CHAPITRE VIII
Des propriétés.
226. Les philosophes ont coutume d'appeler propriété d’une chose, ce qui n'est pas son essénee . mais ce qui coule et est déduit de son essence. Tâchons à démêler exactement le sons de cette définition } pour y découvrir de nouveau une première vérité qui est souvent méconnue.
Ce qu'on marque dans la définition de la propriété, qu'elle est ce qui coule ou se déduit dé i essence , ne peut s’entendre de l’essence réelle et physique. Supposé; par exemple; de qu’on dit d’ordinaire, que d’être capable d'admirer soit uné propriété de l'homme ; cette capacité d’admirer est aussi intime et nécessaire à l'homme dans sa constitution physique et
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réelle que son essence mèmè, qui est d’ètre animal raisonnable : en sorte que réellement il n’est pas plutôt ni plus véritablement animal raisonnable, qu’il est capable d'admirer; et autant que vous détruisez réellement de cette qualité capable d admirer . autant à mesure détruisez-vous réellement de celle-ci, animal raisonnable : puisque réellement tout ce qui est animal raisonnable est nécessairement ca {table d'admirer; et tout ce qui est capable d’admirer est nécessairement animal raisonnable.
227. La différence de la propriété d’avec l'essence n'est donc point dans la constitution réelle des êtres, mais dans la manière dont nous concevons leurs qualités nécessaires. Celle qui se présente d’abord et la première à notre esprit, nous la regardons comme l’essence ; et celle qui ne s’y présente pas si tôt ni si aisément , nous la regardons comme propriété.
De savoir si par divers rapports, ou du moins par rapport à divers esprits, ce qui est regardé comme l’essence ne pourrait pas être regardé comme propriété , c’est de quoi je ne voudrais pas répondre. Il se peut faire aisément que, parmi diverses qualités également nécessaires et unies ensemble dans un même être, l’une se présente la première à certains esprits, et l'autre la première à d’autres esprits : en ce cas, ce qui est essence pour les uns ne sera que propriété pour les autres ; ce qui fera dans le fond une distinction ou une dispute assez inutile. En effet, puisque la qualité qui fait la propriété et celle qui fait l 'essence se trouvent nécessairement unies. je trouverai également , et que l’essence se conclut de la propriété, et que la propriété se conclut de l’essence : le reste ne vaut donc pas la peine d’arrêter des esprits raisonnables. En voici un exemple :
Si l’on veut donner pour essence an diamant d’ètre extraordinairement dur, et pour propriété de pouvoir résister à de violents coups de marteau . je ne m’y opposerai point ; mais s’il me vient à l’esprit de lui mettre pour essence de ré-