‹ Œuvres philosophiques du Père BuffierChapitre 95 sur 174 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Agir, action.

"294. Qu'est-ce qu’actio»? C’est, dit-on , l'exercice d'une puissance ou faculté; et qu’est-ce que puissance ou faculté? C’est , dit-on , le pouvoir d’agir ; mais le moyen d’entendre ce que c’est que pouvoir (Vagir, quand on ne sait pas encore ce que c’est qu’agir ou action ? Un ne dit donc rien ici , si ce n'est un mot pour un autre: l’un obscur et qui est l’état de la question , pour un autre obscur et qui est également l’état de la question.

295. Il en est de même de tous les autres termes qu’on a coutume d’employer à ce sujet. Si l’on dit qu’agir, c'est produire un effet et en être la cause efficiente et proprement dite , je demande 1 °. ce que c’est que produire ; 2°. ce que c’est que V effet; 3°. ce que c’est que cause; 4". ce que c’est que cause efficiente et proprement dite.

296. Il est vrai que dans les choses matérielles et en certainescirconstances, je puis me donner une idée assez juste de ce que c’est que produire quelque chose et en être la cause efficiente , en me disant que c’est communiquer de, sa propre substance à un être censé nouveau. Ainsi la terre produit de l’herbe , qui n’est que la substance de la terre avec un surcroît ou changement de modifications, pour la figure , la couleur, la flexibilité , etc. Ainsi le soleil produit la lumière , qui n’est , dans l'air ou dans nos corps , qu’une communication de quelques corpuscules ou rayons du soleil, modifiés par leur éloignement , leur ténuité, etc.

297., En ce sens-là je comprends ce que c’est que produire et être la cause efficiente : j’entendrai avec la même facilité ce que c’est qu 'effet , en disant que c’est l’être dont la substance a été tirée de celle d’un autre être , avec de nouvelles

modifications ou circonstances: car s’il ne survenait point de nouvelles modifications, la substance communiquée ne différerait plus de celle qui communique.

298. Quand une substance communique ainsi à une autre quelque chose de ce quelle est, nous voyons et nous disons qu’elle agit : mais nous ne laissons pas de dire qu’un être agit en bien d’autres conjonctures, où nous ne voyons point qu’une substance communique rien de ce qu’elle est.

299. Qu’une pierre se détache du haut d’un rocher, et que dans sa chute elle pousse une autre pierre qui commence de la sorte à descendre , nous disons que la première pierre agit sur la seconde : lui a-t-elle pour cela rien communiqué de sa substance? Au contraire elle en a peut-être perdu, quand elle s'est froissée en heurtant la seconde. C’est , dira-t-on , le mouvement de la première qui s’est communiqué à la seconde; et c’est par cette communication de mouvement que la première pierre est dite agir. Voilà encore de ces discours où l’on croit s’entendre , et où certainement on ne s’entend point assez. Car enfin comment le mouvement de la première pierre se communique-t-il à la seconde, s’il ne se communique rien de la substance de la pierre? Le mouvement est-il autre chose qu’un pur mode ; et un mode , selon tous les philosophes , est-il réellement et physiquement autre chose que la substance même dont il est mode ?

300. Dire que le mouvement d’une substance peut se communiquer sans qu’elle même se communique , c’est dire à peu près que la rondeur d’un globe peut se communiquer à une autre substance , sans qu’il se communique rien de la substance du globe. Nous voyons bien qu’à la rencontre de la première pierre, la seconde commence d’avoir un mouvement qu’elle n’avait [joint , et la première , de perdre quelquo chose du mouvement qu’elle avait; mais, à moins que de prendre plaisir à s’embrouiller soi-même, on ne peut juger [jour cela que le mouvement de l’une passe dans l’autre sub-

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