DEUXIEME PARTIE. — VU. CfXXV
procurent, les éclairant par ses conseils , leur indiquant les meilleures sources, les exhortant surtout à étudier la langii^ grecque , qu'il possédoit parfaitement. Il me semble que je le vois encore , plein de feu , do sagacité , de raidon , de sagesse, de christianisme, d'un caractère é^al , d'une humeur enjouée , d'une conversation aij;réable , l'honneur, l'exemple, Tami de tous ses confrères. ...»
Voilà rbommc que les jésuites , dans les cinquante der* iiières années de leur puissance , ne cessèrent de persécuter , d*abord comme cartésien, ensuite comme janséniste. Il est démontré que l'accusation de jansénisme ne pouvait s'appliquer à André. Lui-même déclare catégoriquement qu'il rejette la doctrine de reflicacité absolue de la grâce, agissant dans l'homme par une action souveraine, morale ou physique, qui ôtc aux actions vertueuses leur mérite et le renvoie tout entier à Dieu; doctrine fausse en elle-même, et qui dans la pratique eût pu porter de funestes conséquences si , dans ces grandes umes de Port- Royal , elle n'eût été contenue par l'austérité du stoïcisme chrétien. Non , ce n'était pas cette doctrine qu'on poursuivait dans André, car il la repoussait et il la combattait lui-même ; ce qu'on poursuivait en lui, c'était, nous l'avons vu , sa modération , cette tnodération du véritable sage qui , sans chanceler sur la doctrine , incline à l'indulgence envers les personnes, et quelles personnes, je vous prie : un Pascal , un Arnauld, leurs admirables sœurs Angélique et Jacqueline, les Cornélies du christianisme, SaCy, Nicole, Duguet , Rollin , et cet homme qui perdit dans des querelles aujourd'hui oubliées, une forcé d'esprit et de caractère presque égale à celle d'Arnauld , qui fut seulement uu sectaire intrépide , et qui eût pu devenir nn grand
CCXXVJ INTRODUCTION.
penseur et un écrivain éminent, je veux dire Antoine Quesnel ! André avait dit qu*il valait mieux réfuter Quesnel que de le proscrire : voilà quel fut un de ses crimes aux yeux deTimpitoyable société. Quelque temps après, les rôles changent , et les persécuteurs sont persécutés a leur tour.- Qui doute aujourd'hui qu'indépendamment de leurs doctrines générales, trouvées, à tort ou à raison , incompatiblesavec les libertés des peuples et la sûreté des gouvernements, ce qui concourut puissamment à perdre les jésuites fut le souvenir encore tout vivant de la longue et obstinée persécution qu'ils avaient exercée sur les hommes les plus illustres de la nation, pendant la vieillesse de Louis XIV, surtout à l'aide du dernier et implacable confesseur du grand roi affaibli , le P. Michel Letellier ?
Encore le jansénisme n'était qu'un parti où abondait l'erreur à côté de la vertu et du génie ; mais le cartésianisme, .c'était tout le xvii* siècle dans ce qu'il avait de plus original et de plus grand; c'étaient à la fois les sciences, les lettres , la philosophie, le christianisme, dans leur plu*) admirable harmonie ; c'était une école immense, essentiellement française et devenue promptement européenne, où les esprits les plus différents venaient puiser des inspirations communes, où se reticontraient Port-Royal et l'Oratoire, l'ordre antique de Saint-Benoît et la jeune congrégation de Saint-Sulpice , la Magistrature, l'Université, l'Église î. Là toutes les pensées se vivifiaient à un foyer commun , et en même temps eUes s'éclairaient et se corrigeaient l'une l'autre. Descartes pose les fondements, à sa-
' Pour la justification détaillée de. ces assertions, voyez 1*>. nos articles du Journal des Savants, 1842, février, mars, avril et mai, sur les manuscrits du Bénédictin D. Robert des Gabets; 2*. la préface dex PcTisées de Pascal, i9i3.