‹ Œuvres philosophiques du Père BuffierChapitre 36 sur 174 · PREMIERE PARTIE. — CHAP. XIV · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE. — CHAP. XIV

douter, en sorte que j’ai la perception sensible de telle couleur ou de tel son à l’occasion d'un objet qui frappe actuellement mes yeux ou mes oreilles.

MO. Au reste, il ne faut pas confondre cette perception intime d’une sensation actuelle avec line perception intime qui ne Serait qu’un simple souvenir ou une idée retracéo d’une sensation. Par exemple, lorsque je rappelle en moi , sans le secours actuel des sens , la plus vive idée qui me soit possible de la blancheur de ce papier, la perception de cette idéo rappelée par le souvenir (litière de la perception que j’ai actuellement de la blancheur de ce papier qui est devant mes yeux et que je regarde.

1 1 1 . Ainsi , nos sensations nous donnent une certitude évidente de quelque chose de plus que d'une simple perception intime , et ce plus est une modification , laquelle , outre une particulière vivacité de sentiment , nous exprime l'idée d'un être qui existe actuellement hors de nous, et que nous appelons corps : c’est-à-dire que nos sensations nous donnent la certitude de l’existence des’ corps. Je ne^ parle point ici de ce qui pourrait arriver par la toute-puissance divine dans l’ordre surnaturel, ni de ce qui arrive dans le sommeil et dans la frénésie , car les impressions d’un homme qui veille et qui est de sens rassis se discernent manifestement de toute autre.

112. Mais de ces corps considérés dans l’ordre commun et naturel, que nous en apprennent infailliblement nos sens?

Ils peuvent bien nous assurer qu’il se trouve, dans les choses corporelles, des dispositions propres à faire telle impression sur nous, et c’est ce qu’on appelle telle qualité. Ainsi , ils sont infaillibles en nous assurant qu’il se trouve dans les corps une qualité qui, par les yeux, me donne le sentiment de ce que j’appelle couleur, par les oreilles, de co que j’appelle son, etc. ; mais cette connaissance, bien que certaine , est quelque chose de fort vague et d’assez imparfait , comme nous l’allons voir.

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