‹ Œuvres philosophiques du père AndréChapitre 69 sur 136 · DEUXIÈME PARTIE. — TV. dxxj · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. — TV. dxxj

de son âme. On no protond pas qu'un puisse dômoniror do la môme nianièro qu'il n'y ait prôcisoniont ciuo cola dans nos perceptions, surtout dans qu(»lques-unes, par excinj>le, dans les sentiments que nous avonsdu plaisir et delà douleur. Mais on soutient que momc on ces (\\(Mn[)los la perception qu'a ràmc du plaisir et de la douloiu' (*sl à ^n é<;ard une véritable action vitale, et qu'il est imiM)ssiblo de |)erccv()ir" et do connoître quoi que ce soit Siuis aî^ir réollomont ot physiquement. Descartos l'avuit avouô avec tout lo j^onro humain, et personne ne l'avoit jamais niô avant que le?. Malebranche devenu visionnaire eût entraîné de petits iîonies ' dans son sentiment.

u 2^. On convient que jusqu'ici aucun philosophe n'a encore pu bien expliquer la manière doiil nous cminoissons les chosi^s qui sont hors de nous. Ainsi , la seule preuve dont so sert le P. Malebranche jwur appuyer son système, ne mérite aucune attention et ne sauroit avoir aucun efl'et sur des esprits solides. Il se fonde uniquement sur la réfutation des autres opinions. Outre qu'on peut démontrer (piil ne les entend pas bien, et qu'il les réfute souvent fort mal, cela no fait rien du tout à la vérité de son svstc^me. Do meilleurs et plus savants philosophes que lui, après avoir examiné et bien cnU^ndu ces opinions, conviennent qu'elles ont toutes do grands défauts : nuds elles peuvent toutes être fauss(»s sans que celle du P. Malebranche soit vraie. Il faut donc pour en ju},'er l'examiner en elle-même. Or, plus on l'examinera do cette manière, plus (»lle paroîtra absurde du côté do la raison et danp:crous(^ du côté do la rolij^ion.

« 3". Il est impossible d'expliquer, c'est trop peu dire-, il est impossible ih concevoir comment et avec (jucl,»^ y(»ux notre Ame peut voir en Dieu les idées des choses, supposé mémo (ju'il y en ait de représentatives, comme ce système

' M Le grand cspri l ! »

Clxxij INTRODUCTION.

le suppose très-fau$sement '. Notre esprit ne sait rien : tout au plus Dieu conserve notre âme dans un autre état duquel le P. Malebranche avoue que nous n'avons point d'idée. Dieu qui conserve notre âme dans cet état a une idée représentative d'un tel objet. Soit, on soutient que ce n'est point là voir ni cette idée, ni l'objet qu'elle représente. Ce point 'demande une grande méditation *. Mais si le P. André le médite bien , il trouvera qu'il s'est entêté aussi bien que le P. Malebranche d'une chose qu'ils n'ont jamais conçue ni. l'un ni l'autre et qui est en effet inconcevable.

« 4®. Il est absolument faux qu'il y ait en Dieu des idées des êtres créés soit possibles, soit existants, tels que ce système les suppose, c'est-à-dire qui puissent être à Tégard de nos esprits représentatifs de ces êtres créés. En Dieu les idées des êtres créés ne sont rien autre chose que la connoissance qu'il en a nécessairement , et il est aisé de démontrer que cette connoissance ne peut être représentative à l'égard de nos esprits. Pour le bien faire voir , il n'y a qu'à débrouiller le galimatias du malebranchisme. Les êtres créés, disent les malebranchistes, ne sont que des participations de Dieu, lequel est participable en une infinité de façons. Il se peut donc montrer à nous, en tant que participable d'une manière, sans se montrer en tant qu'il est participable d'une autre façon; l'idée de chaque être créé en Dieu n'est que Dieu même en tant que participable ou participé par cet être, puisque tous les êtres créés ne sont que des participations de Dieu. Voilà à peu près la substance du |fcmpcux galimatias des Méditations métaphysiques du P. Malebranche, rebattues cent fois par cet auteur , admirées par ses secta-tours, et aussi peu entendues des uns que des autres. Il n'y a qu'à la réduire à sa juste valeur en retranchant les mé-

' André aurait pu faire remarquer qu'ici le père jésuite emprunle l'opinion de PorlRojai et. d'Ârnauld conire Malebranche. • v Oui sans doute.»

