‹ Œuvres philosophiques du Père BuffierChapitre 64 sur 174 · CHAP. II · texte numérisé non relu

CHAP. II

Dieu l'a fait. La définition d’animal raisonnable ne représente donc pas exactement tout l'homme tel <pf il existe réellement.

201. De plus, si cette propriété n'appartient pas réellement à l'essence de l'homme, pourquoi les monstres dont on a vu des femmes accoucher sont-ils déclarés . par leur figure seule, ne |>ouvoir être des hommes? Pourquoi n’attend-on pas qu'ils aient l'âge de raisonner pour juger s’ils sont des animaux raisonnables? D'un autre côté, pourquoi la seule figure humaine fait-elle juger qu'un imbécille est homme, bien qu'on ne l'ait jamais entendu raisonner? La figure, la -taille, une certaine constitution corporelle est donc de l’egsence réelle de l'homme , et l'homme est donc réellement quelque autre chose que ce qui est exprimé dans sa définition.

202. L'essence que nous avons dans notre esprit par la définition , et que nous appellerons désormais essence représentée (parce qu’elle n'est autre chose que la représentation que se fait notre esprit de ce que nous jugeons être de plus particulier et de plus intime dans les choses qui sont hors de nous), cette essence représentée, dis-je, n’est donc pas l'essence que j’appellerai désonnais réelle , car celle-ci consisto dans un amas intime de qualités , qui ne pouvant pas toujours être aperçues, démêlées ou exprimées, n’est pas précisément ni ce qui s’exprime par la définition , ni cette essence représentée par la définition ,* que quelques-uns pourraient confondre avec l’essence réelle. Les philosophes ont pourtant coutume de les distinguer sous les noms, l’une, d'essenca métaphysique . et l'autre, physique. Pour profiter de leur distinction , qui est si importante , tous doivent se souvenir que l’essence métaphysique n’est qu’une pensée qu’ils se forment à eux-mêmes, souvent l’un d'une façon et l’autre de l’autre , comme on le voit par les définitions toutes différentes d’une même chose, formées selon les idées particulières qu’ils en ont conçues chacun de leur côté* Ur, ce qu’ils

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on ont conçu n’étant pas toujours conforme a la nature intime, réelle et totale de la chose, l’essence métaphysique est, ordinairement parlant, beaucoup moins la nature de la chose que l’idée que chacun s’en forme. Avec cette réflexion, quelques-uns doivent rabattre de la haute estime qu’ils ont de l’essence métaphysique, s'ils ne veulent s’exposer a prendre une idée pour une réalité.

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