‹ Œuvres philosophiques du Père BuffierChapitre 121 sur 174 · L’application de tout ceci est naturelle à notre sujet · texte numérisé non relu

L’application de tout ceci est naturelle à notre sujet

Nous ne connaissons point la constitution intime de notre esprit, autant qu’elle peut en soi être connue, et autant que Dieu la connaît; mais nous la connaissons autant que nous pouvons la connaître et que le comporte la nature de l’esprit humain. Ainsi nous n’en voyons pas moins (autant quo des hommes peuvent le voir), pour l’usage et la conduite de la vie, sa différence d’avec les corps, et que l’un n’a rien de semblable à l’autre.- ,

406. D’ailleurs, de prétendre conclure encore. que l’Ame est corporelle , parce que nous ne voyons pas intuitivement si nos pensées ne résultent point d’une combinaison de corpuscules imperceptibles , c’est comme si l’on prétendait conclure que le corps est spirituel , parce que nous ne voyons pas évidemment si ce n’est point quelque pensée qui constitue la mobilité, l’impénétrabilité et l’étendue; modiffea-. tions qui nous paraissent essentielles au corps et A la matière. Dans quelle chimère ne donnerons-nous pas, lorsque nous voudrorts tirer une conclusion d’un principe où nous ne voyons goutte? C’est la méthode de quelques philosophes de ce temps; mais 6’ est la pratique la plus frivole où puissent donner des hommes qui font usage de leur raison. Ce que nous ne voyons point est, par rapport à notre connaissance < cOmme s’il n'était point : riousme pouvons en raisonner, n’ayant rien à eu penser ni a én conclure. Contenons

notre raison dans ses bornes; car au delà ce n'est plus que visions et obscurités.

4U7. De plus, lorsqu'on s’imagine que la pensée de ceux qui ont tenu l aine corporelle n’étaient pas sans vraisemblance, son opération étant corporelle, il faut examiner ce qu’on entend par ces mots : L'opération de notre âme est cor porelle. Est-ce à dire que notre àme n’opère qu'aillant que notre corps se trouve en certaine disposition, par le rapport mutuel et la connexion réciproque qui est entre notre àme et notre corps? La chose est indubitable, et l’expérience en est journalière. Mais si l'Aine ne peut agir sans le corps, le corps réciproquement ne saurait agir sans Pâme ; or cette dépendance où le corps est de Pâme, ne faisant pas dire que le corps est spirituel , la dépendance où Pâme est du corps, ne doit pas faire dire que l’âme est corporelle. Ces deux parties de l'homme ont dans leurs opérations une connexion intime;, mais leur connexion ne fait pas que l’une soit l'autre.

408. Au reste , si l’on me demande en quoi consiste cette connexion si étonnante , je n'en sais rien , et je ne puis y pénétrer. Ceux qui ont entrepris de le faire ont montré quelquefois de l’esprit, sans rien dire de solide sur ce |>oint. Il est bien des gens de ce goùt-là; ce n'est pas celui d'un vrai philosophe; car, accoutumant l’esprit à se nourrir d’idées vaines, il fait perdre le goût des idées judicieuses, et eon- Jbnd bientôt les unes avec les autres.

409. Quoi qu’il en soit, puisque la connexion qui est entre notre àme et notre corps ne rend pas notre corps spirituel, il ne doit pas nous être moins certain que cette connexion ne rend pas notre àme corporelle ; quand même nous Saurions pas les autres preuves que la' religion et la raison nous fournissent sur cet article. Cependant , malgré cette connexion incompréhensible, nous apercevons clairement que l’àme n’est point le corps, comme le feu n’èst point l’eau; que toutes les propriétés expérimentales de l'une

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no sont nullement les propriétés de l'autre; que nous en avons deux idées aussi différentes et aussi distinctes pour le moins, que de quelque autre objet que ce soit où nous puissions découvrir une différence manifeste; enlin, que n’ayant pas plus lieu de soupçonner la pensée une modification du corps, que ï étendue une modification de la pensée, nous ne jiouvons raisonnablement nier que le corps et l'esprit ne soient deux substances différentes.

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