DEr\ll:MK PARTIK. — IV. clwilj

taplioros ot hs pamhs (|iii no siiriiifuMil tien , ot tout ce (|ii(* los inaH)run(iiist(>s cnMcnt \oir «le ivcl s't'vanouirîi. L4»s iHns cnV's. dil-oii, soni <l»»s parliripalions ilo Diou : ci'la sip;nifio pivc'i<<''ii)(>nl «luc DitMi soiil rtmiinr (oiit-piiissant p(Mil rn'*er ces rires, (ju'oii les crôant il leur donno dans un dej^rn fîni (Us pcTftvtiuns s(Mnl)Ial)I('S aux sumhus qui sunt infinies, • mais ivoliiMnrnl dislinrles des siiMincs ol toujours mcMéïS d'iinp(MT('rli()u ; tant pariT (pie Dieu ne les donno (pi'en un de«:n* fini, «pie paire (pTil m; donne à aucun (Mre ]>arti(Mrlier en le néant (pu* des perf(H'.(ions seiid)labl(*s à quehpiesnnesotnon pas à tout(S l(»s perfections di\in(»s. Ola esl \rai : le restxî se mluit à d(»s mois tpii ne sii^nifient plus rien.

u l)i(Mi est participable , dit-on , en une inliniN* d(* mani(»res, cVsl-à-dire (pi'il y a une inlinit('' d Vires possihUs que Dieu peut cn'*er de la manière (pion vient de dire , en leur donnant des perfections s(?niblabl(>s aux siennes, mais très-r(VlI(Mneul distinctes des. siennes. On en convient. N'c»nons à la const'quence qu(î tirent les mah'branchist^s en " disiuit que Dieu se peut montrer à nous en tant (pie [)artici[)able d'une certiiine manière sans se montrer en tant (pi'il est parlicipable d'une autre façon. On ri'pond (pie (piand Dieu 1(^ feroit, il ne nous montreroit précisément (pie sa toul4»-l)uissance avec (]uel([U(;s-un(S de st»s peKections ; vl les malebranchistes avouent que nous no voyons ri(?n de semblable , quand nous comioissons qu(»lque être cnV» qu(^ ce soit en particulier. (Vist que , commit l'on vient d(» h» remarquer, l(^s êtres créés no sont i>oint du tout en Dieu , et ne sont des participations des perfections divines (pi'en tant que Dieu , en les civant, leur a donné, dans un de^'n!» fini , des perfections semblabhs à quelques-unes -des sieiims. Ainsi , en Dieu , comme participable , il n'y a précisi''mont que sa toute-puissance ot ses autres perfections très-distinctes de celles des êtres créés ; de sorte que , tout içalimatias retranché, Di(*u, ])articipable de telle fa(;on oupartici[>è . de telle façon, n'est rien que Dieu considéré comme tout-

dXXhr INTRODUCTION.

puissant et comme «yant, outre sa toute-puissance , telles perfections infinies, mais auquel les perfections de tels êtres créés en Dieu ont quelque chose de semblable. Mais, disent les malebranchistes , Tidée de chaque être créé n'est rien que Dieu même , on tant que participé ou participant pat cet être : c'est ce que Ton nie et ce que Ton soutient être évidemment faux. L'idée que Dieu a de chaque être créé n'est rien du tout que la tonnoissance qu'il en a. Cette connoissance est Dieu même : on l'avoue , mais c'est Dieu , en tant qu'il a une parfaite compréhension de soi-même, et conséquemment de sa toute-puissance et de toutes ses autres perfections. Dieu même ne voit point autrement les êtres créés comme possibles en soi-même qu'en les comprenant; or, cette compréhension est absolument invisible à notre égard; elle est absolument incommunicable. Donc, il ^ est faux : 4 ^. qu'il y ait en Dieu des idées représentatives à notre égard des êtres créés en tant que possibles; %^. que 'nous puissions voir en cette vie les idées que Dieu en a , ces idées n'étant rien autre chose que ce que les théologiens appellent la science de simple intelligence , c'est-à-dire la parfaite connoissance que Dieu a de toutes les choses possibles en se comparant à soi-même.

a 5®. S'il est impossible, comme on le vient de prouver, que nous puissions voir dans les idées de Dieu les êtres créés comme possibles , il est encore beaucoup plus aisé de démontrer que nous ne pouvons voir dans les idées de Dieu aucun être comme existant. Dieu môme ne voit et ne peut voir on soi-même ces êtres comme existants , bien loin de nous les y faire voir. Il ne voit les êtres créés comme existants que dans eux-mêmes; la raison en est évidente. Dieu est absolument incapable de changement. Il est toujours le même, soit que ces êtres contingents existent , soit qu'ils n'existent pas. La connoissance , au reste , qu'il a de ces êtres comme existants , et qui s'appelle science de vision , n'est rien du tout que l'essence divine, en tant qu'elle est sagesse infinie et .

