‹ Œuvres philosophiques du Père BuffierChapitre 49 sur 174 · PREMIERE PARTIE. — CHAP. XXI · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE. — CHAP. XXI

manière souvent imperceptible; il faut être en garde contre la conviction qui se tire du souvenir. Au reste, l'expérience personnelle et la réflexion qu’on y fera, doivent régler le plus ou le moins qu’il faut accorder à la certitude de la mémoire. Ceci peut nous faire naître une réflexion utile.

On trouve des gens attaches à certaines opinions, et, parce qu’ils ne peuvent actuellement en rendre raison , on les regarde comme des esprits mal faits et entêtés , ce qui n’est pas toujours; mais seulement ne se souvenant plus des raisons de leur opinion , ils se souviennent clairement qu'ils les ont pénétrées, et qu’ils en ont été pleinement convaincus. Quelquefois aussi ce pourrait être un prétexte d’opiniâtreté pour se persuader à eux-mêmes qu’on ne peut rien ajouter ni opposer aux raisons dont ils croient avoir senti tout le poids. C’est pourquoi , lorsque les choses en méritent la .peine, il ne faut guère, en matière de preuves et de raisonnement, se fier au simple souvenir d’en avoir été convaincu ; mais il faut se les rappeler actuellement , et s’en défier d’autant plus, qu’on aurait plus de peine à les retrouver, parce que rien ne demeure davantage dans l’esprit et n’y revient plus aisément qu’une bonne raison, surtout dans le besoin. Je sais que la maxime n’est pas si générale qu’elle n’ait ses exceptions; mais elles sont en trop petit nombre pour dispenser, communément parlant, de suivre dans la pratique la règle que nous marquons.

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