‹ Œuvres philosophiques du Père BuffierChapitre 63 sur 174 · CHAPITRE 1F · texte numérisé non relu

CHAPITRE 1F

De l’essence des «Hres.

197. On définit communément l’essence ce par quoi une chose est ce qu elle est , mais comme une chose est par ellemême ce qu elle est , la définition de l’essence se termine à dire que l'essence d une chose est d’être cette chose , ce (pii ne nous fait guère plus connaître l’essence en général que si on ne s’était point mêlé de l’expliquer.

198. D’autres fois les philosophes, voulant découvrir l’essence de chaque être particulier, représentent certain amas de qualités dont ils font un amas d’idées qu’ils appellent définition ; supposant que tout ce qui est exprimé dans cette définition est l’essence de la chose, ou que tout, ce qui n’y est point exprimé n'est point l’essence de cette chose ; sur quoi il se présente à faire une observation importante.

199. L'objet de cet amas d'idées qui forment une définition, n’est pas précisément hors de notre pensée tel qu’il est dans notre pensée. Ainsi , l’amas d’idées qui forment la définition d’un globe, c’est-à-dire d’une figure parfaitement ronde, et dont la superficie est partout très-également éloignée d’un certain point qu’on nomme centre; cet objet, disje. n’est pas hors de nous, tel que nous le représente cet

amas d’idées, puisqu’il n’existe point de globe dont la rondeur soit parfaite , et dont tous les points dans sa superficie soient en effet très-également éloignés du centre. Cette essence du globe, qui est l’objet de ma pensée quand je définis un globe, n’est donc pas un objet qui soit, hors de ma pensée , précisément tel qu’il est dans ma pensée. De même , quand on a défini si longtemps la terro que nous habitons un globe composé de terre et d'eau, tout cet amas d'idées ou de qualités n’était pas réellement , hors de notre esprit, tel qu'il était dans notre esprit ; puisqu’il s’est trouvé, selon les observations de l’Académie des sciences de Paris (année I7CJ), que la terre que nous habitons n'était point un globe . mais un ovale. (On la croit maintenant un sphéroïde aplati vers les pôles.) De même encore à l’égard de l’homme , qu’on définit un animal raisonnable, cette essence de l’homme, qui est ici l’objet de ma pensée, n’est pas, hors de moi , précisément telle qu’elle est dans ma pensée ; car, si elle l'était précisément , elle existerait , hors de moi , telle qu'elle est dans ma pensée, sans qu’il fût possible d’y ajouter rien ou d’en diminuer rien; cependant, non-seulement on peut, mais on doit ajouter quelque chose à cette définition pour la rendre conforme à ce qu’est l’homme hors de ma pensée; car il est non-seulemenl animal raisonnable , mais encore il eât raisonnable do telle figure. Par là, si on se représentait un animal raisonnable sous la figure d’un ours ou d'un hanneton, on ne sc représenterait point l’homme tel qu’il est réellement hors de notre esprit , nulle essence d’homme n’existant réellement sous la figure d'un ours ou d’un hanneton , et même nous no voyons pas comment elle y pourrait naturellement subsister.

200. Je sais qu'on a coutume de dire que la figure de l’homme n’est que sa propriété et non pas son essence; mais je demande si l’homme, tel que Dieu l’a fait réellement, peut se trouver sans cette propriété ? Il est évident que non. Kilo est donc nécessairement attachée à l’homme tel que

Page 1