DEUXitME PARTIE. — K. chx^-

subsistante qui no jMHit ij^nomr auciino vrrîlr. Or, cola ost incompit'licnsiblo (*t inromniiiniraltlo à un toi point , que l(S bienheureux, même on voyant intuilivomont l'issoure ilivine, n'y peuvent voir l'oxistonoo d.'aurun olro oonliuiiont. Dans un ouvraj^o d'uno jusio ôtonduo, il soroil l)ion aisô do do- . montixT l'extravii^anoe do tout ce ({uo io P. .MaIol)ranclio dit sur ce. sujol .

a 6®. Non-soui(»mont il n'y a p()inl en Diou d'idoos do8 diosos t(*llcs ({uo l(* P. Malohranclie los a ima;^inô(S, mais encore un peut dômontror cpio, sil y on avoit, Dieu cosseroit d'entre infinimont parfait. 11 tst ôvident {jue ce cpn» lo P. Malobranrlu* dit do ses idôos divines, ou ne ^i^ni^e rien du tout , ou suppose «pio co sont ^\vi^ modifications repn''S(nitativos,. ot commo dos tableaux Iran's dans la substance do Dieu. Sans cela , Diou , en nous montrant o(*s ulvo:^, no nous feroit point voir los ôtros continironts. Or, un Diou rovotu do ces sortes d'i(lô(»s n'<'st point du tout Io \ôrilul)loDiou; c'est le Dieu des j)latoniriens du m* cl du iv siècle, ot mt^mo encore plus imparfait quo ces platonici(*ns noie concovoient. Ils n'y reronnoissoiont de ces sortes d'idoos cpio pour los vôrités éternelles, [)our lisjijemes et les os|k*c(»s dis choses; ils n'en reeonnoissoient jwint pour los individus, btîaucoup mojns en recoimoissoionl-ils<lo continî^eutos pour ropréscMiter l'existence des iMros et les chaniiomonls (]ui arrivent dans lo monde. Il en faut au P. Malobrancho, et d'éternelles ])Our chaque individu contingent , ot de conlinp:entes pour représenter l'existence dos otros , et cjui chan«;ent à mesure (|u'il arrive du changement dans le monde. On ne [uvtond pas ici que le P. Malobrancho ait avancé cela , maison soutient ([ue, sans cela, il est absolument impossible qu'on puisso voir dans I(îs idées divines ce que le P. Malobrancho assure que nous y voyons , et que nous ne pouvons voir autrement . Au reste , si le P. André s'étonne qu'en comparant le fanatisme malebranchiste au platonisme, on n'ait parlé que dos platoniciens du III* ej. du iv* siècle , on lui dira que les premiers platoni-

C'^^^j INTRODUCTION.

ciens avoieiit une si grande idée du Dieu suprême , qu'il-^ n'avoient paa cru pouvoir placer dans sa substance les idées dont Platon, leur maître, n'avoit point parlé assez clairement. « 7°. Enfin , le P. Malebranche dit des choses si absurdes, en expliquant son extravagant fanatisme, qu'on s'étonne comment le P. André ne s'en est pas aperçu. A-t-il pu concevoir, par exemple, ce que c'est que celte merveilleuse étendue * intelligible dans un Dieu , qui n'a ni ne peut avoir aucune étendue réelle, pas même, selon Descartes et le P. Malebranche , par diffusion visuelle de sa substance? A-t-il compris rx)mment Dieu peut faire pour borner en lui-même cette étendue intelligible , de manière à ne nous y faire voir qu'un carré ou qu'un triangle? A-t-il pu se figurer ce que Dieu, après avoir ainsi borné cette étendue , y peut ajouter pour nous y faire voir ce carré ou ce triangle comme existants et tracés sur le papier devant nos yeux? ou plutôt n'a-t-il pas d'abord compris que rien de spirituel ne peut être une image qui représente des choses corporelles * ? On pourroit encore demander au P. André s'il concevoit ce qu'il disoit quand il a écrit dans sa lettre , qu'on peut voir en Dieu les idées (les créatures sans voir la substance divine*? Peut-on voir les créatures dans ces idées sans voir ces idées? Les idées ne sont-elles pas la substance de Dieu même? Peuton voir quelque chose dans ce miroir sans voir ce miroir? Peut-on voir un objet représenté dans un tableau sans voir ce tableau , c'est-à-dire la toile et les couleurs étendues sur la toile? Le P. Malebranche dit quelquefois, pour éluder cette difficulté , qu'en voyant les choses contingentes en Dieu nous ne voyons pas la substance divine en ce qu'elle a d'absolu , mais simplement en tant que relative aux choses contingentes ; est-ce donc qu'on peut voir si clairement une re-

' « Sol ruisonnemenl : Donc l'âiue n'a nulle idée des corps. » Cet arp;unieni n'est pas sol du loul : c'esl celui même d'Arnauld et plus tard relui de lleid.

