‹ Œuvres philosophiques du père AndréChapitre 72 sur 136 · DEUXIÈME PARTIE. — lY. ctxxxiij · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. — lY. ctxxxiij

Que cela soit vrai ou qu'il ne le soit pas, les malebranchistes n*en sauroient rien conclure à leur avantage, puisqu'il s'agit d'un don surnaturel.

« 8^. Les platoniciens dont saint Augustin a suivi et voulu christianiser la doctrine, ne reconnoissoient de ces sortes d'idées divines que pour les vérités générales et immuables, et pour les genres et les espèces des êtres , sans en reconnottre pour les individus particuliers. Non-seulement saint Augustin n'a rien dit qui prouve qu'il ait eu sur cela d'autres sentiments que ces platoniciens, mais le nom même de formœ principales, qu'il donne après eux à ces idées, semble assez marquer qu'il a suivi là -dessus leurs opinions. De plus, ceux des platoniciens qui prétendoient que les âmes des hommes étant purifiées pouvoient parvenir jusqu'à voir les idées divines, croyoient en même temps que ces âmes voyoient d'abord ces idées divines comme objets , avant d'y voir les choses dont elles sont les idées : de la même manière , il faut d'abord voir un tableau avant d'y voir l'objet que ce tableau représente; et il est encore certain que saint Augustin n'a rien dit d'où l'on puisse conclure qu'il se soit départi de ce sentiment. Il a dit, à la vérité, que l'âme peut monter à un tel degré de charité et de perfection , qu'elle arrive jusqu'à voir les vérités nécessaires et immuables dans les idées divines. Mais il faut ou attribuer à saint Augustin une absurdité dont il n'étoit pas capable, ou convenir de deux choses : i". qu'il a cru que ces âmes saintes voient d'abord ces idées divines comme objets avant de voir les vérités nécessaires et immuables dans ces idées ; 2®. qu'il n'a fait consister le privilège particulier de ces âmes saintes et pures que dans la vue des idées divines comme objet, et nullement dans la connoissance qu'elles avoient des vérités nécessaires et immuables en les voyant dans ces idées divines. En voici la preuve. Il arrive tous les jours-, et il est arrivé de tout temps, que les plus habiles gens dans les sciences ne sont pas les plus saints , et que les âmes les plus pures selon Dieu ne sont

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pas œlles qui soient le plus versi^es dans la géométrie , dans la science des nomlwes et dans toutes les autres parties évidentes et certaines des mathématiques. L'impie Hobbes et Tathée Spinosa ont plus su de géométrie qu'aucun des saints dont il soit fait mention dans le Martyrologe. Souvent donc les impies connoissent plus clairement les vérités éternelles et immuables , et ils en connoissent en plus grand nombre que les saints consommés dans la perfection de la charité. Ce seroit donc faire tort à saint Augustin que de croire que , contre toute l'expérience du genre humain , il eût attribué aux seules âmes pures et saintes le privilège de mieux connoitre les vérités nécessaires et immuables, que ne les peuvent connoître les impies qui joignent une grande étude à beaucoup d'esprit. Il faut donc conclure que le privilège accordé par saint Augustin aux seules âmes pures et saintes de voir les vérités nécessaires et immuables dans les idées divines , ne consiste pas, selon lui, à connoître mieux les vérités que ne les connoissent les autres hommes, mais simplement à les voir dans les idées divines, en voyant d'abord ces idées comme objets : chose que. saint Augustin a cru singulière à l'égard des grands saints.

« 9". Enfin saint Augustin n'a point tiré ce platonisme de l'Écriture ni de la tradition , mais de Plotin et de Porphyre, qui sont d'assez mauvaises sources. Ainsi , pour juger de la créance que mérite saint Augustin en ce qu'il dit de la vue des idées divines, il faut examiner ce platonisme en luimême ; en le considérant sur ce pied-là , on ne fera point de difficulté qu'il paroît beaucoup plus aisé à réfuter qu'à établir. Aussi , pas un des Pères du temps de saint Augustin , ni des siècles suivants, n'a été là-dessus de son sentiment. Entre ceux qui l'ont précédé , le seul Eusèbe a cru qu'on pouvoit donner un bon sens à ce que Platon avoit dit des idées; mais Eusèbe n'a point cru qu'on les pût voir. Tous les anciens Pères ont méprisé et rejeté ce platonisme.

« En finissant ce long article, on est obligé d'avertir le

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P. Amli^ qu'on lo croit obligé en conscience à réparer le scandale qu'il n donné et dedans et dehors par son entête* ment pour le dangereux fanatisme qu'on vient de réfuter , et qu'il n'y a pas de meilleur moyen pour ré|>arer ce scandale, que de dicter ce qu'on lui a maniué là-dessus dans récrit latin.

