V. André à Aleocon, de I7i3 à I7il
André, pour en finir avec, toutes ces tracasseries, con* sentit à signer et à dicter dans sa classe le formulaire latin qn*on lui avait adressé. Il s*excuse de cette faiblesse, le 15 avril 1713, dans la lettre à Malebranche, que nous avons publiée *, Mais ce qu'il plait à son humilité d'appeler de la faiblesse , parut à ses supérieurs une résistance coupable. On lui ôta sa chaire de philosophie, et, sur la fin de Tannée 1713, il fut envoyé de Rouen à Alcnçon et confiné dans un emploi entièrement étranger à la philosophie et même à l'enseignement. Il y demeura jusqu'à l'année 1 7 1 8. Pendant ce temps notre permière correspondance nous le peint toujours dévoué au cartésianisme et à la doctrine de Malebranche, la cultivant en secret, la propageant même, rassemblant des matériaux pour écrire la vie de son illustre maître, et rendant compte de la suite et du progrès de son travail à ses deux amis, M. Larchevêquc et M. l'abbé de Marbeuf. Nous possédons et nous trans-
• Voyez p. ex.
ClxXXVÎîj INTRODTTCTION.
criYons ici la lettre suivante, écrite à Malebranche quelques mois avant sa inort :
A MON RÉVÉRE.ND PÈRE LE TRÈS-RÉVÉREND P. MALEBRANCHE, PRÊTRE DE l'oratoire, RUE SAINT-HONORÉ, A PARIS *,
«Mon très- révérend père, « Je ne sçai si vous avez appris la funeste mort de Fimprimeur du P. Dutertre. Il s'est jeté dans un puits, la tète la première. Cet épisode tragique recule un peu la comédie que l'on prépare au public. Je voudrois bien disposer ici quelques personnes à bien juger des coups. Nous avons surtout un trésorier de France , homme d'esprit et de sens, fort capable d'entendre ces matières. Ce seroit pour la vérité une conquête qui en entraîneroit bien d'autres. Si j'avois ou la Recherche de la Vérité ou vos Entretiens sur la Métaphysique pour le mettre en goût , la conversation feroit le reste infailliblement ; mais nous n'avons rien ici ; votre philosophie n'y a point encore pénétré. Elle se maintient, en récompense , dans la petite ville de la Flèche , sans que la pédanterie de notre lycée lui fasse aucun tort. Deux dames philosophes y font plus de bruit que tous nos sçavants. Je ne puis m' empêcher de vous écrire ce que me mande une d'entre elles. Cela doit vous faire plaisir. Après quelque préambule , « Vous saurez , dit-elle , que ma bonne amie et moi , « nous avons chacune deux fils , mais que cette famille et aune plus nombreuse ne nous fera jamais oublier la re- « cherche do la vérité, dans laquelle nous professons vivre et
«mourir; voilà notre confession de foi, et d'être » Ne
tàont'CA*. point-là duH Ik'toïuos, mon révérend père ? Du moins puis-J(î vouK HHKuror i\\w ce sont deux dames fort pieuses et fort chr(''ti(Mino8, et que vos ouvrages ont bien servi à les tirer do In l)ap;atello où le sexe est ordinairement plongé. Mais c(î (jni m'en plaît davantage, après la piété (cela s'en-
' Manuscrit de Lille.