changé ; il est plus ironique et moins violent dans le livre imprimé que dans la pièce manuscrite. Ici iMalcbranche est partout représenté comme un fanatique et comme un fou. L'esprit général qui y règne est celui du péripatétisme, c^mme l'esprit du

CXlviij INTRODUCTION.

pbtonisine domine dans Malcbranche et dans André. De là les défauts et les mérites de ce factitm philosophique. L'empirisme d'Aristote n'a pas toujours tort contre l'idéalisme de Platon ; il en faut dire autant des jésuites à r^ard de Descarteâ et surtout de Malebranche. Comme ils eurent souvent raison contre Port-Royal en théologie, dans la grande affaire de la grâce, où ils se portèrent les défenseurs de la liberté et de la puissance de la volonté humaine, de même leur empirisme péripatéticien en philosophie a quelquefois l'avantage du sens commun contre la théorie des idées et la fameuse vision en Dieu. Ils en parlent déjà comme le fit plus tard leur célèbre écolier Voltaire, qui avait pris à Louis le Grand chez les jésuites le fond de sa philosophie, et la développa pendant son séjour en Angleterre dans l'étude de Locke et par le commerce de ses disciples. Reste à savoir cpiel peut être l'auteur de la pièce c[ui est entre nos mains. Rapin ^ était mort en 1687, Le Valois^ en 1700. Letellier était occupé à diriger la conscience de Louis XIV. Hardouin n'était pas consulté, comme il le dit lui-même ^ Baltus\ cité dans

' Aiileur de la Lettre d'un philosophe à un cartésien de ses amis, Paris, 1673. Le cartésien auquel celle lettre est adressée est le P. Doni Robert des Gabets. (Voyez dos articles sur ce savant Bênédiciin, février, mars, avril et mai t9i2f Journal des Savants.) Le P. Lé Valois, dans fM>n livre : Sentiments de M. Descartes opposés à la doctrine'de Vflglise , et conformes aus erreurs de Calvin, Paris, 16»0, citant celle lellre aux pages 54, 5&et 56,cbap. 3«, raltribuc au P. Pardies, elMoréri ne la met point parmi les écrits de Rapin;' mais, dans Timprimé, elle est positivement signée R.... J(ésuitc). •

" Il était né à Melun en 1039; régent de philosophie à Cfaen, confesseur des princes, petits-lils de Louis XIV, enûn supérieur de la maison de Paris. Voyez Moréri et la Vie du P. Le Valois en tête de ses OKuvros spirituelles, 3 vol. Paris, 170G.

^ Voyez plus haut sa lellre à André.

* Né à Mclz on 1601, enlré dan* la soeiété en iG8i, appelé à Home

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cet c»cril, n'en piil eiro rautciir. Jo lu; vois plus giièro, pamii les jrsiiilcsde Francp do r otlo époque , d'autres personnages verst'^s dans les matières pliiloso|)hiques, que le P. Daniel * et le I\ Tourneniînc ^ tousdeu\ en ])ossession d*une grande autorité dans leur compagnie, et fort engagés contre le cartésianisme. Le P. Auflier ' n'avait ps encore la célébrité cpril acquit en 172/» par la publication de son traité des Ynitcs prrminrs, et il était trop judicieux et trop modéré pour prêter sa plume à des accusations souvent injustes et durenjent exprimées. Au reste voici pres(jue en totalité Textrait de cette pièce fait par André lui-même avec ses notes.

on 1717, pour y cxaininrr les livres. A son rolour on Franoo, tour A tour rootour de diver» colh^tKos, bihliothôruirc ci Koim.s,ol mort ou I7t3; autour de la Di^ fen.se des SS. Pères uccuvi^x de platotùidnc , Paris, 171 1; Jugement des SS. Pères sur la morale de la iihilosophie païenne^ Slrashourf;, nif), oic.

' Gabriol Daniol, ne à Rouen on i(ii9, entré chez les jésuites en 1667, ré{{cnt do rhétorique à Ilesdin et à Ku, de pliilosopliio à Reunes et à Vari.N , do théologie à Rouen , bibliothécaire , puis supérieur do la maison professe do l'aris, mort on I7'i8. Ses écrits sont fort nombreux, ("uninie bislorion, il est trèsostinio. Ses autres ouvrages ont é(é recueillis on 3 vol. in-i", sous ce lilre : Hecneil de divers ouvrages ybHosophiques, thêologigiies , historiques, apologiHiqnes et de critique, Var'is,

'' René-Joseph de Tournoniino, d'une famille noble de Bretagne, né â Rennes on i(>(ii , entré dans lu société eu 1680, successivement n'-gent d'humanités, do philosophie et de théologie, placé on 1701 A la léle de la rétlaetion des Mémoires de Trévoux, bibliothécaire de la maison professe en i7i8, mort en nvj. Voyez son eloge dans les Mémoires de Trévoux, septembre 173!). Il a beaucoup écrit surl'histuire, la numis. matique et la philosophie. Ses ouvrages philosophi(|ues sont de petites dissertations eparses dans les Mémoires de Trévoux, et qui mérilt -raient d'élre rassemblées.

' Il (>n sera parlé plus lard.

cl INTRODUCTION.

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