« De la clarté et do Tobscurité de nos idées.

« 46*. Ou le P.André se contredit dans cet article, en écrivant qu'il ne lui fait pas de peine, ou en disant cela il abjure le malebrunchisme. L'écrit latin ne lui fait pas simplement dire que quelques-unes de nos perceptions sont obscures, et qu'ainsi il y a des choses que nous ne connoissons qu'obscurément; cet écrit porte que souvent les idées qui représentent les choses que nous connoissons sont obscures en elles-mêmes. Or, si ces idées no sont rien que des idées divines, comme le P. Malebranche le veut, elles sont toujours infiniment claires en elles-mêmes et absolument incapables d'obscurité; dans la vérité, cet article n'est qu'une suite du précédent. On veut que le P. André ne reconnoisse plus d'autres idées qui se présentent à noire esprit que celles qu'il forme. II en forme de tous les termes des propositions qu'il juge être vraies. Nous ne pouvons donc croire les mystères obscurs de notre religion , comme la Trinité et l'Incarnation , sans en former quelque idée. Elle ne peut être claire , puisqu'à notre égard ces mystères sont très-obscurs : donc on ne peut se départir du malebranchisme , sans reconnoître que plusieurs de nos idées sont obscures en ellesmêmes.

u De TacUon de Tâme et des autres esprits créés sur les corps.

(( 17®. On est ravi de trouver le P. André orthodoxe en cette matière. S'il se fût trouvé malebranchiste , on lui eût aisément démontré qu'il faut avoir des sentiments pires que ceux

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de Luther et de Calvin pour soutenir que notre âme ne se modifie pas physiquement elle-même , quand elle exerce sa liberté en se déterminant à un parti préférablement à l'autre. Au reste , le P. André ayant une fois reconnu que notre âme est quelquefois une véritable cause physique , de quelquesunes de ses modifications, il pourra très-aisément passer des actes de la volonté à ceux de l'entendement , et croire que nous agissons aussi réellement à Tégard de nos perceptions qu'à l'égard de nos volitions libres , quoique d'une manière différente. Ce qu'on lui a dit ci-dessus de la Clémentine : ad nosirum de hereticis, servira beaucoup à lui faire connoître la vérité sur cette matière, puisqu'il est certain que le sentiment de l'Église, exprimé dans cette Clémentine, suppose que la vision qu'ont les bienheureux de l'essence divine est une véritable action de l'entendement, mais laquelle il ne peut produire sans être élevé par le secours de la lumière de gloire. Cependant on a cru devoir donner du temps au P. André pour le détromper tout à fait pour ce qui regarde les actions de l'entendement ; et dans l'écrit latin qu'on lui envoie, le profiteor me verà credere ne tombe plus que sur les actions libres de la volonté.

« i 8®. Quant au mouvement local que l'âme produit dans le corps qu'elle anime et que les anges peuvent produire dans le monde corporel , on ne prétend rien exiger du P. André , sinon qu'il enseigne ce que porte l'écrit latin conformément à VElenchus de la compagnie. On n'a jamais songé à exiger une créance intérieure là-dessus, et celui qui a dressé l'écrit pourroit moins songer à cela (fie tout autre , lui qui , après avoir bien philosophe quand il s'appliquoit à ces sortes d'études *, ne trouva jamais d'opinion qui lui parût plus pro-

* Ce passage prouve que l'auteur de celte pièce ne s'occupait plus publiquemenl et oQicielIcment de philosophie. Cela exclut Tournemine, Daniel et Buffier, et doit faire mettre à leur place quelque ancien professeur de philosophie, sorti de l'enseignement et passé dans l'administra- Mon ; par exemple, le P. Frogerais ou le P. Catalan, qui, selon M. de '^••ens, avaient converti Dulertre. Voyez p. cxxij.

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baUe sur la nature du mouxTinent local que celle qui ne dîMingue |H>int do la ronj^ervation des œrpsfii leur re|Ki$ ni leur mouvement ; maisalois cette opinion nVtoit point encore défendue dans la compagnie. Sur les deux propositions avancées par le P. Andn\ 4*. que la béatitude formelle consiste dans une passion de Tàme très-agréable, et non pas dans une action proprement dite ; i*. que la béatitude de Tétat de pure nature consisferoit en une es|XHy de vision intuitive de resaence divine, etc., on n*a fait aucun changement dan.^ récrit latin sur la rétractation de cette proposition , sinon que le profiteor me lYra crederf ne tombe plus sur cette rétractation. »

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