‹ Œuvres philosophiques du Père BuffierChapitre 128 sur 174 · TROISIÈME PARTIE. — CH AP. IV · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. — CH AP. IV

vants, où l’on se dirait d’un côt j : II est bon de gagner le ciel; or, pour gagner le ciel, il ne faut pas suivre mon ressentiment; donc il est bon de m’abstenir de le suivre; puis,' d’un autre côté : Il est bon et agréable de suivre actuellement mon inclination; or, elle me porte à suivre mon ressentiment ; donc il est bon de ne m’abstenir pas de le suivre. Entre ces deux bons ou biens, disent les philosophes, la volonté exerce sa liberté, s'attachant à la sorte de bonté qu’il lui plait au moment qu’elle se détermine.

423. Mais voici une nouvelle difficulté. Comme la volonté ne peut se porter qu’à ce qui est bon , et non à ce qui est mauvais, elle ne peut se porter qu’à ce qui est meilleur, et non à ce qui est moins bon; le moins bon par rapport au meilleur étant véritablement mau vais. Par là , dans la néces. sité de choisir une grande ou une moindre douleur, la moindre est un bien et la grande est un mal. Ür, l’entendement, dans nos délibérations, représente (comme on le suppose) ce qui est le meilleur; donc la volonté ne peut pas ne s’y point conformer.

424. Ainsi, dit-on, un homme sage et de condition, à qui la pensée vient de faire le baladin en public pour se divertir, peut faire ces deux jugements pratiques : Il est bon de me réjouir ï imagination; or, de faire, le baladin en public me réjouira l’imagination , donc il est bon de le faire; d’un autre côté : Il est bon de, ménager sa réputation ; or, je la ménagerai si je m'abstiens de faire le baladin , donc il est bon de m’en abstenir. Dans ces deux sortes de bontés, l’entendement, apercevant le meilleiy d’un côté , qui est de s'abstenir de faire le baladin, il est impossible, dit-on, qu’il ne s’en abstienno pas, et par conséquent cet homme sage n’est pas libre, lorsque tout le monde suppose qu’il l’est en effet.

425. A ces difficultés , plusieurs répondent que l’entendement, à la vérité, représente nécessairement l’objet qu'il considère; mais qu’il dépend de la volonté de l’appliquer à un objet plutôt qu’à un autre, ou du moins de l’empècher de

s’y appliquer; de cette sorte, disent-ils. la volonté est toujours maîtresse. Bien qu'elle ne puisse agir contre la lumière de l’entendement, il ne tient pourtant qu'à elle de l’ empêcher d’avoir cette lumière, le détournant de penser à certaine vérité.

426. Cette réponse ne fait que reculer la difficulté sans la résoudre; car enfin, si la volonté se détermine à détourner l’entendement de considérer une vérité , il faut que quelque lumière de l’entendement ait montré à la volonté que le meilleur est de détourner la pensée de cettè vérité-là. D'ailleurs, la volonté ne pouvant s’abstenir de suivre le meilleur qui lui est montré par l’entendement, il se trouvera ainsi qu’elle s’est déterminée, par nécessité, à détourner la pensée de la vérité en question.

Ces difficultés font craindre que divers philosophes, à force de vouloir expliquer la nature de la liberté et de la volonté, ne fassent que l’obscurcir par leur explication même.

427. Ils supposent donc qu’il appartient à l’entendement de montrer à la volonté le meilleur, avant la détermination de la volonté; mais le meilleur très-souvent, dans le point dont il s’agit, n’est tel que par la disposition même de la volonté, laquelle fait le meilleur purement à son gré, par la détermination qu’elle prend d’elle-mèine.

428. Il est vrai que quand la volonté se détermine, l’entendement, de son côté, juge au même temps que tel est le meilleur actuellement ; mais, sans qu’il ait précédé la volonté, si ce, n’est pour lui découvrir ce qu’est l’objet en soi dans sa nature réelle , indépendamment de notre entendement ou de notre volonté , ou des impressions que nous en pouvons prendre. Si l’on prétend que sous divers regards l’entendement représente un meilleur de chaque côté , il est toujours vrai que la volonté choisit un côté plutôt que l’autre, et par conséquent un meilleur préférablement à un autre meilleur. Alors celui auquel elle se détermine devient, par rapport à son choix , et actuellement , le meilleur almAu

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