‹ Œuvres philosophiques du Père BuffierChapitre 136 sur 174 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

De l’origine, de la durée et de l'immortalité de notre âme.

fî>.>. La philosophie seule ne nous apprend rien ( parlant <i la rigueur) de 1 origine de notre âme. Elle découvre seulement qu'en épuisant toute l’étendue de ses lumières elle n aperçoit aucun rapport nécessaire entre une substance spirituelle et une substance matérielle ; ainsi elle ne peut apercevoir que 1 âme tire en rien son origine de la matière ou du corps.

iô6. Nous ne voyons pas davantage comment une âme produirait une autre âme; ainsi rien n’est plus plausible sur et sujet que de dire que notre âme tire son origine de Dieu. Ce que la foi nous enseigne là-dessus soutient extrêmement les forces de la raison et les arguments de la philosophie.

Iô7. Mais (pie répondre, sans les lumières de la foi, à un

1 Voyez la noie (1);, à la (in de la Vr parlie.

TROISIEME PARUE. — CtlAP. IX.

opiniâtre qui voudrait soutenir que , comme il se trouve un rapport d'opération entre le corps et l’âme sans que je le comprenne, il n’est pas impossible aussi qu'il se trouve entre le corps et l’âme un rapport de production, quoique je n'y comprenne rien? Il faut lui répondre que l’expérience me convainc du rapport d’opération entre l’âme et le corps, sans que j’aie nulle- expérience et nulle idée d’aucun rapport de production entre l’un et l’autre. Quoi qu’il en soit , sans connaître naturellement comment notre âme est produite, nous avons des preuves qui emportent la conviction touchant la spiritualité et l'immortalité de notre âme.

158. Nous ne connaissons de destruction que par l'altération ou la séparation des parties d'un tout; or, nous ne voyons point' de parties dans l’âme ; bien plus , nous voyons positivement que c’est une substance parfaitement une et qui n'a point de parties.

459. Cette prérogative d'unité parfaite ne convient nullement â un corps (N. 236 et su/e.); il ne saurait être qu'un assemblage de parties dont l'une n’est pas l’autre. Dans une horloge, par exemple, touchez au balancier, vous ne touchez pas â la roue; s’ils avaient du sentiment, le balancier pourrait avoir de la douleur ou être malheureux, tandis que la roue aurait du plaisir et serait heureuse, sans que l’un ressentit ce que sentirait l’autre.

460. Il n’en est pas ainsi de mon âme; elle est tellement une qu’on ne peut faire impression sur ce qu’on imaginerait être une de ses parties, qu’on ne le fasse sur toute sa substance. Je regarde une vue agréable, j'écoute un beau concert : ces deux sentiments sont également dans toute l’âme. Si l’on y supposait deux parties, celle qui entendrait le concert n’aurait pas le sentiment de la vue agréable, puisque l’une n’étant pas l'autre, elle ne serait pas susceptible des affections de l’autre.

461. L’âme n’a donc point de parties; elle compare divers sentiments qu'elle éprouve. Or, pour juger que l’un est

douloureux et l’autre agréable, il faut c|u’elle ressente tous les deux, et par conséquent qu’elle soit une même substance très-simple. Si elle avait seulement deux parties, l’une jugerait de ce qu’elle sentirait de son côté, et l'autre de cequ'elle sentirait en particulier de son côté , sans qu’aucune des deux pût faire la comparaison , et porter son jugement sur les deux sentiments. L’Ame donc est sans parties et sans nulle composition ; or, la composition et les parties sont la seule cause que nous connaissions de destruction , comme tout le monde en convient : nous no voyons par conséquent dans les ûmes aucun principe de destruction, ni aucun sujet de juger qu’elles doivent être détruites.

462. Mais ne pourraient-elles pas avoir un principe de destruction qui nous fût inconnu , comme elles ont un principe de formation qui nous l’est entièrement? Voilà jusqu'où le raisonnement le plus favorable au libertinage peut pousser ses retranchements. Cependant , outre ce que la foi nous apprend, et à nous en tenir à la raison humaine, nous sommes encore incomparablement plus forts que nos adversaires; car que nos âmes aient eu un principe do formation, nous n’en pouvons douter, puisqu’elles ont été formées, mais qu’elles aient un principe de destruction, nous n’avons nul sujet de le croire , ayant sujet de penser le contraire. Il est vrai que nous ne connaissons pas toute la nature de notre âme; mais ce que nous ne connaissons pas est, par rapport à notre raisonnement, comme s’il n'était point, et nous n’en pouvons rien conclure. Du moins, disent quelques-uns, Dieu ne peut-il pas anéantir notre àme comme il l’a créée? Il est vrai , mais ce n’est pas de quoi il s’agit. Outre ce que la religion nous enseigne , les lumières naturelles suffiraient seules pour nous ôter là-dessus tout soupçon ; et c’est ici que les preuves morales doivent avoir lieu.

463. Le désir d’être heureux est ce qu’on peut imaginer de plus profondément enraciné dans notre cœur et dans la nature de l’homme. C’est donc l’auteur même de la nature qui

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