' < Je n'ai point dil la substance divine, mais l'essence divine, e(e. »

DEUXlkMR PARTIE. — ÎV. cKwîj

lation que In vuo lU* rcllo Hation nous en fasso connoîln» le torino sans rion voir du tout do l'absolu sur lo(juol cotlt» relation est fondoi»? Kn voilà ln)|), quoiijue ce ne soit pas la moilié dea exfravajrances fanatiques ([(l'on |)ourroit rendre ridicules si on en avoit le temi)s. En voilà ce{M*ndant plus (ju'il n'en faut pour faire voir (jue Faydit, cpioique assez peu saj:o lui-mî^me, parloit fort sagement quand il disoit du P. Malcbranche :

Lui <iiii voit tout en Pieu n*v voit pas (|iril o»l fou '.

« .1 4". Il faut enfin venir à siiinlAuj^ustin. Véritablement, on est obligé d'avouer cpi'il a inst'ré dans s(»s ouvrages un |k»u ln)p ' du platonisnuî (pi'il avoit étudié avant sa conversion. Il est vrai même ([ue les savants qui ont fort estimé hî livn^ du P. Ballus y ont trouvé à nîdire (pi'il eilt un pou trop dissimulé le ])Iatonismc do saint Augustin. (r.c[)en(lant il est trèsais(* do faire voir que ce platonisme n'a rien do commun a\ec 1(» fanatisme du P. Malebranclie. Saint Augustin avoit beaucoup lu Plotin et Porphyre, et il a plutôt suivi la manière dont ces deux auteurs ont expliqué ce (juo Platon avoit dit d(s idées que la doctrine do Platon môme.

«15". Preuves convaincantes que le platonisme de saint Augustin est toutdiflërent du fanatisme du P. Malebranclie. — 1". Jusqu'à ce que ce philosophe fût devenu visionnaire, jamais personne n'avoit cru que nos idées fussent distinguées de nos perceptions. Tout le genre humain convenoit de ce qu'on aura appcis au P. André quand il commençoit à étudier en philosophie , que l'idée humaine n'est autre chose

' Ce vers a été souvent attribué à Yollaire, qui n'a fait que lo répandre et le mettre h la mode pour l'avoir souvent entendu répétera ses niaUrot) et à SCS amis de la compagnie de Jésus. Faydit était de Riom en Auvergne. Il était entré dans l'Oratoire en iC6'i, et, d'après Moréri, il fut obligé d'en sortir en iG7i, pour avoir publié un écrit cartésien intitulé : Dr Mente humntm Juxta \tlacita iwatericorum, cl forcé par un ordre du roi, en I70}>, de se retirer dans son pays. (Vêtait un esprit brouillon et inquiet.

dXXViy INTRODUCTION.

que ce qui s'appelle dans les classes : humanœ mentis concepiuSj raprœsentative sumptus ; jamais aucun platonicien, ni saint Augustin dans son platonisme n'en ont pensé ou parlé autrement. C'est donc jiiho vision très-particulière des seuls malebranchistes de distinguer la perception de l'idée , et de dire qu'il n'y a pas d'autre idée présente à notre esprit que celle qu'a Dieu de la chose que nous croyons connoître , mais dont nous ne voyons que la seule idée qui n'est qu'en Dieu et point du tout en nous.

a 2^. Jamais les platoniciens, ni saint Augustin dans son platonisme, n'ont douté que dans nos sensations nous ne sentissions très-immédiatement les objets qui frappent lès organes extérieurs de nos sens. Saint Augustin en ses 'Confessions, liv. X, chap. 40. C'est donc une chimère propre du seul fanatisme introduit par le P; Malebranche, que de prétendre que nous ne sentons et ne voyons point en effet les objets extérieurs qui sont sous nos yeux et en nos mains, mais qu'alors Dieu nous montre seulement les idées de ces objets lesquels ne sont qu'en lui.

« 3®. Saint Augustin a toujours cru avec tous les platoniciens que la connoissance de Dieu naturelle et commune à tout le genre humain n'est point du tout immédiate en soi, et ne s'acquiert que par la connoissance immédiate des créatiire.>. Saint Augustin le dit en tant d'endroits qu'il seroit inutile de les marquer au P. André. Il suffit qu'il lise ces paroles, liv. X, Cohf., chap. 6 : Ilonio interior cognovil hœc (entia crcata) per exferioris ministerium. Ego interior ro- (jnovl hœc : ego , ego animus per sensus corporis moi. Il observe ensuite que les bètes aussi bien que les "hommes voient la beauté du monde corporel ; mais qu'étant sans raison, cette vue (le la cn»ature ne les peut conduire à la connoissance du créateur; puis il ajoute : Homines uutem possunt inierrogare %it invisihiUa Dei per ea quœ facta sunt iniollecla consiiiciantur. On voit combien saint Augustin étoil éloigné de la fanatique opinion du P. Malebranche, qui prétend que

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