‹ Œuvres philosophiques du Père BuffierChapitre 96 sur 174 · DEUXIÈME PARTIE. — CHAP. XVII · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. — CHAP. XVII

stance : puisque le mode n 'étant réellement que la première substance, ce serait dire que cette substance, sans cesser d’ètre ce quelle est , devient une autre subs pince.

301. De plus, quand ce que j’appelle en moi mon âme ou mon esprit , de non pensant ou de non voulant à l’égard de tel objet, devient pensant ou voulant à l’égard de cet objet , alors d’une commune voix il est dit agir : cependant et la pensée et la volition qui sont survenues , n'étant que les modes de mon esprit et de mon âme , n’en sont pus une substance distinguée; et par cet endroit encore, agir n est point communiquer une partie de ce qu’est une substance à uno autre substance.

302. Nous employons encore le terme agir, lors qu’en conséquence d’une pensée ou d’une volition formée au dedans de notre âme , il se forme au dehors et dans notre corps quelque mouvement. Or, ne voyant rien pour cela de la sub- x stance de mon âme qui puisse être censé passer dans mon corps, je ne peux dire raisonnablement qu’il se communique rien de la substance de mon âme à celle de mon corps , dans les occasions où mon âme est dite agir sur mon corps.

303. De mèniq encore , si nous considérons Dieu en tant qu’ayant été éternellement le seul être , il se trouva , par sa volonté, avec d’autres êtres que lui, qui furent nommés créatures, ou le monde, nous disons encore par là que Dieu a agi. Dans cette action ce n’est point non plus la substance de Dieu qui devient partie de la substance des créatures. On voit par ces différents exemples , que le mot agir forme des idées entièrement différentes : ce qui est très-remarquable.

301. Dansée premier exemple , agir signifie seulement ce qui se passe , quand un corps en mouvement rencontre un second corps , lequel à cette occasion est mis en mouvement ou dans un plus grand mouvement ; tandis que le premier , cesse d’ètre en mouvement , ou dans un si grand mouvement.

Dans le second exemple , agir signifie ce qui se passe en moi, quand mon àmc prend une des deux moJifications dont

TRAITÉ DtS PREMIÈRES VÉRITÉS.

je sens par expérience qu’elle est susceptible, et qui s’appellent pensée ou col Mon.

Dans le troisième exemple , agir signifie ce qui arrive , lorsqu’en conséquence d’une pensée ouvolition formée en moi , il , se produit du mouvement corporel dans mon corps.

Dans le quatrième exemple , agir signifie ce qui arrive , quand, en conséquence de la volonté de Dieu, il se fait quoique chose hors de loi. Or, en ces quatre exemples, le mot agir exprime quatre choses et quatre idées tellement différentes, qu’il ne s’y trouve aucun rapport , sinon vague et indéterminé, savoir: qu'en conséquence de l’ètre que nous disons agir, il survient quelque changement, et que ce changement même est ce que nous appelons action ; mais c'est entre toutes ces différentes sortes de changements ou d’actions que je dis qu’il n’y a nul rapport. Dans le premier (savoir, dans la pierre par laquelle une autre est mue aussi), le changement se fait au dedans et au dehors d’un être corporel qui est dit agir. Dans le second (savoir, dans l’àme qui commence d’avoir une pensée ou une volition), le changement se fait tout au dedans d’un être spirituel. Dans le troisième (savoir, dans l’âme qui fait mouvoir un corps), le changement fait au dedans de l’être spirituel et, en conséquence, au dehors dans un être corporel. Dans le quatrième exemple (savoir, dans Dieu qui agit au dehors de lui-même), le changement est tout au dehors de celui qui agit, et nullement au dedans.

Certainement les philosophes, et en particulier les métaphysiciens, demeurent ici en beau chemin. Je ne les vois parler ou disputer que d agir et d’action , et dans aucun d’eux, pas même dans M. Locke, qui a voulu pénétrer jusqu’aux derniers replis de l’entendement humain, je ne trouve point qu’ils aient pensé nulle part à exposer ce que c'est qu’agir.

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