‹ Œuvres philosophiques du père AndréChapitre 71 sur 136 · DEUXIÈME PARTIE. ~ IV. dxXXJ · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. ~ IV. dxXXJ

divines, et sur ce qu'il en a dit il n'est pas possible de démontrer qu'il ait prétendu que la vue des idées divines fût immédiate. Il est au moins très-certain qu'il ne la croyoit pas immédiate au sens du P. Malebranche et qu'il a toujours cru que les saints et les parfaits no pouvoicnt voir les idées divines qu'en formant une idiH) humaine, tout comme dans toute sorte d'autres connoissances soit naturelles suit surnaturelles ; et cela soûl suffit pour distinguer son platonisme du malebranchismc. De savoir bien s'il a du moins prétendu que cette vue dos idées divines fût aussi immédiate que celle que nous avons des objets corporels qui sont devant nos yeux , c'est une chose assez difficile.

« Sur ce que j'avois cité dans ma lettre ces paroles de saint Augustin : nuUa interposiia natura, sans marquer l'endroit , il ajoute : Tout ce qu'on peut dire au P. André, c'est qu'on no se souvient point d'avoir mi d'autre endroit dans les ouvrages de saint Augustin qui aient nipport aux trois mots cités que ce que je lis un peu avant la fin du livre : De vera Religwne, où il y a creatura et non pas natura, « Religet erp:o nos reli- « gio uni omnipotenti Deo : quia inter mentem nostram, qua « illum intelligimus palrem , et veritatem id est lucem intetf riorem, per quam illum intelligimus, nulla interposita crea- « tura est. » Ce passage ne peut servir en aucune manière au P. André pour prouver la chose dont il s'agit. Car, soit que par la vérité on entende le Verbe divin qui nous éclaire intérieurement par les grâces qu'il nous a mérit(»os s'étant fait chair et qu'il nous donne comme Dieu, ce qui est plus conforme aux paroles qui suivent , soit qu'on entende la vérité que Dieu répand dans notre esprit pour nous faire connoitre et embrasser la véritable religion ; il est toujours également vrai qu'entre Dieu et celte vérité , il n'y a point de créatures interposées où la religion doive nous faire attacher, et qu'ainsi elle ne doit nous faire attacher qu'à Dieu seul ; et c'est cela seul que veut exprimer saint Augustin en cet endroit.

« Ces paroles no pourroiout donc emi>écher qu'on ne conjcc

DEUXIÈME PABTIE. — TV. clxxxiïj

Que ctiia snit vrai ou qu'il ne lu suit pa.t, le« malcbranchisl D'eu sauroient rien mndure à leur avanlage. pui^u'3 | 8'agil. d'un (ion surnalurel.

0 8°. Leâ platonicien:» dont eainl Augustin a suivi et voula christianiser la doclrino, no reconnoissoient de ces eortu d'idées divines que pour les viïrib^ générales et immuables, et pour les genres et les espèces des êtres , sans en reconnoltre pour les individus particuliers. Non-seulement saint Augustin n'a rien dit qui prouvi; qu'il ail vu sur cela d'autre» sentiments que ces platoniciens, tnuiB le nom même de formai }trinoij)ales, qu'il donne après eux à ces idées, semble t marquer qu'U a suivi là— dessus leurs opinions. De k plus, ceux des platoniciens qui prélendoient que les âmes des s étant puriliéos pouvnient parvenir jusqu'à voir lus Udée^ divines, croyoient en même temps que ces Ames voyaient IdTabord ces idées divint^ comme uliji-ts, avant d'y voir les f choses dont elles sont les idêen : de In même uinniêre, il f feut d'aliord voir un tnblenu avant d'y voir l'objol que ce i tableau représente; ot il mi onuoro certuin quo saint Augusf (in n'a rien ttiijJltii' l'on |iuiMe rontilnru qu'il se soit départi

Ckxxij INTRODUCTION.

turât que quand saint Augustin a dit que les saints et les parfaits pouvoient arriver à la connoissance des idées divines , il n'a pas prétendu qu'ils eussent une vue immédiate de ces idées, mais qu'ils pouvoient, par une suite de raisonnements, parvenir à les connoitre. Peut-être même pourroit-on confirmer cette conjecture par les raisonnements que fait saint Augustin, L%de Lib, arbit., et dire qu'il n'attribuoit aux saints que la même connoissance des idées divines qu'il croyoit qu'on en pouvoit avoir par ces raisonnements. Quoique ce soit peut-être là le meilleur sens qu'on peut donner au platonisme de saint Augustin , celui qui a dressé cet écrit avoue néanmoins de bonne foi qu'il ne trouve pas dans saint Augustin de quoi prouver assez solidement la vérité de cette conjecture. U est même persuadé que saint Augustin a parlé en platonicien du plus sublime don de contemplation qui ne s'accorde qu'aux saints les plus parfaits , et qui va jusqu'à leur faire voir les idées divines. Saint Augustin a voulu christianiser le platonisme de Porphyre et substituer la purification de l'âme la plus chrétienne au lieu de la théurgie abominable de Porphyre. Ce philosophe et beaucoup d'autres platoniciens adonnés à la magie disoient que pour parvenir à la connoissance des choses divines , il failoit purifier l'âme par la théurgie afin qu'elle pût voir les dieux inférieurs , de la connoissance desquels elle montoit à celle du Dieu supérieur en qui elle voyoit les idées des choses. Saint Augustin n'avoit garde d'approuver cette détestable purification; il inventa un moyen bien plus sain de purifier l'âme ; il n'en trouva point d'autre dans la religion chrétienne que la perfection des vertus surnaturelles. Tous les chrétiens convenoient qu'en cela consiste la vraie purification de nos âmes. Ce que saint Augustin y ajouta, tiré du platonisme qu'il avoit appris avant sa conversion , c'est qu'il prétendoit que le don de contemplation , que Dieu n'accorde qu'aux grands saints, pouvoit aller jusqu'à leur faire voir les idées divines sans que néanmoins il ait jamais expliqué comment il les voyoit.

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