DEUXIÈME PARTIE. — IV. clxxix
lions voyons imnii'diatcmont en Dieu seul tout ce que nous pouvons connoitre de In nature divine. On ne nie pas néanmoins (jue Plotin (»t Porpliyre n aient prétendu que Tàme, purifiée d'urie manière particulière, ne pût parvenir à une autre connoissance spéciale des choses divines , et que saint Augustin n*ait embrassé co sentiment en tâchant de christiuniser ce qu* il a d'impie. On en parlera tout à Fheure, et l'on fora voir combien ce platonisme est éloigné du malebranchisme. On se contente de remarquer ici que ces platoniciens, et saint Augustin après eux, n ont point du tout cru ({uo cette connoissance particulière des choses divines fût naturelle à l'homme ; selon Porphyre, on n'y parvcnoit qu'en so purifiant par la thénrgio, et, selon saint Augustin, qu'avec la perfection consommée de la charité.
a t**. Pour bien expli(iucr ce ([uo saint Augustin a dit do cette connoissance» spéciale des choses divines, et en particulier de la connoissance des itlées divines , il faut commencer par'oler une é(iuivoiiue ([ui a tit)mpé le P. André, et qui l'a empêché (renlendrc ce (juc signifioient les paroles tirées dd la question. i6, liv. des 83 (jueslions. Les idées divines, scion les platoniciens et selon saint Augustin , ne sont idées ou connoissances qu'à l'égard de Dieu seul ; elles sont objet à regard de Tame purifiée qui les voit en Dieu, et ello ne les \yc\it voir qu'en formant en soi une idée humaine do ces idées divinesj comme elle en forme de tous les autres objets qu'elle Connoit. Ainsi saint Augustin platonicien ne tombe point dans le fanatisme des malebranchistes, qui supposent que ridée divine est immédiatenvsnt appliquée à notre âme, toutes les fois (lu'ello croit connoîtro quelque objet que ce soit , quoi([u'elle ne voie en effet que l'idée divine , et cela sans agir et sans former aucune idée humaine.
« 5^. Saint Augustin platonicien n'a pas du tout cru que les connoissances qu'a Thomme des choses qui sont hors de son âme , soient une Vue immédiate de Tidée divine représentative de ces choses. Bien loin de cela : dans lo pas-
CIXXX INTRODUCTION.
sage même que cite le P. André , saint Augustin dit expressément, et qu'on ne connoît ces idées que par la pure raison, et que toute âme raisonnable ne les connoît pas , cette connoissance ne s'accordant qu'aux âmes saintes et pures : ii7 ea quidem raiionalis anima , non omnis et quœlihet,m sed quœ sancta et pur à fuerit, hœc asseritur illi tnsioni esse idunea. Dans les autres ouvrages indiqués par le P. André, saint Augustin assuçe qu'il faut avoir atteint la perfection de la charité pour parvenir à cette connoissance des idées divines; quoiqu'il ne parle pas expressément de ces idées dans le premier livre de ses Soliloques, il est cependant certain , ou qu'en écrivant ce livre il avoit renoncé à son platonisme, ce que le P. André ne croira pas et ce qui n'est pas en effet croyable , ou qu'il prétendoit renfermer la vue des idées. 'divines dans la plus parfaite connoissance de Dieu et des choses divines que Thomme puisse avoir en cettle vie. C'est de cette parfaite connoissance dont il parle ; il explique par quel moyen on y peut arriver ; il prouve expressément qu'on n'y arrive point sans avoir la foi , l'espérance et la charité. 11 en apporte la raison, chap. 6, et conclut : Siiie tribus istis igitur anima nulla sanatar, ut lH)ssit Deum suum videre id est intelligere. Ce platonisme de saint Augustin est extraordinaire à la vérité; mais quel rapport a-t-il au malebrancViisme ?
« 6°. Non-seulement il est impossible de prouver que saint Augustin ait cru que la connoissance des idées divines qu'il accordoit aux seules àmespui^s, saintes et consommées dans la charité filt naturelle ; mais encore il est probable et presque certain qu'il la croyoit Surnaturelle puisqu'il cxigeoit toutes les vertus surnaturelles comme absolument nécessaires pour parvenir à cette connoissance. Cola étant , que peut conclure le P. André de ce platonisme en faveur du fanatisme du P. Malebranche?
« 7". Jamais saint Augustin n'a clairement expliqué comment les saints et les parfaits pouvoicnt connoître les idées