CHAPITRE VI IT
Ce qu’on peut dire d'intelligible sur les idées.
452. Les idées ne sont que de pures modifications de notre âme , en tant qu’elle pense 1 ; elles sont idées par rapport â l’objet représenté par elles intérieurement à notre âme , et perception par rapport à l’âme qui en reçoit l’impression , et qui distingue clairement une perception d’avec l’autre. Il est manifeste que nos idées, prises en ce sens-là, ne sont pas plus distinguées de notre entendement que le mouvement l’est du corps remué.
453. C’est notre esprit, dit-on , qui reçoit les idées. Or, la faculté qui reçoit ne diffère-t-elle pas de l’idée qui est reçue? A quoi on répond que l’esprit qui reçoit une idée ne diffère de l’idée reçue que connue une boule qui reçoit du mouvement diffère du mouvement même qui y est reçu.
454. M. Le Clerc propose uno autre objection. Si nos idées, dit-il, n’étaient que la perception de notre âme, nous ne distinguerions pas la perception d’une sensation qui est uniquement en nous, comme la douleur qui y est causée par
1 T.a plupart des philosophes scholastiques, et les philosophes cartésiens eux-mémes, avaient considéré l'idée comme quelque chose d'intermédiaire entre l'esprit qui connait et l’objet qui est connu. Locke était tombé dans la même erreur. Reid s'attribue comme son principal mérite d’avoir réfuté eette théorie et d’avoir établi que l’idée n’est pas quelque chose de distinct de l'esprit qui connait. Le P. Huilier, qui définit les idées de simples modifications de l’esprit, avait déjà eu ce mérite. Comment se fait-il donc que Reid ne le cite pas avec Arnaud parmi les philosophes qui ont attaqué avant lui la légitimité de ce qu’il appelle la théorie des idées ?
unr épingle, <] avec<4n perception d’un objet qui est uniquenient hors de nous, comme la perception de l’épingle même, laquelle n est point dans nous. Je ne conçois pas trop ce qu entend M. Le Clerc par la perception de l’épingle ; lame perçoit 1 idee de l’épingle, et non pas l’épingle même. Du r«*sle, quelle peine y a-t-il a concevoir que parmi nos perceptions, les unes nous font sentir ce qui est uniquement dans nous , et les autres ce qui est hors de nous? Les unes i't les autres en seront-elles pjus ou moins des modifications de notre âme? Ce seront , si vous voulez, différentes déterminations d’idées ou de perceptions dans notre âme, comme il se trouve dans la matière diverses déterminations de mou- \ ornent , cest-a-dire diverses sortes de modifications. Nous parlerons ailleurs de la clarté ou des obscurités des idées *.